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Déclarations publiques

06 novembre 2000

Depuis le 5 novembre dernier, vous avez un saint patron au ciel : Thomas More, diplomate et chancelier du royaume d’Angleterre. Pour lui, la politique était avant tout affaire de bien commun et de droiture de conscience. Fort de cette vision, il a mis son activité publique au service de la personne, surtout quand elle est faible ou pauvre. Il a promu la justice et a combattu l'influence malsaine de ceux et celles qui poursuivent leurs propres intérêts au détriment des plus faibles.

Thomas More a écrit un livre intitulé "Utopia". Il y rêve un monde où les lois sont justement administrées, où le fossé entre riches et pauvres est comblé. Pas de serrures aux portes! Pas de chômage! Dans cette Île d’Utopie, on a soin de l’environnement et les jardins produisent en abondance. On partage les surplus de production avec les îles voisines. L’Île embaume d’un parfum de solidarité et de vie heureuse... C’était en 1516.

J’ai le goût de vous écrire mon "Utopia"! Mais en ces jours vous êtes fort occupés. Vous n’avez pas grand temps pour lire! Alors, je vous transmets seulement quelques têtes de chapitres de mon rêve.

1. "Tu as du prix à nos yeux". Dans mon Île d’Utopie, chaque personne est respectée dans ses droits fondamentaux. De bonnes lois garantissent les soins prodigués aux mourants, les soins à domicile bien ajustés à chacun, l’assurance-médicaments pour tous. Toute personne y a droit à la vie et aux nécessités de base : nourriture, vêtements, gîte, éducation, soins de santé, environnement sain et sécurité économique. Les leaders politiques et sociaux prennent de sages mesures pour aider les parents à concilier leurs responsabilités familiales et professionnelles, dans l’harmonie et pour la joie des enfants. On n’y connaît pas la peine capitale. Certes, il y eut un jour des problèmes avec les autochtones, mais les leaders politiques ont demandé des rapports sur le sujet et ils ont donné des suites aux recommandations.

2. "Il n’y a plus de pauvres ici". Dans mon Île d’Utopie, en contraste avec certains pays où un citoyen sur six et un enfant sur cinq vivent dans la pauvreté, les politiciens soupèsent avec grande attention les coûts humains des stratégies économiques et financières décidées pour le bien commun. Certes, un jour l’Île a eu le malheur de s’endetter! Mais le sens social et civique des leaders politiques y fait que la réduction des dettes, des déficits et des impôts ne devienne pas le fardeau des plus vulnérables, comme les sans-emploi, les femmes, les enfants, les nouveaux arrivants et les personnes handicapées. Et les leaders politiques sont heureux de constater que l’opinion publique est très sensible au sort de tant d’autres Îles écrasées par des dettes impayables et enthousiaste à les aider.

3."Notre solidarité bâtit!" Dans mon Île d’Utopie, la priorité est donnée à une politique de création d’emplois stables et bien rémunérés, liée à une stratégie de développement social et économique intégré. On a soin de l’environnement humain et géologique par de saines et justes politiques de conservation des ressources non renouvelables et de développement humain. Les régions de ce pays sont diversifiées et fières de l’être. Mais les leaders politiques savent bien que le développement socio-économique, culturel et politique des populations locales et régionales est une condition de justice et de paix. Et ce grand esprit de coopération et de solidarité ne ferme pas les frontières! Citoyennes et citoyens se savent membres d’un village global qui dépasse les frontières! L’aide au développement international, la radiation des dettes des pays pauvres, la mise en place d’accords commerciaux équitables, l’accueil généreux des réfugiés ont bonne presse et sont sensibles aux coeurs et... aux budgets.

La charte des droits de ce pays affirme que l’économie et la politique existent pour les personnes, et non l’inverse. Et aussi que toutes les activités économiques et politiques doivent reposer sur des principes éthiques de justice, de partage, de solidarité. Une loi de mon Île d’Utopie exige que tout bilan politique reflète la priorité accordée aux personnes vivant dans la pauvreté et aux citoyens les plus vulnérables.

Mais j’arrête là! Car vous êtes fort pressés de ce temps-ci! Je prends juste encore une minute pour faire mienne l’intention de prière que le pape propose à tous les catholiques de l’univers ce mois-ci: "Pour que les responsables politiques et économiques comprennent le devoir de s'occuper du bien de tous et en premier lieu des plus démunis". Qu’il en soit ainsi!

 

†Roger Ébacher
Archevêque de Gatineau-Hull

catégorie : déclarations publiques
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