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Pourquoi je n'ouvre pas les églises rapidement...

Publié le : 2020-05-16 a 16h00 | Catégorie : Actualité, Communiqué

Pourquoi je n'ouvre pas les églises rapidement...

Depuis quelques jours, je reçois de nombreux messages me demandant de rouvrir rapidement les églises du diocèse afin qu’on puisse avoir accès aux sacrements. Quelqu’un m’a suggéré d’écrire un petit mot pour expliquer ma réticence.

Je peux répondre simplement en citant les mots de Jésus : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. » Si je n’ouvre pas rapidement les églises, c’est par amour pour mes frères et mes sœurs. Je ne veux pas les exposer à cette terrible maladie qu’est la COVID-19.

Depuis le début de la pandémie, je m’isole, j’obéis aux consignes du gouvernement, je suis doublement attentif à mon hygiène. Pourquoi? Ce n’est pas tant parce que j’ai peur d’être malade. C’est surtout à cause des prêtres plus âgés avec lesquels je vis. Je ne voudrais à aucun prix qu’ils deviennent malades à cause de moi. Ce qui m’inquiète en plus, c’est que je pourrais être porteur de ce virus sans en avoir aucun symptôme.

Donc, même si je me sens en parfaite santé, je choisis de limiter mes sorties, d’éviter les groupes, de travailler de la maison et de passer de longues heures dans la solitude. Tel est le prix de l’amour.

Je ne voudrais pas que la réouverture de nos églises soit l’occasion pour ce virus de circuler et d’atteindre plus de personnes qu’il ne le fait déjà, surtout les membres plus âgés et vulnérables de nos paroisses. Les plus récentes statistiques nous apprennent que le nombre de mortalités au Québec a augmenté de 30 % en avril par rapport à l’an dernier. C’est énorme. Nous ne pouvons pas continuer avec un tel taux de mortalité. Donc, je patiente.

Avec d’autres évêques, je travaille à l’élaboration d’un protocole qui, une fois approuvé par les autorités gouvernementales, pourra nous permettre d’ouvrir progressivement nos églises tout en assurant la sécurité des fidèles qui s’y présenteront. La vitesse de sa mise en œuvre dépendra de l’évolution de la maladie dans chaque région. Ça exigera beaucoup de précautions. Nous devrons mettre en place de nouvelles pratiques. Nous ne pourrons pas reprendre nos façons de faire habituelles pour longtemps.

En attendant, je me rappelle que le Seigneur est présent à moi et me fait grandir dans sa grâce chaque fois que j’ouvre les Écritures pour les méditer, chaque fois que je prends quelques moments pour prier, chaque fois que je m’oublie pour venir en aide à un autre. Je me sers des moyens de communication modernes pour entretenir des relations avec ma communauté chrétienne, pour être en lien avec les autres, pour vivre la fraternité. Et je me réjouis que tant de communautés paroissiales demeurent actives de façon créative et fructueuse, malgré les édifices fermés.

Je vous invite donc à être patients avec moi et à accepter les limites du moment simplement par amour pour les autres. Rappelez-vous que la patience est un don de l’Esprit, tout comme l’amour. Que l’Esprit nous aide à transformer cette expérience de privation en un signe d’amour pour nos frères et nos sœurs. Ainsi, nous grandirons dans l’intimité de Jésus et nous lui ressemblerons de plus en plus.

+ Paul-André Durocher