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  Accueil   Mgr Roger Ébacher   Messages pastoraux   Le Jubilé et l'indulgence de Dieu
Messages pastoraux

01 novembre 1999

Introduction

Dans la tradition judéo-chrétienne, l’année jubilaire est reconnue comme un temps particulièrement intense de célébration de la grande indulgence de Dieu pour notre monde. C’est “une année de miséricorde”.  C’est aussi un temps particulier de conversion. C’est d’ailleurs le sens que Jésus a donné à tout son ministère, selon son grand discours inaugural. “L'Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu'il m'a consacré par l'onction, pour porter la bonne nouvelle aux pauvres. Il m'a envoyé annoncer aux captifs la délivrance et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer en liberté les opprimés,  proclamer une année de grâce du Seigneur” (Luc 4, 18-19) . Et il se mit à multiplier les gestes de miséricorde, à révéler par ses enseignements et paraboles les secrets du coeur de Dieu, puis à appeler à un renouveau de vie personnelle, communautaire, sociale.

L’année jubilaire commencera dans la nuit de Noël 1999 pour se clore le 6 janvier 2001. Ce Jubilé de l’an 2000 est un événement centré sur le mystère de Dieu qui “est Amour” (1Jn 4,9), compassion, tendre générosité. Nous voulons, “à la manière de Jésus”, célébrer la miséricorde sans frontières de Dieu. Nous voulons entendre l’appel à la conversion afin que cette compassion transforme nos vies, nos communautés, et que ce monde devienne, comme Dieu le veut, un lieu plus humain, marqué par la justice, la réconciliation, la paix, le partage.  Il s’agit de consentir à l’amour de Dieu pour tous et de nous détourner de ce qui en nos coeurs, dans nos façons de vivre ensemble en Église, dans nos structures sociales, politiques ou économiques nous éloignent de la solidarité humaine voulue par Dieu. C’est un appel à un renouveau intérieur, communautaire et social.  C’est le sens des grands symboles retenus par l’Église à travers les siècles pour marquer une telle année jubilaire.

Ouvrir nos coeurs

La porte sainte évoque d’abord le Christ, mais aussi la porte de nos coeurs. Jean-Paul II la traversera le 25 décembre en ayant dans les mains le livre des Saints Évangiles. Nous y engager, ce sera ouvrir les portes de nos vies à l’Évangile afin de vivre “à la manière de Jésus”. Ce sera ouvrir notre histoire dans ses diverses dimensions à l’indulgence de Dieu et à la solidarité avec les humains, surtout les personnes blessées et souffrantes que nous rencontrons sur notre route.

Les pèlerinages nous rappellent que nous sommes ensemble en marche “vers la maison du Père”. Nous sommes tous des “enfants prodigues”, mais tendrement aimés et attendus. L’Esprit murmure de mille façons, souvent très inattendues, au coeur des humains de toutes cultures, races et religions: “Viens vers le Père”. Notre histoire humaine est un pèlerinage à vivre dans la fraternité, l’ouverture, la solidarité et l’amour.

L’indulgence jubilaire est aussi, au coeur des années saintes, “un des éléments constitutifs de l’événement jubilaire. En elle se manifeste la plénitude de la miséricorde du Père, qui vient à la rencontre de tous avec son amour, exprimé avant tout par le pardon des fautes”. Je vous invite à aller voir dans le Catéchisme de l’Église catholique le sens de cette pratique séculaire de l’Église.

Un don gratuit de Dieu

L'indulgence est un sujet délicat, à propos duquel les incompréhensions sont nombreuses. Il faut regarder cette pratique séculaire de l’Église catholique à la lumière de la miséricorde généreuse et gratuite de Dieu. Nous ne gagnons pas des indulgence! Nous n’achetons pas des mérites. Nous accueillons le don gratuit de Dieu distribué généreusement par l’Église. L’indulgence exprime le “don total de la miséricorde de Dieu”. Et le pape exprime son grand désir que tous les fidèles, convenablement préparés, puissent abondamment bénéficier du don de l’indulgence. C’est aussi mon désir pour notre diocèse. Les précisions qui suivent vont dans ce sens.

Accueillir l’indulgence de Dieu...

Nous avons besoin de l’indulgence de Dieu. Pour l’accueillir, nous sommes invités à vivre une démarche de conversion et de réconciliation, d’abord par les sacrements de réconciliation et de l’eucharistie.  À ces sacrements, nous sommes invités à joindre la prière et des oeuvres ou actes qui traduisent concrètement l’orientation évangélique de conversion que nous voulons donner à notre vie.

Dans les pèlerinages

L’indulgence jubilaire est accessible à toutes et à tous. Les personnes qui feront un pèlerinage en Terre Sainte ou à Rome pourront l’accueillir. Mais tous les pèlerinages diocésains ou nationaux permettent la même ouverture du coeur à l’appel de Dieu. Une visite à la cathédrale pour y prier, préférablement avec d’autres, ou même dans n’importe quelle église autre que celle où l’on se rend célébrer régulièrement permet la même démarche d’accueil. Dans cette optique, il serait important de chercher à rendre les églises plus accessibles.  (Voir les informations pour les pèlerinages en p. 7)

Dans les oeuvres

L’indulgence est aussi accessible “en tout lieu” pour les fidèles “s’ils vont rendre visite pendant un temps convenable à leurs soeurs et frères qui se trouvent dans la nécessité ou dans la difficulté (malades, prisonniers, personnes âgées et seules, handicapés, etc.)”. Ceci m’apparaît nouveau et particulièrement apte à développer un réel esprit de conversion, de solidarité et de partage. Le pape développe cet acte d’accueil de l’indulgence divine, en l’élargissant généreusement :

Il y a un signe de la miséricorde de Dieu qui est aujourd’hui particulièrement nécessaire : la charité, qui ouvre nos yeux aux besoins de ceux qui vivent dans la pauvreté et dans la marginalité. Ce sont là des situations qui s’étendent aujourd’hui sur de vastes secteurs sociaux et qui couvrent de leur ombre de mort des peuples entiers. Le genre humain se trouve face à des formes d’esclavage nouvelles et plus subtiles que celles qu’il a connues dans le passé; la liberté continue à être pour trop de personnes un mot privé de contenu. Beaucoup de pays, spécialement les plus pauvres, sont opprimés par une dette qui a pris des proportions telles qu’elles rendent pratiquement impossible leur remboursement. Il est clair, par ailleurs, que l’on ne peut atteindre un progrès réel sans la collaboration effective entre les peuples de toute langue, race, nationalité et religion. Il faut éliminer les violences qui engendrent la domination des uns sur les autres : il y a là péché et injustice.

Dans cette optique, l’accueil du don de Son indulgence prend la forme d’un engagement effectif dans le Grand Plan de Salut de Dieu pour tous ses enfants, tant dans le cadre local qu’international.  L’oeuvre de l’Église catholique, Développement et Paix, offrira l’opportunité de poser un geste de solidarité internationale, le cinquième dimanche du carême.

On peut aussi accueillir l’indulgence de Dieu par des initiatives qui mettent en oeuvre l’esprit de pénitence. Je songe à des actes comme : jeûner; ou s’abstenir de certains biens et donner aux pauvres la somme proportionnelle; ou encore s’engager dans un bénévolat pour une oeuvre caritative.

Enfin, je pense particulièrement aux religieuses cloîtrées, telles les Servantes de Jésus-Marie, aux personnes malades à la maison, en résidence et en institution, et à toutes celles qui, d’une façon ou d’une autre, ne sont pas en mesure de sortir de chez elle.  Je les invite à accomplir une visite à la chapelle de leur maison, ou encore à accueillir l’indulgence en posant un geste pour offrir à Dieu, en communion avec le Christ Jésus, leurs prières, leurs souffrances et leurs privations.

Je souhaite de tout coeur que nous entrions avec confiance dans la joie du jubilé afin que nous devenions une Église plus fidèle à l’Évangile et plus audacieuse dans sa mission de révéler la miséricorde du Père à la manière de Jésus.

 

†Roger Ébacher
Archevêque de Gatineau-Hull 

 

catégorie : messages pastoraux
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