« Ils ont des yeux et ne voient pas ». Par cette expression, Jésus reproche à ses contemporains de ne se situer qu’à la superficie des choses. Les écrivains sacrés, eux, sont des « voyants » : ils percent la surface des événements et dévoilent les significations qui y sont semées. Ainsi, toute réalité humaine, à travers les Écritures, nous parle de Dieu, de ses œuvres, de sa présence active et bonne pour nous.
Je ne prends en exemple que ce que la montagne dit à ces « voyants ». Reconnaissant la tendance spontanée des humains à aller sur la cime de hautes montagnes pour communiquer avec Dieu, les écrivains bibliques racontent les escalades ardues de personnages qui cherchent au sommet de la montagne secours, refuge, paix, réponse à leurs angoisses, sens de leur vie. Abraham va sur une montagne pour y vivre une déroutante rencontre qui va pour toujours le lancer dans une confiance inconditionnelle en ce Dieu aux promesses incroyables mais brûlantes dans le cœur (Genèse 22,1-19).
Tous ses grands successeurs dans la foi au Dieu unique ont suivi le même chemin. C’est au pied du Sinaï que Moïse et le peuple acceptent l’alliance avec ce Dieu qui vient de les libérer d’un terrible esclavage et maintenant les guide à travers un désert sans cesse menaçant de faim, de soif et de mort. Et c’est sur cette montagne que Dieu donne aux siens les Dix Paroles pour guider leur destin et les conduire au bonheur (Exode 19,1ss). C’est au même endroit que va Élie au moment où le peuple est traître à l’alliance et penche vers d’autres dieux. Élie y cherche assurance dans sa mission et force pour continuer (1Rois 19,1-19).
Jésus a aimé rencontrer son Père aux cimes des montagnes. Il y monte pour prier, pour appeler les apôtres, pour enseigner les Paroles de vie, pour vivre sa transfiguration, aussi pour y être crucifié. Et c’est à partir du Mont des Oliviers que le Christ ressuscité s'élève vers le Père.
Alors que nos montagnes sont dénudées par le grand vent de novembre, entendons l’appel dans nos cœurs de Celui que la Bible aime nommer : « notre Rocher, notre salut ».
†Roger Ébacher
Archevêque de Gatineau