L'année 2001 a été déclarée par l'Organisation des Nations Unies (ONU) : "Année Internationale du Dialogue entre les Civilisations". C’est un appel au dialogue entre les religions et les cultures.
L‘effroyable drame du 11 septembre et l’immense ébranlement mondial qui s’en suit nous force à prendre conscience des tensions entre cultures et religions dans notre monde. Certes, les nombreux migrants qui nous rejoignent dans nos rues, nos écoles, nos lieux de prière, nos magasins, notre vie quotidienne, nous le disaient déjà. Mais maintenant la question est devenue aigue par les identifications simplistes faites parfois entre cet acte barbare à New York et la foi musulmane. On parle dans les médias de "guerre sainte".
Cette expression n’est d’ailleurs pas nouvelle. Des guerres de religion ont ensanglanté tant de périodes de l‘histoire humaine. Et nous aussi, comme chrétiens, avons notre passé fort peu glorieux à ce sujet. C’est là un scandale alors que le nom de Dieu est "Paix" et que la foi en Dieu est un impératif de paix. La religion ne doit jamais devenir un motif de conflit, de haine et de violence. Les croyants, de quelque religion qu’ils soient, savent qu’ils sont appelés par leur foi même à faire le bien, à oeuvrer pour soulager la souffrance humaine et à édifier ensemble un monde juste et harmonieux.
L’histoire montre qu’il ne peut pas y avoir de paix entre les nations sans que règne la paix entre les religions. Cette constatation nous dit qu’il est urgent d’accroître chez nous des réflexes de dialogue entre gens de diverses religions, dans nos milieux quotidiens de vie. Quelles attitudes concrètes sommes-nous appelés à développer envers les personnes qui ne partagent pas notre religion, comme envers toute personne dite "étrangère"? Comment promouvoir des lieux et des moments de dialogue et de compréhension mutuelle en vue de la paix? Comment renverser les barrières de la méfiance, des préjugés et des peurs qui trop souvent nous habitent le coeur? Comment passer de la méfiance au respect, du refus à l'accueil?
Il me semble que nous sommes surtout appelés à poser des gestes quotidiens dans ce sens, gestes accomplis avec simplicité et constance. Je pense à un accueil, une écoute du voisin qui arrive d’ailleurs, un temps de prière ensemble. Je pense à une visite, une invitation pour partager un repas....De tels gestes sont en mesure d'opérer un changement authentique dans nos rapports humains quotidiens.
Je crois que les communautés paroissiales doivent prêter une attention particulière à l'accueil des nouveaux arrivants, soit en ouvrant grandes les portes pour les personnes catholiques, soit en engageant une rencontre fraternelle avec les personnes d'autres Églises, d'autres religions ou même sans religion du tout.
Je pense en somme au dialogue de la vie quotidienne. Si la volonté de dialoguer est commune, on peut, tout en étant différents, trouver un terrain d'échanges bénéfiques et développer une amitié se traduisant par une collaboration efficace à des objectifs partagés au service du bien commun, de la paix sociale et religieuse
Il me semble que c’est là aussi un moyen efficace à long terme pour lutter contre le terrorisme . Personnellement, je le crois plus adapté que ne l’est la guerre. Car la paix ne peut se bâtir que par le chemin de la justice, du partage, du respect, de la compassion et de l’amitié.
†Roger Ébacher
Archevêque de Gatineau-Hull