Saint Paul écrit à une communauté chrétienne : « Je n'ai pas à vous louer de ce que vos réunions tournent non pas à votre bien, mais à votre détriment »(1 Corinthiens 11,18). Il parle des Eucharisties qu’ils célèbrent, et qu’il nomme bellement : « Le Repas du Seigneur ». Et Paul donne la raison de son mécontentement : « Car j'apprends tout d'abord que, lorsque vous vous réunissez en assemblée, il se produit parmi vous des divisions ». Et il ajoute ces paroles très rudes : «Dès qu'on est à table en effet, chacun prend d'abord son propre repas, et l'un a faim, tandis que l'autre est ivre. Vous n'avez donc pas de maisons pour manger et boire? Ou bien méprisez vous l'Eglise de Dieu, et voulez vous faire honte à ceux qui n'ont rien? Que vous dire? Vous louer? Sur ce point, je ne vous loue pas. »
Cet avertissement vaut aussi pour nous. Les divisions, les chicanes, surtout le mépris des pauvres, sont incompatibles avec toute célébration eucharistique. Humilier les personnes blessées et qui se sentent marginalisées, les ignorer, c’est tricher avec l’Eucharistie. C’est un mensonge! Paul nous avertit donc que la communion eucharistique au corps et au sang du Seigneur n’a pas d’effet magique ou mécanique! Elle réclame une volonté de répondre dans la vie à l’exigence du sang versé du Christ. Car boire à la même coupe, c’est partager le même destin, les mêmes sentiments: « Ayez entre vous les mêmes sentiments qui sont dans le Christ Jésus » (Philippiens 2,6).
Par la célébration eucharistique, nous devenons les « consanguins » de Jésus, sa parenté, sa famille. Quelle dignité! Mais aussi quelle responsabilité! En sommes-nous conscients? Jésus compte sur nous pour que son corps livré et son sang versé soient paix, réconciliation, pardon et joie pleine de vie pour notre monde.
Célébrer l’Eucharistie, c’est devenir ensemble porteurs du souci de Dieu pour le monde, ce monde qu’il aime (Jean 3,16), afin que ce monde devienne comme Dieu le veut, un monde de justice, de partage, de solidarité, de paix. Ça signifie quoi pour moi, pour nous?
†Roger Ébacher
Archevêque de Gatineau