Quand j’étais étudiant universitaire en musique, je me retrouvais chaque semaine avec un petit groupe d’étudiants pour échanger sur notre foi. Souvent, notre rencontre se déroulait dans un coin de la cafétéria après le dîner. Nous commencions et finissions notre échange avec un moment de prière.
La loi 9, telle que proposée par le gouvernement du Québec, rendrait une telle activité illégale. Si je comprends bien, nous aurions le droit de discuter de notre foi, mais pas de prier ensemble. En autres mots, on pourrait parler de Dieu, mais non pas à Dieu !
Je suis étonné, voire choqué, que le gouvernement essaie de restreindre mes droits citoyens de cette façon. En quoi le fait de prier avec quelques amis dans un coin d’une cafétéria universitaire dérange-t-il les gens ? Si je travaillais dans une garderie, pourquoi me serait-il permis de porter un gilet des Canadiens, mais pas un gilet qui parle de Jésus ? Pourquoi se rassembler dans un parc pour pratiquer le yoga avec des amis est-il permis, mais non pas faire une prière méditative ? Et au nom de quel principe est-il permis à une femme de se décolleter comme elle le veut, mais non pas de porter un voile ?
Si le but de la loi est de veiller au maintien du bon ordre dans les espaces publics, elle n’est pas nécessaire, de telles lois existent déjà. Il semble plutôt que cette loi cherche simplement à faire disparaître toute référence au religieux dans l’espace public. Le gouvernement n’est pas satisfait que l’état soit laïc, il veut que la société elle-même soit laïque. Les évêques du Québec l’ont bien exprimé dans leur communiqué au début du mois : « Nous considérons depuis longtemps que la laïcité concerne non pas les relations dans la société, mais les rapports entre l’État et les religions. » Le projet de loi 9 va bien au-delà en se mêlant de la vie personnelle des Québécois et de la libre expression de leurs convictions profondes.
J’invite tous les lecteurs et toutes les lectrices qui partagent mon inquiétude à communiquer avec leur député pour faire connaître leur point de vue. Le modèle de lettre qui suit pourrait inspirer votre intervention. Ensemble, nous pouvons faire une différence.
+ Paul-André Durocher
Modèle de lettre :
Ville, date, année
M. ou Mme le/la Député-e
OBJET : Profondes inquiétudes sur le projet de loi 9 sur le renforcement de la laïcité au Québec
Monsieur ou madame le (la) Député-e,
Je vous écris à titre de citoyen(ne) de votre circonscription pour vous faire part de mes préoccupations concernant le projet de loi 9 sur le renforcement de la laïcité.
Cette initiative, dans sa forme actuelle, suscite de profondes inquiétudes quant au respect des droits fondamentaux liés à la liberté religieuse et à la place légitime des traditions spirituelles dans notre société.
Plusieurs dispositions envisagées semblent porter atteinte à des droits fondamentaux pourtant garantis par la Charte québécoise des droits et libertés de la personne, notamment la liberté de conscience, de religion et d’expression. La Charte canadienne des droits et libertés protège ces mêmes droits. Ces protections sont au cœur de notre démocratie et du pluralisme québécois.
Ce projet semble confondre neutralité et laïcité en imposant des restrictions importantes aux expressions religieuses dans l’espace public. L’espace public appartient à tous, croyants ou non. Restreindre la visibilité ou la pratique religieuse de citoyens respectueux des lois me paraît injustifié et contraire aux droits fondamentaux protégés par nos chartes.
En cherchant à marginaliser la dimension religieuse dans l’espace public, le projet de loi 9 risque d’appauvrir la vie sociale elle-même et de fragiliser un vivre-ensemble auquel nous tenons tous.
Je vous demande respectueusement d’examiner attentivement ces enjeux et d’écouter les voix nombreuses qui, dans divers milieux, expriment leurs craintes et d’en mesurer les conséquences sur les libertés fondamentales et la cohésion sociale. Une laïcité juste, équilibrée et réellement inclusive est possible. Elle passe par le respect mutuel, non par l’effacement de ce que nous sommes.
Je vous remercie de votre engagement et de l’attention portée à ma démarche.
Veuillez agréer mes salutations distinguées.
(Votre nom et adresse)

