Comme une source... d’eau de Pâques
Je connais une source qui gazouille près d’un sous-bois. Hiver comme été, elle offre gratuitement son eau aux fleurs qui y poussent, aux oiseaux et autres animaux qui viennent s’y abreuver. Elle m’attire aussi. Elle me chante la générosité de la terre, me rafraichit, me repose. Elle refait mes forces et me laisse partir avec le goût de donner à mon tour ce que j’ai reçu et ce que je suis.
Je connais des personnes qui sont des sources dans leur milieu de vie, de travail, de loisir. Ce sont des femmes et des hommes ordinaires mais aimants. Ils se donnent sans se détruire, mais en se renouvelant sans cesse. Ces personnes, dont la vie est un don gracieusement offert, suscitent la vie autour d'elles. On reçoit de la joie à leur contact.
J’ai été un jour très bouleversé par la mère d’un enfant gravement handicapé. Je vois cette enseignante avec les jeunes de sa classe. Elle déborde d’enthousiasme, de présence à chaque élève. Elle les fait chanter, les invite à dessiner les beautés de leur vie. Cette femme est restée dans ma mémoire comme une source qui en se donnant se trouve elle-même dans toute sa vitalité et sa générosité.
Et combien de personnes m’apparaissent aussi comme des sources! Je pense à telle préposée dont j’ai reçu espoir et soutien lors de soins hospitaliers, à telle autre qui se donne dans une relation d’aide ou dans quelque service pour la jeunesse, à tel malade incurable qui sans cesse donne sa patience et son sourire, à tel jeune attentif aux autres jeunes pour les soutenir, à tel ouvrier partageant ses habiletés pour aider ses compagnons. Je pense à ce chauffeur d’autobus patient et ouvert, à cette policière courtoise, à ce pompier si attentif aux personnes affectées par un désastre, à ce politicien qui donne de son temps pour écouter et soutenir les personnes démunies, à cette caissière de magasin ou de caisse populaire au sourire si généreux et bienfaisant. Ces personnes et tant d’autres ne se réduisent pas à une fonction. Elles ont un cœur qui se donne.
Je regarde aussi avec admiration au ras de la vie familiale, sociale, sportive. Tant de jeunes parents, de retraités s’y donnent cœur et âme, envers et contre tout, malgré les hauts et les bas de la vie et tous les aléas de l’entourage. Il est étonnant que dans une atmosphère capitaliste prêchant l’égoïsme et le chacun pour soi autant de personnes donnent leur vie pour que d'autres vivent. C’est en regardant avec admiration ces personnes que je me sens moi-même plus vivant, avec un goût renouvelé de me donner. Ces personnes me ressuscitent.
Est-ce que le fond de l’être humain ne serait pas ce mouvement de recevoir et de donner, comme la nature de la source est de tout recevoir gratuitement et de généreusement s'offrir à tout passant? Je suis d'autant plus porté à le penser que j’y vois une connivence avec Jésus de Nazareth. Il affirme se recevoir lui-même comme un don pour tous les humains : « Car Dieu a tellement, de cette façon si inouïe, aimé le monde qu'il est allé jusqu’à donner son Fils unique. » (Jean 3,16) Et dans les récits évangéliques, nous voyons Jésus donner tout son temps et son attention à tant de personnes mal-aimées, marginalisées, mais aussi à ces personnes qui croient ne pas avoir besoin des autres. Il se fait le frère de toute personne sur son chemin. Il offre son amitié à tous car il veut répandre la vie en abondance. C’est même le sens qu’il donne à sa propre mort : « Nul n'a de plus grand amour que celui ci: donner sa vie pour ses amis. » (Jean 15,13).
Et ses disciples affirment, par expérience, que son cœur ouvert sur la croix est une source inépuisable de vitalité. À chaque printemps, alors que les sources se donnent généreusement pour la fécondité de notre terre, celles et ceux qui voient en Jésus le plus grand don de Dieu à notre monde célèbrent ces jours où nous nous rappelons qu’il a donné sa vie pour nous, comme le grain de blé tombé en terre pour renaître épi et donner beaucoup de fruits.
Joyeux temps pascal 2010!
† Roger Ébacher
Archevêque de Gatineau
30 mars 2010