Nous sommes habitués, peut-être même blasés, de voir à la télévision de longues files de personnes, surtout des femmes et des enfants, fuyant des lieux de guerre et cherchant refuge où ils peuvent, errant sans même savoir où ils vont!
Récemment, j’ai entendu le témoignage d’une femme de la République Démocratique du Congo qui a dû se rendre dans ces camps de réfugiés et sur les lieux en guerre pour chercher à y apporter un peu de soulagement. Elle m’a d’abord rappelé que cette population a été décimée par des années de guerres et de morts : près de six millions. C’est le pire drame humanitaire depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. Cette femme, une religieuse, accompagnée de deux évêques congolais, faisait partie d’une délégation qui était venue rencontrer les députés canadiens, le 2 décembre dernier, afin de les sensibiliser aux atrocités actuelles dans la région au nord de Goma dans la province du Nord-Kivu.
Partant de ce qu’elle a vu, cette religieuse a affirmé : « Dans cette situation, c’est plus risqué pour sa vie d'être femme que d’être soldat! » Les viols y sont devenus l’arme utilisée pour détruire la femme, la famille, la société et la culture de ce peuple.
Ces femmes fuyaient dans la détresse au fur et à mesure que les armées avançaient. C’était le temps des pluies. Et plusieurs devaient accoucher là, dans la boue, sans vêtement ni nourriture!
Quant aux enfants, ils sont kidnappés pour devenir des enfants-soldats. Après des lavages de cerveau, ils sont capables de commettre les pires crimes sans état d’âme semble-t-il. Mais ceux qui en réchappent sont profondément brisés.
Un tel drame se répète donc encore aujourd’hui pour des milliers, des millions de personnes sur notre planète. Je souhaite que nos médias nous en informent beaucoup mieux. Je souhaite que nos compagnies, en particulier minières, qui y œuvrent prennent au sérieux leur responsabilité sociale envers ces peuples dont ils tirent à leur profit, à notre profit, les richesses. Et je souhaite aussi que notre gouvernement prenne un plus grand leadership pour que le soutien international aide ces peuples à trouver le chemin de la paix et à l’imposer aux belligérants qui font passer leurs intérêts personnels avant le bien commun de toute une population. Et ce serait certainement un beau cadeau à faire à ce peuple si nous parvenons comme citoyens à sans cesse sensibiliser nos représentants politiques à notre responsabilité en regard de la solidarité internationale.
† Roger Ébacher
Évêque de Gatineau
12 décembre 2008
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