Homélies

24 avril 2005

Sœurs et frères dans la même foi, la même Église et le même service évangélique, 

Nous voilà rassemblés, ici en Église, pour intercéder auprès du Dieu et Père de Jésus, le Dieu de toutes lumières et de toutes forces. Nous voulons lui demander de donner généreusement l’Esprit-Saint à notre nouveau pape, l’Évêque de Rome, Benoît XVI. 

Rappelons-nous d’abord les événements des dernières semaines. Durant les derniers jours de la maladie de Jean-Paul II, l’Église et le monde ont accueilli son émouvant témoignage de foi, d’espérance, de courage et de fidélité, transmis à travers les médias du monde entier. Puis son décès nous a fait entrer dans des jours de deuil. Ensemble, dans trois célébrations diocésaines, nous avons remis à la grande tendresse et à la miséricorde de Dieu celui qui pendant tant d’années a assuré le service d’évêque de Rome et de l’autorité primatiale dans l’Église. 

Puis nous sommes entrés dans une période d’attente. Personnellement, j'ai senti que ce temps devait en être un de prière intense, avec les gens de notre Église de Gatineau-Hull. Nous avons prié pour que celui qui devait être élu par les Cardinaux soit, selon le cœur et la volonté de Dieu, un homme de prière et de foi intenses, un homme capable de conduire l’Église dans les chemins de l’Évangile et de présenter au monde cet Évangile qui est la lumière de la vie, de la solidarité et de la paix. 

Ainsi, durant 8 célébrations eucharistiques vécues dans les diverses parties du diocèse, nous avons intercédé auprès de Dieu pour notre futur chef spirituel et nous avons demandé la grâce de l’accueillir dans la foi. De plus, j’ai cru que cette période, assez unique dans nos vies, était un temps propice pour réfléchir sur la raison d’être et sur les rôles d’un pape dans notre Église.           

Mardi passé, M. le Cardinal Josef Ratzinger a été élu pape et a pris le nom de Benoît XVI. Son élection a provoqué des sentiments très divers dans la population d’ici. Certaines personnes l’ont accueilli avec grande joie. D’autres ont exprimé des réticences, des peurs, même des dissensions. Des femmes et des hommes engagés de diverses façons en Église ont exprimé des sentiments  laissant entendre un désir de se retirer et de cesser le service ecclésial. Il faut savoir reconnaître dans la vérité ces divers sentiments et réactions provoqués par l’élection de notre nouveau pape et porter aujourd’hui dans notre prière ces réalités. Il me semble important que nous nous accueillions dans la compréhension mutuelle, la consolation et l’encouragement en Église. Et je pense que tous nous devons faire confiance à Dieu pour l’avenir et accueillir notre nouveau chef spirituel dans la foi et l’espérance. Puis l’Église continue son chemin dans nos vies et notre société. Nous continuons à être responsables du témoignage évangélique dans l’Outaouais. 

Maintenant nous sommes rassemblés en Église pour demande à Dieu qu’il rende fructueux le ministère de Benoît XVI, à la suite et selon le style de Jésus. Que sera-t-il dans son ministère pontifical? Inutile de faire des pronostics. Il me semble que l’essentiel en ce moment est de laisser nos Saintes Écritures guider notre méditation et notre prière. Il est toutefois utile de nous rappeler ensemble, en quelques mots,  ce qu’est un pape.  C’est en fait l’évêque de l’Église diocésaine de Rome que les nouveaux cardinaux ont récemment élu. Et cette Église docésaine de Rome porte dans sa vie et sa mémoire un héritage unique, très précieux, confié à son peuple et à  son évêque. 

Le pape, c’est l’évêque de l’Église locale de Rome où Pierre et Paul ont donné  jusqu’au sang le témoignage apostolique. Il nous faut donc, comme la liturgie nous y incite, tourner nos regards vers Pierre et Paul. Les deux ensemble! Pierre, le porte-parole des Douze, le chef des apôtres. Mais aussi Paul, l’outsider, l’avorton que le Christ a rattrapé sur le chemin de Damas, a choisi hors des sentiers battus, l’apôtre charismatique. Pierre signifie et rappelle sans cesse l’enracinement profond de Jésus et de l’Église dans la grande tradition biblique juive.  Paul est le témoin brûlant de l’exigence pour l’Église de sans cesse être missionnaire et apostolique.  Pierre, c’est celui qui avec patience et bonté cherche à rapprocher les communautés dans l’amour et la foi. Paul, c’est  le fougueux converti, brûlé à jamais sur le chemin de Damas, qui défend avec ardeur l’unicité de l’Évangile. Les deux ont versé leur sang à Rome. Cette Église est héritière de leur foi et de leur apostolat. Et ainsi cette Église est celle avec laquelle toutes les autres Églises locales doivent être en accord de foi. C’est d’ailleurs à cause de cet héritage que l’Évêque de Rome est le chef au nom de Jésus de toute l’Église, en communion avec ses frères les évêques répandus dans le monde entier, et avec eux responsables de l’unité de la foi dans le service de la charité. 

Nous venons d’entendre Jésus ressuscité dire à Pierre : « "Simon, fils de Jean, m'aimes-tu vraiment?" Il lui répond : "Oui, Seigneur, je t'aime, tu le sais." Jésus lui dit : "Sois le berger de mes agneaux." Dans la nuit du jeudi au vendredi précédent, Pierre avait dormi alors que Jésus, son ami, était en agonie. Puis Pierre avait affirmé par trois fois, haut et fort : « Je ne connais pas cet homme! ». « Jésus alors, se retournant, fixa son regard sur Pierre... Et Pierre, sortant dehors, pleura amèrement »  (Lc 22,61-26). Au cœur de sa souffrance, par un seul regard direct dans les yeux de celui qui vient de le renier,  Jésus appelle Pierre, il le console, lui pardonne, l’encourage.  Et voilà que maintenant, par-delà l’atroce mort, le Ressuscité vient renouer le dialogue avec Pierre. C’est une rencontre d'intimité affectueuse. Il ne le questionne pas sur les raisons de sa trahison! Il le questionne sur son amour : « M’aimes-tu  vraiment? » Il répète sa question par trois fois pour bien montrer que c’est là l’unique attitude qui compte, le centre de la vie du disciple de Jésus devenu chef de son Église.  Et Jésus ressuscité confie à Pierre et à ses successeurs,  ce qu’il a de plus précieux, ce qui lui tient le plus à cœur : ses disciples. 

Toute charge pastorale, et particulièrement celle du pape, exige beaucoup d’amour. Certes, d’abord un amour de Jésus. « M’aimes-tu ? » Il s’agit d’un rapport d’intimité avec Jésus. Tout doit se concentrer sur Jésus. Je pense qu’il faut demander pour notre nouveau pape une grande grâce de prière, de relation personnelle avec Celui qui l’a appelé à ce service, afin que toujours il se tienne dans le plan de Dieu sur notre monde et qu’il soit dans tout son être disponible aux souffles de l’Esprit. 

Le pape est appelé à faire confiance à Jésus Ressuscité, plutôt qu’à ses propres qualités humaines et sa capacité de gouvernement. Et cette intimité avec Jésus fera de lui un bon pasteur à la manière de Jésus. Car cette charge pastorale exige aussi un amour dévoué et fidèle pour les brebis, que Jésus appelle avec insistance et affectueusement :  « ses » brebis. Etre un bon pasteur à la manière de Jésus, qu’est-ce que ça signifie? Jésus marche devant le troupeau, il est reconnu par les brebis au son de sa voix, il veut que ses brebis trouvent un bon pâturage, il donne sa vie pour elles, il les connaît. Il les respecte dans la diversité de leurs situations de toutes sortes. Il marche à leur pas avec patience et tendresse. Il les défend aussi. 

Voilà bien des intentions de prières pour notre pape qui vient d’être élu. Mais ce texte évangélique nous dit aussi autre chose, à nous qui sommes appelés dans la foi de l’espérance à accueillir ce nouveau pape. Ce texte affirme que la papauté n’est pas tout simplement dans l’Église une structure inévitable, une nécessité d‘organisation, un moindre mal, mais bien un service d’amour, voulu par le Seigneur Jésus pour son Église. Jésus a voulu que son œuvre continue dans l’Église aussi sous cet aspect extérieur d’un chef visible, serviteur de l’unité, de la paix et de la foi dans la vérité de l’Évangile. 

Car le bon pasteur est aussi un missionnaire.  Nous avons entendu le témoignage vibrant, presque farouche, du missionnaire Paul :  « Malheur à moi si je n'annonçais pas l'Évangile! » Paul n'a pas choisi d'annoncer l'évangile. Ce n'était pas prévu au programme! Ce n’était pas son plan de carrière! L’apostolat missionnaire lui a été imposé lors de sa vocation sur le chemin de Damas. Là, il est devenu un homme totalement donné aux autres. « Oui, libre à l'égard de tous, je me suis fait le serviteur de tous afin d'en gagner le plus grand nombre possible. J'ai partagé la faiblesse des plus faibles pour gagner aussi les faibles. Je me suis fait tout à tous pour en sauver à tout prix quelques-uns. » D’où cette phrase  très forte qui nous surprend, nous bouleverse : "Malheur à moi si je n'annonce pas l'évangile!" C’est comme s’il disait : "Si je n'annonçais pas l'Évangile, je serais le plus malheureux des hommes". C’est un feu intérieur qui le brûle. Jésus le Ressuscité, qu’il a découvert dans un flot de lumière et de joie, il lui faut l’annoncer à tous pour leur vie en abondance! C’est une mission qu’il n’a pas prise spontanément mais qui lui est imposée par un autre. Il y consent de tout cœur en  réponse à un appel. Comme l’a fait Marie lors de l’Annonciation, où elle a consenti de tout cœur à compromettre toute sa vie pour le plan de Dieu. Et elle y a trouvé sa joie, son bonheur. 

Demandons dans la prière pour notre nouveau pape la même grâce de consentement total, mais aussi de joie dans cette mission accueillie dans la foi.

Cette mission est en fait une participation au souci de Dieu pour ce monde, à ce grand souci de Dieu pour ses enfants que nous sommes. Dieu aime tous les humains et veut le salut de tous. Dieu aime notre terre et la veut un lieu de paix, de solidarité, de partage, de justice. Dieu nous appelle à notre vraie demeure éternelle, et nous y attend. Prions pour que notre nouveau chef spirituel soit un entraîneur à la suite de Jésus, qui est venu pour que tous aient la vie, la vraie vie, en abondance. Et continuons ici, dans notre Église, à traduire de notre mieux l’Évangile afin de l’offrir avec vérité et cohérence, audace et ferveur aux gens d’ici. 

Amen!

 

†Roger Ébacher
Archevêque de Gatineau-Hull

 

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