Saint Paul a insisté sur l’Eucharistie pour en faire saisir la beauté et les exigences. Déjà, comme encore aujourd’hui, on ne savait pas toujours goûter le trésor qui y est caché : Jésus Ressuscité qui y agit, nous nourrit et nous transforme.
« La coupe de bénédiction que nous bénissons, n'est elle pas communion au sang du Christ? Le pain que nous rompons, n'est il pas communion au corps du Christ? Parce qu'il n'y a qu'un pain, à plusieurs nous ne sommes qu'un corps, car tous nous participons à ce pain unique. » (1 Corinthiens 10,16-17).
Paul nous ramène au cœur de cette relation (alliance nouvelle) d’une intimité unique, d’une solidarité inestimable, d’une appartenance et d’un engagement mutuels l’un envers l’autre, les uns envers les autres, à la vie, à la mort. C’est sa vie que Jésus Ressuscité nous donne pour faire de nous les membres de son corps ! Nous devenons qui nous recevons : Jésus. Voilà notre identité profonde. Quelle dignité!
Mais aussi quelle responsabilité ! Nous sommes membres du Christ Jésus afin de mener la même vie que lui. Par le geste de recevoir l’Eucharistie en disant : « Amen », nous nous engageons à nous aimer les uns les autres, à vivre dans la charité, dans la justice, et surtout dans l’attention aux plus pauvres, comme Jésus l’a fait. Saint Paul nous le rappelle avec vigueur !
« Je n'ai pas à vous louer de ce que vos réunions tournent non pas à votre bien, mais à votre détriment. » Le rassemblement eucharistique devient lieu de divisions et de mépris pour les esclaves qui n’ont rien à manger. « Méprisez vous l'Église de Dieu, et voulez vous faire honte à ceux qui n'ont rien? » (1 Corinthiens 11, 17-34).
Le congrès eucharistique de juin 2008 à Québec fut un temps fort de révision de notre façon de vivre l’Eucharistie ensemble et dans nos vies quotidiennes. Mais la vigoureuse interpellation de Paul doit toujours résonner dans nos cœurs et dans nos communautés. Les divisions, les chicanes, des manques de charité, le mépris des pauvres font qu’on boit indignement le sang du Christ. Mais quelle joie si nous reconnaissons la grandeur de ce mystère de la foi : le Christ agissant parmi nous, notre nourriture et notre vie.
†Roger Ébacher
Archevêque de Gatineau