Déclarations publiques

25 février 2004

J’ai vu le film « La Passion du Christ » de Mel Gibson. Et je l’ai aimé.  J’ai trouvé bien des images belles, d’autres trop brutales. La musique, le jeu de la couleur et du « noir et blanc », l’usage de l’araméen et du latin, sont autant d’aspects évocateurs et  puissants. Mais je laisse à qui s’y connaît d’en juger la valeur artistique.  

Ce film m’a ému à certains moments jusqu’aux larmes. En d’autres séquences, il m’a répugné par sa violence.  Sa finale m’a quelque peu déçu, mais il est difficile d’évoquer le mystère de la résurrection de Jésus à l’écran.  En tout cas, elle y est! 

S’impose à moi la question : fallait-il tant de violence, tant de sang, tant de larmes pour sauver le monde? Est-ce Dieu qui a voulu cela? Pourquoi tout ce déchaînement de haines, de lâchetés, de manipulation des foules?  Satan, présent symboliquement tout au long du film, insinue que tout cela n’a aucun sens et est inutile! Parfois, il rencontre de la complicité dans mon cœur!  

L’ouverture du film, en citant le prophète Isaïe au sujet du Serviteur Souffrant, nous en fournit la clé d’interprétation. Ces images d’un homme innocent,  trahi, déshonoré, ridiculisé, torturé, associé aux criminels, faisant face à l’échec de sa vie, m’ont amené à me poser la question : Ce peut-il que Dieu nous aime à ce point?   Dieu a donc consenti à prendre ce chemin de notre destin humain dans ce qu’il a de plus malheureux afin de nous convaincre des dimensions inouïes, j’oserais dire folles, de la fidélité et de la proximité de son cœur pour nous? 

Le  : « Aimez vos ennemis », heureusement rappelé, révèle son exigence et sa vérité dans la prière de Jésus mourant: « Père, pardonne-leur… » Les nombreux retours de la caméra sur les moments d’intimité de Jésus avec ses amis lors des adieux et l’insistance sur la demande : « Aimez-vous les uns les autres », évoquent la valeur du don libre de sa vie pour que les autres vivent en abondance. Le don de l’eucharistie, la promesse de l’Esprit affirment une présence que même la mort ne pourra entraver. 

À un autre niveau, le film illustre le lynchage d’un innocent, fruit d’un tissu inextricable de haines, de mensonges, d’abus de pouvoir, de lâchetés, de manipulations, de peurs, de défoulements, de mépris. Cette violence inhumaine qui humilie et tue des humains, qui a quelque chose de diabolique, tisse hélas! encore notre histoire d’aujourd’hui.   

Par ailleurs, la véritable grandeur du cœur humain est aussi présente dans le film. Je pense à la tendresse maternelle de Marie, à la reconnaissance fidèle de Marie-Madeleine, à l’amitié sans failles de Jean, aux larmes de Pierre après sa trahison. Je pense surtout  au regard si éloquent de Jésus qui sans cesse affirme sa douce force, sa bonté patiente pour tous, son amour des autres et de la vie, sa confiance en Dieu malgré tout….Oui, j’ai aimé de film! 

 

†Roger Ébacher
Archevêque de Gatineau-Hull


 

catégorie : déclarations publiques
© 2007 Archidiocèse de Gatineau Tous droits réservés.