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Homélies

07 avril 2005

Sœurs et frères de l’Église de Gatineau-Hull, 

Il est impossible de prendre conscience en quelques minutes de la complexité, de la richesse, de la grandeur et de l’humanité de Jean-Paul II. Depuis plusieurs jours, en particulier avec le stimulant des médias, beaucoup de paroles de Jean-Paul II ont resurgi dans notre mémoire. Nous avons revu les images qui durant son pontificat, de 1978 à 2005, sont entrées régulièrement dans nos foyers. 

Au cœur de cette célébration eucharistique, laissons la mémoire de notre cœur nous parler de cet homme, de ce chrétien, de ce mystique, de ce priant, de ce chef spirituel, de ce témoin des grandes valeurs qui ont fait que sous son pontificat notre humanité est devenue meilleure, plus assoiffée de paix, de solidarité et de respect pour  toute personne humaine. 

Et pour nous y soutenir, nous allons écouter quelques brefs témoignages. 

Laissons maintenant la Parole de Dieu venir à notre aide pour éclairer le chemin de vie et l’espérance de Jean-Paul II. 

Le beau texte du prophète Isaïe proclamé ce soir est celui que Jésus a repris pour définir sa mission. C’est celui que nous reprenons à chaque messe chrismale pour prendre conscience que, par la force de l’Esprit, nous sommes appelés à actualiser cette mission de Jésus dans notre monde. Ce que Jean-Paul II a fait d’une façon exemplaire. « L'Esprit du Seigneur est sur moi, car le Seigneur m'a marqué par l'onction ». L’Esprit de Dieu est bien cette énergie spirituelle qui a rendu Jean-Paul II ferme dans sa foi, dans sa prière, dans son ministère. 

Ce même texte nous révèle aussi les fruits de ce ministère, qui sont les fruits de l’Esprit : « il m'a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres, panser les cœurs meurtris, annoncer aux captifs la libération et aux prisonniers la délivrance, proclamer une année de bienfaits accordés par le Seigneur ». Par mille chemins, Jean-Paul II s’est fait proche des cœurs et des consciences meurtries, des prisonniers de leurs chaînes intérieures, politiques ou sociales.  Partout, il a proclamé aux pauvres la bonne nouvelle que Dieu est fidèle. Par mots et gestes, il a sans cesse répété : « N’ayez pas peur! Ne vous laissez pas aller au découragement, Dieu ne vous abandonnera jamais. » Ainsi il a fait germer dans beaucoup de cœurs ces fruits de l’Esprit que sont la joie et la fête. Il l’a surtout fait pour toute une jeunesse souvent désemparée et incertaine. 

Par ailleurs, j’ai été personnellement très touché par la façon dont Jean-Paul II a préparé de très longue date le passage de l’Église au nouveau millénaire. Il a voulu que l’an 2000 soit une année de bienfaits du Seigneur, une année jubilaire. Il a appelé notre monde à plus de justice, plus de partage et d’amour. Il a proclamé la nécessité de la mondialisation de la solidarité en demandant que les pays riches remettent les dettes des pays pauvres et qui croulent dans la misère.  Il a réclamé que soient libérés ces esclaves contemporains qui croulent dans la pauvreté, la misère, le désespoir, la maladie et la guerre.  Guidé par l’Esprit qui fut sa lumière et sa force, au nom de l’Évangile et de la foi, il a été un artisan de paix. Il a produit ces fruits qui font que sous son pontificat toute l’humanité a entendu l’appel de Dieu le Père à ses enfants : qu’ils se respectent, s’aiment et se pardonnent afin que notre terre reste habitable et que nous y préparions les matériaux du règne de Dieu.           

Jean-Paul II, à la fin de sa vie, aurait pu reprendre les paroles de saint Paul : « Je vous ai donc transmis ce que j'avais moi-même reçu, à savoir que le Christ est mort pour nos péchés selon les Ecritures, qu'il a été mis au tombeau, qu'il est ressuscité le troisième jour selon les Ecritures, qu'il est apparu à Pierre, puis aux Douze. Bref, eux ou moi, voilà ce que nous prêchons. Et voilà ce que vous avez cru. » Ce pape a  recentré l’Église sur l’essentiel de sa vie, sur sa source, sa force, son sens : Jésus-Christ. Rappelez-vous son entrée dans la basilique St-Pierre par la porte sainte le 25 décembre 1999. Il portait très haut les Évangiles. Et il a voulu que le thème de cette année sainte soit : « Jésus Christ, le même hier, aujourd'hui et à jamais. » Car Jésus-Christ lui seul peut donner sens et réussite à notre recherche de paix, de fraternité et de bonheur. Lui seul est le chemin vers le Père et le chemin vers une humanité plus digne de Dieu et de son plan de tendresse et de miséricorde sur notre monde. En Jésus et par Jésus, l'humanité a déjà en germes triomphé des forces de division et de mort. Et elle est réconciliée entre elle et avec Dieu. 

Rejoignons maintenant Jésus la veille de sa mort. Il est attablé avec ses amis intimes.   Et en un geste bouleversant de fidélité et d’audacieuse espérance, il invente un bouleversant  moyen pour rester avec les siens : cette eucharistie que Jean-Paul a célébrée partout dans le monde comme une grande fête avec Jésus ressuscité. Par ce repas festif Jésus garantit à ses apôtres qu’il y a de l’avenir par-delà tous les échecs et même la mort. 

Nous sommes ici pour supplier Jésus de répéter à Jean-Paul II ces paroles si émouvantes : « Viens bon et fidèle serviteur. Tu es, toi, parmi ceux qui ont tenu bon avec moi dans mes épreuves. Viens maintenant t’asseoir à ma table, et je te servirai le grand banquet de la fête éternelle ». Oui, Jean-Paul II a tenu bon avec Jésus dans ses épreuves. Car Jésus continue ses épreuves, dans notre histoire humaine,  à travers toutes les situations attristantes et les difficultés de toutes sortes que l’on rencontre partout ! Et dès sa jeunesse, Jean-Paul II a participé à ces épreuves de Jésus : devant les nazis, puis les communistes, face aux décès dans la famille, dans ses luttes pastorales contre une propagande athée agressive. Ces épreuves ont continué durant son ministère pontifical. On peut dire qu’à travers les diverses circonstances de sa vie et jusque dans cette longue maladie qui l’a conduit à la mort, Jean-Paul II a été passé au crible de l’épreuve avec Jésus.  

De plus, par compassion pour Jésus toujours en agonie dans notre histoire, Jean-Paul II a été particulièrement sensible à tous les martyrs du 20e siècle : tous ces justes de la terre qui à cause de leur foi, à cause de leur sens de la dignité humaine, ont affronté les rejets et même la mort. Lui-même a versé presque tout son sang lors de l’attentat de 1981. Et il a tenu bon. Il n’a pas fui. Il n’a pas eu peur. Il ne s’est pas caché. Il a tenu bon jusqu’au bout. Il a résisté, il est demeuré ferme et solide.           

Oui, ce soir nous voulons par notre prière rappeler à Jésus qu’il a lui-même prié pour ce  successeur de Pierre : « J’ai prié pour toi afin que ta foi ne disparaisse pas ». Et nous témoignons devant Dieu qu’il a bien rempli sa mission : « Et toi, affermis tes frères et sœurs ». Il a été ferme et lucide dans sa propre foi. Il a aussi recentré l’Église sur la foi dans le Christ Jésus, unique chemin vers Dieu et unique chemin pour le bonheur des humains, leur paix et leur solidarité. Partout et sans cesse, il a affermi la foi, l’espérance, l’amour, l’audace des Églises à travers le monde. 

Mais Jean-Paul II a aussi été  jusqu’au bout solidaire de la joie de Jésus ressuscité, heureux de vivre, heureux d’être un humain vivant en ce siècle, heureux de rencontrer les humains et de partager leurs drames et leurs espoirs. Comme Jésus à la veille de sa mort, Jean-Paul II nous laisse un grand message d’espérance et nous met en tension vers cette fête où il n’y aura plus ni larmes, ni deuil, ni mort. 

Jean-Paul II a toujours voulu contempler le visage et le cœur de Jésus à travers le regard et le cœur de  Marie. Prions-la de l’accompagner dans ce passage vers la vie éternelle et de le présenter à son Fils Jésus avec fierté et joie.  

« Dieu notre Père, ton enfant défunt a fait connaître ton nom qui est bonté, miséricorde, patience et tendresse. Sans cesse il t’a parlé dans sa prière et a entraîné beaucoup de nos contemporains dans son chemin de confiance envers toi. Souviens-toi de lui et comble-le de cette paix auquel son cœur a toujours aspiré. Amen. »

 

†Roger Ébacher
Archevêque de Gatineau-Hull

catégorie : homélies
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