Déclarations publiques

27 juin 2006

Le Droit du 17 juin dernier a publié un texte intitulé : « Nos évêques ont peur devant Rome », et signé par « 42 laïcs issus de 8 diocèses », dont 2 de Gatineau.  Dans un jugement sévère sur la visite récemment faite au Vatican par les 32 évêques du Québec, ces auteurs nous affublent du titre de « bergers mercenaires », et nous étiquettent de « mauvaise foi ». Et ils affirment que nous n’avons pas relayé au pape les fruits du discernement des croyantes et des croyants d’ici. Ces signataires doivent tout de même se souvenir qu’ils ne sont pas les seuls dans notre Église à chercher dans le discernement la volonté actuelle de Dieu sur notre Église et notre monde.  

Ces signataires prétendent résumer le message de la CRC (Conférence Religieuse Canadienne) aux évêques en disant qu’il parlait « de l’égalité des femmes dans l’Église, du mariage des prêtres, de l’accueil des exclus (personnes homosexuelles, divorcées, etc.), de la créativité liturgique et pastorale, de l’accompagnement des quêtes de sens de nos contemporains, de l’inculturation de l’Évangile et du renouvellement de la pertinence sociale de la foi ». Ce n’est pas à moi à juger si ce résumé rend compte de tous les aspects du message de la CRC ni si ce message de la CRC reflète adéquatement les pensées de ses membres.  

Mais notre rapport commun au pape et à la curie romaine, et le message final qui fut prononcé devant le pape par notre président (on trouve un résumé du premier et le texte complet du second sur le site Internet des évêques du Québec www.eveques.qc.ca), laissent voir que nous  avons abordé toutes ces questions  avec les congrégations concernées. Nous nous sommes aussi assurés que ces mêmes congrégations ont pris connaissance du texte de la CRC. Je considère donc que nous avons bien transmis aux personnes oeuvrant au Vatican le message reçu.  

Par ailleurs, il me semble que l’article des 42 signataires met sur le même pied bien des sujets d’importance, de portée et de sens bien différents.  

Certaines questions touchent la foi de l’Église catholique, sa lecture des Écritures et sa conception des sacrements,  et ce sont donc des questions vitales pour notre Église. Je pense que tel est le cas de la définition du mariage, de l’ordination des femmes, et jusqu’à un certain point de la créativité liturgique et sacramentelle en autant qu’elle touche à la vérité des sacrements tels que voulus par Jésus. Le Cardinal Martini, alors qu’il était évêque de Milan, a affirmé que de telles questions ne peuvent se dénouer qu’à travers le discernement d’un concile œcuménique. Prétendre qu’une visite de quelques évêques à Rome peut dénouer de tels nœuds, c’est se leurrer.  

D’autres questions sont disciplinaires. Tel est le cas de la possibilité d’ordination d’hommes mariés. L’Église catholique dans sa partie orientale a toujours gardé et conserve encore aujourd’hui la pratique d’ordonner des hommes célibataires et des hommes mariés, même si les évêques y sont toujours célibataires. L’Église catholique latine a fait un autre choix, qu’elle pourrait réviser mais qu’elle n’a pas cru devoir changer lorsqu’elle a examiné la question, par exemple lors le synode mondial de 1971.  

D’autres questions sont pastorales. Et nous avons abondamment discuté de ces questions avec les personnes responsables des congrégations romaines et avec le pape. Souvent le langage employé dans les documents romains fait problème. D’autres fois, ce sont nos relations humaines et chrétiennes locales qui sont en déficit. Et en fait nous manquons toujours de miséricorde les uns envers les autres alors que nous croyons à un Dieu de miséricorde. Nous avons bien du chemin à faire dans ces domaines et nous avons à nous aider à y progresser, afin de chercher à marcher dans la vérité, la charité et l’unité.  

Enfin, les signataires ont parlé du renouvellement de la pertinence sociale de la foi.  Sur ce point, je suis convaincu que nous sommes bien loin de vivre les positions défendues par l’Église catholique, telles que résumées récemment dans le « Compendium de la doctrine sociale de l’Église ». Si notre foi évangélique n’a pas plus d’impact sur la vie familiale, politique, économique, sociale, culturelle, mondiale, cela dépend de nous et nous n'avons pas à aller à Rome pour vivre les conséquences sociales de notre foi!  

Le dernier paragraphe du message des 42 signataires me laisse perplexe. J’aime mieux la réponse qu’un jour le grand humaniste Érasme a faite à Luther lui reprochant de continuer à vivre dans cette Église :  « Je supporte cette Église, dans l’attente qu’elle devienne meilleure, étant donné qu’elle aussi doit me supporter, dans l’attente que je devienne meilleur ».

 

†Roger Ébacher
Archevêque de Gatineau
 

catégorie : déclarations publiques
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