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Hull, le 3 juillet 2003 Aux mouvements et associations catholiques
Diocèse de Gatineau-Hull
Soeurs et frères dans le Christ Jésus, But du message: Nous célébrons cette année le 40ième anniversaire de fondation de notre diocèse. Je profite de cet événement pour venir vous saluer, vous remercier de vos engagements au sein de notre Église diocésaine, et vous encourager à sans cesse développer la qualité et la vigueur de votre témoignage évangélique parmi nous.
J’ai écrit le présent texte pour soutenir votre élan apostolique et le nourrir. Je vous demande de le lire ensemble, de le discuter, de prier à partir de ce message et de réviser en cette année jubilaire de notre diocèse le dynamisme évangélique de votre engagement en Église au nom de notre foi en Jésus et en son Évangile.
De qui témoignons-nous?
En ce début du nouveau millénaire, nous sommes conviés à donner un nouvel élan, une nouvelle ferveur à notre engagement apostolique dans le monde d’ici, au nom de l’Évangile. Jésus nous a dit: "Vous allez recevoir une force, celle de l'Esprit Saint qui descendra sur vous. Vous serez alors mes témoins" (Actes 1,8). Sommes-nous vraiment des témoins de Jésus le Ressuscité, le Vivant, tel que manifesté à nous dans les Évangiles? Je me laisse guider par cette autre parole de Jésus: "Lorsque viendra le Paraclet, que je vous enverrai d'auprès du Père, l'Esprit de vérité, qui vient du Père, il me rendra témoignage. Et vous aussi, vous témoignerez" (Jean 15,26). L’Esprit-Saint agit en nous pour que nous n’oublions pas Jésus-Christ. Il nous enseigne le sens de sa vie, ses gestes, ses paroles, sa mort et sa résurrection. L’Esprit témoigne dans nos coeurs que Jésus est vraiment fils de Marie et Fils de Dieu; que Jésus est le Chemin, la Vérité et la Vie: qu’il vit et nous conduit à la vie avec le Père. L’Esprit témoigne dans nos coeur que la mort de Jésus n’est pas un échec, un scandale, une folie, mais bien le chemin étonnant que Dieu a voulu pour nous dire les excès de sa passion pour les humains. Et l’Esprit agit ainsi en nous, dans nos groupes, dans notre communauté, pour qu’à notre tour nous devenons témoins crédibles de Jésus. C’est la raison d’être de l’Église. C’est la raison d’être des associations et mouvements dans l’Église. Reconnaissez-vous cette raison d’être réalisée dans votre association?
Jésus nous demande par la puissance de son Esprit d’être ses témoins. Rappelons- nous que le témoin exemplaire, c’est Jésus lui-même. C’est ainsi qu’on le nomme au début de l’Apocalypse : "Le témoin fidèle, le Premier-né d'entre les morts, le Prince des rois de la terre. (1,5). Nous avons à connaître le témoignage qu’il a porté afin d’être à notre tour être ses témoins fidèles.
En simplifiant beaucoup, je signale trois dimensions de l’expérience de Jésus, dont il témoigne à travers sa vie et sa mort, et à laquelle l’Esprit nous appelle à participer pour en témoigner à notre tour.
1.- Jésus, sous la motion de l’Esprit, a témoigné que Dieu est amour :
Une soif brûle notre génération. Après une période de grande euphorie scientifique et technologique, nous faisons l’expérience de notre fragilité, de la peur face au présent et à l’avenir. Nos contemporains se reconnaissent comme des personnes blessées, parfois profondément atteintes dans leur espérance et dans leur sens de la vie. Notre monde se sent faible et menacé, il a soif de bonté, de miséricorde. Il est assoiffé d’être aimé afin de trouver sens à son histoire.
C’est ce que Jésus est venu offrir à notre humanité en lui manifestant comme jamais auparavant le vrai visage de Dieu. Il nous dit que tout ce qu’il dit, que tout ce qu’il fait manifeste le Dieu miséricordieux et bon: "Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin de médecin, mais les malades. Allez donc apprendre ce que signifie: C'est la miséricorde que je veux, et non le sacrifice. En effet, je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs." (Mt 9:13-14). Et souvenons-nous des grandes paraboles en Luc ch. 15 qui montrent Dieu sous l’image du berger, de la ménagère, du père: images de souci de Dieu pour tout être humain quel qu’il soit, même pour un seul et surtout s’il est petit, inutile, marginal.
"Dieu est amour" (1 Jean 4,9). La recherche du vrai coeur de Dieu est la hantise de l’humanité depuis ses débuts. Israël à travers son histoire sainte l’a découvert comme à la fois le Dieu très Haut et très Proche. Mais ce n’est qu’en Jésus que nous pouvons nous écrier avec les premiers disciples: "En ceci s'est manifesté l'amour de Dieu pour nous: Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde afin que nous vivions par lui. En ceci consiste l'amour: ce n'est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c'est lui qui nous a aimés et qui a envoyé son Fils en victime de propitiation pour nos péchés." (1 Jean 4,9-10). S. Paul ajoutera: "Dieu est riche en miséricordes" (Éphésiens 2,4). Et je vous invite à relire la si belle encyclique de Jean-Paul II sur la miséricorde! Pour devenir témoins du Dieu et Père de Jésus, il nous faut contempler Jésus passant des nuits en prière, y disant sa confiance au Père et son abandon entre ses mains, Jésus accueillant la Samaritaine, le lépreux, le pécheur, les aimant jusqu’à risquer sa vie pour eux. Il faut nous situer avec le larron s’écriant: "Jésus, souviens-toi de moi, lorsque tu viendras avec ton royaume." (Luc 23,42) Il faut nous tenir avec le centurion qui voyant comment Jésus, au coeur des tortures, est mort en pardonnant et en s’abandonnant en toute confiance entre les mains de Dieu le Père, s’écrie:"Vraiment cet homme était fils de Dieu!" (Marc 15,39). Et alors, l’Esprit pourra murmurer en nous et par nous au monde: "Dieu est amour", il est compassion, miséricorde, don de soi jusqu’au bout. Notre monde a tellement besoin de cette bonté divine! Il a tellement besoin de pouvoir prier le Dieu et Père de Jésus, le Père de toutes tendresses et de touts miséricordes. C’est à nous de le lui offrir.
2.- Jésus , sous la motion de l’Esprit, a témoigné du plan divin de fraternité et de rassemblement de toute l’humanité en brisant barrières et frontières humaines :
Le peuple d’Abraham et de Moise, grâce à une relecture prophétique de son histoire mouvementée, a fini par deviner dans le coeur de Dieu un plan de salut, de vie et de bonheur pour les humains. Ils découvrent que l’histoire humaine est une histoire sainte. S. Paul nous entraîne à contempler ce "dessein bienveillant" et plein de tendresse de Dieu pour notre monde : "Dieu nous a fait connaître le mystère de sa volonté, le dessein bienveillant qu'il a d'avance arrêté en lui-même pour mener les temps à leur accomplissement, tout réunir sous un seul chef, le Christ... Au terme, nous parviendrons tous ensemble à l'unité dans la foi et à la vraie connaissance du Fils de Dieu, à l'état de l'Homme parfait, à la plénitude de la stature du Christ." Dieu veut que l'humanité tout entière soit réunie autour de Jésus-Christ, au point de ne faire qu'un seul Corps avec lui! (voir Éphésiens tout le magnifique chapitre 1). Le Père Teilhard de Chardin a évoqué ce plan divin dans une magnifique image: "Le Christ n'a pas encore fini de ramener autour de lui les pans de la robe de chair et d'amour que lui forment ses fidèles". Et un jour ce même Teilhard a eu l’expérience mystique de voir l’hostie consacrée s’élargir aux dimensions du monde, assumer avec l’humble pain tout ce qui dans l’humanité est beauté, bonté, justice, paix, solidarité pour en faire le Corps du Christ Ressuscité. Etre témoin de Jésus, c’est connaître ce grand plan de bonté de Dieu, qui veut le bonheur des humains. C’est travailler à sa réalisation dans notre monde, dans ses différentes dimensions: religieuses, politiques, sociales, économiques, culturelles. C’est savoir que l’Évangile a la capacité de faire grandir l’humanité parmi nous, de nous rendre plus humains et solidaires sur notre planète, comme Dieu nous veut.
Il serait bon ici de reprendre cet autre texte magnifique de S. Paul aux Éphésiens (2,13-19 ) : "Or voici qu'à présent, dans le Christ Jésus, vous qui jadis étiez loin, vous êtes devenus proches, grâce au sang du Christ. Car c'est lui qui est notre paix, lui qui des deux peuples n'en a fait qu'un, détruisant la barrière qui les séparait, supprimant en sa chair la haine[...] pour créer en sa personne les deux en un seul Homme Nouveau, faire la paix, et les réconcilier avec Dieu, tous deux en un seul Corps, par la Croix : en sa personne il a tué la Haine. Alors il est venu proclamer la paix, paix pour vous qui étiez loin et paix pour ceux qui étaient proches : par lui nous avons en effet, tous deux en un seul Esprit, libre accès auprès du Père". Le Christ est le Prince de la Paix, il a cloué la haine à la croix, il a détruit les barrières entre les nations, peuples, tribus... Quelle Bonne Nouvelle! Voilà ce dont nous avons à témoigner! Et quelles sont les barrières, les préjugés, les divisions ici que nous sommes invités à dépasser afin de témoigner du dynamisme de l’Évangile?
3.- Jésus, sous la motion de l’Esprit, a manifesté la justice de Dieu envers les plus blessés par la vie, en prenant parti pour eux :
L’Église parle souvent de "l’option préférentielle pour les pauvres". Grâce en particulier aux apports des Églises d’Amérique Latine, cette compréhension évangélique fait partie de la doctrine sociale de l’Église (en fait connaissons-nous cette doctrine sociale? Prenons-nous les moyens ensemble pour la connaître un peu mieux?) Nous accolons parfois à cette option toute sortes de nuances ou de qualificatifs, certes légitimes. Mais il faut surtout avoir une vive conscience que notre foi aimante en Jésus exige, sous peine d’être hypocrite, un souci réel pour les petits et les mal aimés de notre monde; un souci réel de changer les structures qui portent des germes d’exploitation, d’appauvrissement et d’injustice.
Ici encore, Jésus est fidèle à l’histoire spirituelle de son peuple. Les prophètes ont sans cesse répété qu’il y a deux péchés capitaux, qui se conditionnent l’un l’autre et qui font le malheur des humains. Le premier est l’idolâtrie sous toutes ses formes. Refuser de faire confiance au vrai Dieu, de lui confier notre vie, surtout dans les moments de détresse, ne pas être sûrs de son amour fidèle mais plutôt alors mettre son espoir dans toutes sortes de moyens humains, c’est tellement grave que la Bible cherche à expulser ce péché par le premier commandement, le plus essentiel, celui qui est vraiment premier. Mais les prophètes ajoutent que toute idole (argent, prestige, compétition exacerbée, pouvoir, sexe débridé, etc...) exige toujours son lot de larmes et de sang. Le péché qui caractérise les païens, c’est l’insensibilité de coeur envers les petits et les pauvres. Par ailleurs le vrai et bon roi est pour la justice et il la fait en défendant les pauvres et en refrénant les riches qui les exploitent. Marie le proclame dans son Magnificat : "Il a déployé la force de son bras, il a dispersé les hommes au coeur superbe. Il a renversé les potentats de leurs trônes et élevé les humbles, Il a comblé de biens les affamés et renvoyé les riches les mains vides. Il est venu en aide à Israël, son serviteur, se souvenant de sa miséricorde, selon qu'il l'avait annoncé à nos pères, en faveur d'Abraham et de sa postérité à jamais!" (Luc 1 51-55).
L’Esprit a poussé Jésus dans les mêmes chemins. Ce même Esprit nous habite et veut actualiser par nous dans notre monde cette même attention pour les pauvres qui fut celle de Jésus sur les chemins de Galilée et de Judée, sans oublier les incursions de Jésus chez les Samaritains et les païens, alors si méprisés par les siens.
Conclusion :
Quant Jean-Paul II dans ses écrits du début du millénaire nous demande de témoigner, il nous invite à nous concentrer sur le visage du Christ, visage du souffrant et du ressuscité, afin de repartir du Christ Jésus dans notre élan missionnaire vers le large . Je vous invite à lire et discuter ensemble les chapitres 2 et 3 de la si belle lettre apostolique du Pape, signée le 6 janvier 2001 et intitulée : Au début du nouveau millénaire. Il vient d’ailleurs de le répéter dans sa lettre apostolique sur le Rosaire, dans laquelle il a décrété l’année du Rosaire que nous sommes en train de vivre. "Réciter le Rosaire, y écrit-il, n’est rien d’autre que contempler avec Marie le visage du Christ". Rappelons-nous d’ailleurs Thérèse de l’Enfant-Jésus. Elle est bien certainement le témoin qui a marqué le plus 20ième siècle par sa spiritualité de l’enfance spirituelle. C’est de sa contemplation de la Sainte Face qu’elle a tiré sa puissance de témoignage, si unique.
Jésus a dit : "Vous allez recevoir une force, celle de l'Esprit Saint qui descendra sur vous. Vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre." (Actes 1,8) Être un témoin de Jésus, c’est collaborer de tout notre être avec l’Esprit de notre baptême et de notre confirmation, qui veut ouvrir notre coeur aux horizons même du coeur de Jésus. Être un témoin de Jésus, c’est offrir à notre monde d’aujourd’hui, d’une façon crédible pour lui, ce feu que Jésus est venu jeter sur la terre afin que les humains vivent et vivent en abondance. Être témoin de Jésus c’est voir ce feu à l’oeuvre dans la création, dans les joies et les souffrances, les oeuvres et les recherches des gens d’ici, le leur révéler et les entraîner dans une grande espérance. Être témoin de Jésus, c’est réveiller, exciter dans les personnes sur notre route le désir de Jésus Christ et de l’Évangile, en qui ils sauront connaître un trésor précieux, une Bonne Nouvelle, une réponse surabondante à leurs soifs de bonheur et de vie.
En ce quarantième anniversaire de notre diocèse, c’est avec joie et confiance que je vous offre cette réflexion sur notre témoignage en Église. Je souhaite que par cet humble partage l’Esprit qui a inspiré et guidé Jésus transforme sans cesse le regard de vos coeurs. Ainsi vous contemplerez le Dieu Créateur et Père de Jésus sans cesse à l’oeuvre par son Esprit dans le monde, "renouvelant la face de la terre". Et puissiez-vous trouver votre joie à collaborer avec humilité, douceur et confiance à cette oeuvre divine.
Que Marie, la première disciple et celle qui surtout au Cénacle fut le témoin de Jésus pour l’Église de Jérusalem, intercède pour que l’Esprit qui a habité Jésus agisse puissamment en vous toutes et tous.
De votre frère évêque
†Roger Ébacher
Le 8 juin, Pentecôte 2003
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