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  Accueil   Mgr Roger Ébacher   Messages pastoraux   Message de Mgr Roger Ébacher à l'occasion de la fin de l'Année de l'Eucharistie : quelques orientations pastorales au sujet de l'Eucharistie
Messages pastoraux

11 octobre 2005

 Nous sommes à la fin de l’année consacrée à l’Eucharistie. Le temps est venu de faire l’inventaire de la récolte de cette année. Il revient à chaque communauté paroissiale ou religieuse, à chaque cellule des divers mouvements apostoliques, à faire cet inventaire. Je vous demande de le faire ensemble, en vérité et en conscience devant Dieu. Car nous touchons là au cœur de notre vie chrétienne personnelle et ecclésiale. « La ‘fraction du pain’ - comme était appelée l’Eucharistie aux origines - est depuis toujours au centre de la vie de l’Église. Par elle, le Christ rend présent, au long du temps, son mystère de mort et de résurrection. En elle, Il est reçu en personne comme ‘pain vivant descendu du ciel’ (Jn 6, 51) et, avec Lui, nous est donné le gage de la vie éternelle, grâce auquel nous goûtons par avance au banquet éternel de la Jérusalem céleste ». (Mane nobiscum Domine, no 3)  

Je vous ai déjà fourni quelques textes de fond sur le sujet. Vous pouvez les consulter sur notre site Internet1. Je ne reprends pas ces données. Le présent document fournit quelques orientations pastorales pratiques, retenues entre bien d’autres possibles, que je vous demande d’accueillir comme des suites concrètes à cette année de grâces.  

Pour nous guider dans le choix de ces directives et dans leur compréhension, il suffit de nous rappeler que tout sacrement, dont l’Eucharistie, est un ensemble de signes, de symboles. Pour qu’ils parlent et agissent, activent notre foi et la nourrissent, ils doivent être vrais, vraiment vécus et correctement élaborés, avec la densité, l’espace et le temps appelés par leur nature même.  

Rassemblement dominical

Le rassemblement lui-même est un signe fondamental qui dit et fait la célébration. Aussi, il faut veiller à la vérité, à la qualité et au sens de nos rassemblements eucharistiques, en particulier dominicaux. L’Eucharistie est le lieu privilégié où la communion fraternelle est annoncée et entretenue.  

Il s’agit de bien vérifier ce que sont nos rassemblements dominicaux eux-mêmes. Nous ne devons pas multiplier les messes dominicales, au risque d’éparpiller les participants et les forces vives (lecteurs, chantres, servants, etc.) capables d’animer ces célébrations.  Que signifient deux ou trois messes le même dimanche dans la même église, rassemblant trente, cinquante, soixante personnes chacune, alors que l’église en question est capable d’en contenir trois ou quatre cents, ou plus? À la source de la tradition liturgique catholique, nous trouvons la règle suivante, qui doit toujours nous guider au moins comme un idéal : un seul rassemblement eucharistique par communauté par dimanche.  

Il faut aussi tenir compte  des prêtres qui souvent sont appelés par leur nomination à aller d’une église à une autre. Ces prêtres doivent avoir le temps de célébrer correctement les eucharisties dominicales, tout en gardant un rythme humain de vie. Je considère comme règle générale qu’un prêtre ne doit pas présider plus de 4 célébrations eucharistiques dominicales, incluant celles du samedi après-midi et soir. Et si le prêtre a à servir plusieurs paroisses ayant une certaine distance entre elles, il ne doit pas célébrer plus que deux messes le samedi et deux messes le dimanche. Cette norme est déjà très large puisque le Code de Droit canonique autorise les prêtres à célébrer une seule messe par jour, à moins que les exigences pastorales n’en requièrent vraiment plus. Il serait utile que les fidèles connaissent cette norme canonique.  

Les diverses circonstances actuelles de notre vie en Église ici nous disent qu’il est temps de réviser ensemble sérieusement le nombre de rassemblements convoqués dans chaque église en fin de semaine. Cette révision est à faire avec l’équipe pastorale responsable, le ou les conseil(s) pastoral (aux), le ou les comité (s) de liturgie et l’Assemblée de fabrique. Un tel examen est à réaliser dans un climat de respect des réalités et des personnes, de patience, de véritable sens communautaire et de souci de la construction de la communauté chrétienne locale.  

Participation diversifiée à la célébration

L’Eucharistie est l’œuvre de Dieu. Mais c’est aussi la participation du Corps du Christ à cette œuvre divine. Et il me semble fondamental que cette dimension soit bien mise en évidence par la vie même de la communauté eucharistique du dimanche. 

Afin d’assurer la « participation pleine et entière de l’assemblée », on favorisera sa participation aux répons, aux chants, aux invocations à l’Esprit, aux gestes… Telle est l’orientation donnée par Vatican II.  

Je note une tendance à oublier l’importance de ce point. Que de fois, facilement, nous nous passons de personnes pour le service à l’autel, de personnes diverses pour faire les lectures, de chorale, de musiciens, de personnes à l’accueil, etc.  Il est vrai qu’il est souvent difficile de trouver des personnes aptes à une participation aussi variée et y consentant. Il est vrai aussi qu’instaurer et maintenir une telle participation variée demande du temps et des énergies.  

Pourtant, c’est un principe liturgique fondamental que chacun doit y faire tout ce qui relève de son rôle et seulement ce qui relève de son rôle. Ce n’est pas au président à faire toutes les lectures, à animer le chant, ou même à se débrouiller avec les burettes sur le coin de l’autel. Ce n’est pas à une autre personne que le président à faire l’homélie… Et on pourrait multiplier les exemples.  

Par ailleurs, tous doivent pouvoir se sentir chez-eux dans la « maison de Dieu » - enfants, jeunes, défavorisés, etc.  Qu’on apporte un soin particulier pour offrir quelques éléments spécifiques aux jeunes! Que nos lieux soient accessibles et accueillants!  

Et il est bon de vérifier quelle formation nous donnons à ces diverses personnes afin qu’elles vivent ces services d’une façon aisée, correcte et dans la joie de participer à leur façon à l’œuvre de Dieu qui s’y accomplit.  Les communautés doivent s’interroger sur les façons de favoriser leur participation aux diverses sessions de formation en liturgie qui leur sont accessibles.  

Proclamation de la Parole

Je veux insister quelque peu sur ce point, car il me semble fondamental. La Parole proclamée et écoutée est une partie essentielle de la célébration eucharistique. C’est la table de la Parole inséparable de la table du Pain. De dimanche en dimanche, des textes sacrés sont retenus (habituellement Ancien Testament, Nouveau Testament et Évangile) pour notre instruction et édification. Le lectionnaire (à ne pas remplacer par le Prions en Église ou une simple feuille) les contient. Ces textes sont donnés pour nous conduire à saisir l’histoire du salut, ses messages, son actualité, ses conséquences dans nos vies personnelles et communautaires. Nous devons garder ces textes, les proclamer dans notre assemblée et les accueillir dans la foi.  

Pour être  nourrissante, la Parole, qui comprend aussi le psaume, doit être proclamée de telle façon qu’on puisse bien l’entendre; mais aussi qu’on puisse la comprendre. Cela ne s’improvise pas. La personne qui proclame la Parole devrait normalement l’avoir lue à l’avance, l’avoir bien examinée pour en saisir et pouvoir en faire ressortir le sens, même l’avoir accueillie pour elle-même dans la méditation et la prière. Ce qui est impossible à réaliser si l’appel de personnes à ce service s’improvise sur le tas, rapidement ou par simple embauche sur-le-champ. La proclamation de la Parole est un service sacré.  

De plus, la communauté aussi doit être préparée à accueillir et comprendre la Parole. Nous touchons ici un aspect qui demande des efforts constants pour que les fidèles se familiarisent avec la Parole et que celle-ci les rejoigne au cœur de leur vie. C’est toute la catéchèse  continue dans la communauté qui est concernée. Et je pense particulièrement aux personnes qui doivent former les enfants et les jeunes dans les parcours catéchétiques. Ces personnes doivent elles-mêmes être aidées et alimentées pour pouvoir rendre leur service adéquatement.  

Communion

Nous avons souvent pris l’habitude de consacrer d’avance beaucoup d’hosties gardées dans le tabernacle. Et nous allons y puiser pour la communion au cours de la messe. Cette façon de faire n'est pas adéquate. Elle ne signifie pas ce qui se passe vraiment dans l’Eucharistie. Elle risque même de fausser le sens eucharistique. Normalement, l’assemblée doit partager le pain consacré durant la célébration même. La réserve eucharistique est là pour la communion aux personnes incapables de venir à l’église et qui sont malades, pour les viatiques.  

Il me semblerait opportun de retrouver le sens de ce que saint Paul affirmait : « Parce qu'il n'y a qu'un pain, à plusieurs nous ne sommes qu'un Corps, car tous nous participons à ce pain unique » (1 Corinthiens 10,17). Durant toute l’époque patristique, de nombreux homélistes insistent sur ce signe de l’unique pain rompu et partagé par tous, sur sa vérité et sur ses conséquences dans la vie de la communauté. Communier ensemble au pain consacré durant la messe même oriente dans ce sens : un seul pain, un seul Corps, une seule mission, dans la diversité des vocations, des grâces, des charismes et des ministères.  

La communion, sous les deux espèces du pain et du vin,  consacrés à la célébration en cours, réalise plus pleinement le signe du banquet eucharistique. Le concile a rappelé cette réalité et ouvert cette possibilité. Certaines communautés l’ont mise en application. Il importe que ce soit fait avec dignité, que les personnes qui y participent sachent de quoi il s’agit et comment procéder, quoi faire et quoi ne pas faire.  

Lendemains de l’Année de l’Eucharistie

Je vous invite également en cette fin de l’Année de l’Eucharistie, de prendre le temps d’évaluer la qualité du soin apporté à la célébration eucharistique en semaine, aux célébrations eucharistiques lors des grandes fêtes de l’Année liturgique, à la communion pour les malades et les personnes seules en dehors de la messe, à l’adoration eucharistique, etc.   

Nous devrons d’ici peu revenir sur les façons les plus signifiantes de célébrer les Adaces et les liturgies de la Parole en semaine si les besoins spécifiques de notre communauté nous obligent à en célébrer.  

Ce sont là quelques points qui méritent notre attention afin que cette Année de l’Eucharistie qui tire à sa fin produise des fruits dans la construction de l’Église d’ici et que nous collaborions de tout notre cœur à l’œuvre de Dieu parmi nous2. Nous aurons toutefois bien des occasions, dans les prochaines années, de prolonger, d’approfondir et d’élargir ces réflexions.   

En effet, durant le mois d’octobre 2005, le Synode des évêques porte sur le thème de l'Eucharistie. Il s’agira d’être attentifs à ce que nous fourniront les journaux, revues et Internet à ce sujet. Puis viendra dans plusieurs mois, sans doute, l’exhortation post-synodale sur l’Eucharistie, qui sera une autre invitation à mieux scruter ce sacrement que nous proclamons être le « grand mystère de la foi ». La tenue du Congrès eucharistique à Québec en 2008 nous offrira une autre occasion toute spéciale de poursuivre notre réflexion sur le sujet.  

Remerciements

Merci à celles et ceux qui ont bien voulu, durant cette Année de l’Eucharistie, donner du temps et de la prière pour mieux connaître, aimer et faire vivre nos célébrations eucharistiques, en particulier dominicales. Merci à celles et ceux qui œuvrent dans nos divers programmes d’initiation à la vie chrétienne et qui se donnent eux-mêmes les moyens de toujours mieux présenter l’Eucharistie. Merci aux prêtres qui avec diligence célèbrent, préparent leurs homélies et ainsi assurent à leur présidence qualité et spiritualité. Merci à toutes les personnes qui oeuvrent dans les comités liturgiques, sans oublier notre comité diocésain, et ainsi soutiennent et alimentent nos communautés.  

Que Marie, mère de l’Église, qui était en prière avec les Apôtres au Cénacle dans l’attente de l’Esprit, soit avec nous dans ces efforts pour que le Christ Jésus et son Corps que nous sommes en Église, rendent à Dieu ce culte d’adoration en esprit et en vérité qu’il attend de ses enfants bien-aimés.

 

†Roger Ébacher
Archevêque de Gatineau-Hull 

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1 Voir sur le site http://www.diocesegatineau-hull.qc.ca, sous la rubrique « Messages pastoraux de Mgr Roger Ébacher » , les titres suivants : « L’Écriture, l’Eucharistie et l’option préférentielle pour les pauvres » (avril 2001); « La liturgie, Épiphanie du mystère du Christ, Épiphanie du mystère de l’Église » (avril 2004); « Note sur le grand mystère de l’Eucharistie sous trois de ses aspects » (21 juin 2005). Ce dernier texte est particulièrement élaboré.

2 Pour plus de réflexions pastorales sur ces points et d’autres, on peut lire la revue Prêtre et Pasteur de septembre 2005, qui apporte des réflexions intéressantes et stimulantes.  On trouvera de même des éléments intéressants sur le sujet dans L’Avenir de l’eucharistie à la lumière de la situation actuelle dans la revue Liturgie, foi et culture, vol. 39, no 182, été 2005.
 

catégorie : messages pastoraux
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