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Homélies

12 avril 2006

Sœurs et Frères dans le Christ Jésus Vivant et dans son Église,  

Nous sommes rassemblés dans cette cathédrale pour célébrer la messe chrismale. Au cours de cette eucharistie seront bénites les huiles qui servent pour l’onction des malades et pour diverses onctions sur les catéchumènes. Mais le geste le plus important sera la consécration du saint chrême, cette huile qui sert à oindre le nouveau baptisé, puis à lui donner le sacrement de la confirmation. C’est aussi cette huile qui sert lors de l’ordination des prêtres.  

Peu après le concile Vatican II, le pape Paul VI a ajouté dans la messe chrismale un accent sur ce lien entre le saint chrême, l’ordination des prêtres et la proximité du Jeudi saint. Fidèles à cette demande du Rituel, nous participerons au cours de cette messe au renouvellement des promesses d’engagements presbytéraux.  

Mais la messe chrismale est d’abord orientée vers tout le Peuple de Dieu, dans la diversité de ses grâces, de ses vocations et de ses ministères. La célébration de ce soir est un temps particulièrement fort pour nous préparer au renouvellement de nos  engagements baptismaux, ce que nous vivrons, dans chacune de nos communautés, durant la nuit pascale.  

La Parole de Dieu que nous venons ensemble d’écouter oriente nos cœurs vers ce mystère intérieur et dynamique qu’est l’Esprit-Saint vivant en chacun de nous. Le prophète Isaïe proclame avec joie l’action puissante de Dieu dans sa vie: « L'Esprit du Seigneur Dieu est sur moi parce que le Seigneur m'a consacré par l'onction ». L’Esprit même de Dieu agit en lui. Le prophète devient alors celui qui console ceux qui pleurent, qui enlève la tristesse des cœurs en deuil. Il répand autour de lui, par ses paroles et ses gestes, une « huile de joie ».  

Habité par l’Esprit, le prophète pose des gestes de bonté, de libération, de consolation, de miséricorde. En somme, l'Esprit le pousse à produire ces fruits de vie que nous appelons : amour, joie, paix, persévérance, serviabilité, bonté, confiance dans les autres, douceur, maîtrise de soi. Ce rayonnement bienfaisant et diversifié est comme l’arc-en-ciel de beauté produit par les immenses tendresses et miséricordes de Dieu pour son Peuple.  

Jésus reprend ces mêmes paroles au tout début de son ministère : « L'Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m'a consacré par l'onction ». Jésus affirme vivre cette expérience d’être tendrement aimé par le Dieu fidèle, et d’être envoyé pour l’annoncer par ses paroles et par ses actes. C’est par la puissance de cette onction intime et spirituelle que Jésus se met à combattre le mal sous toutes ses formes. Ainsi, il a passé dans notre histoire en faisant le bien. C’est Lui, Jésus mort et ressuscité, le oint par l’Huile mystérieuse de l’Esprit-Saint, qui lors de notre baptême « fait de nous le royaume et les prêtres de Dieu son Père ».  

Aujourd’hui, alors que nous consacrons le Sainte Chrême, développons une conscience neuve, plus vive et plus dynamique, de ce qui s’est passé en nous lors de notre baptême. En marquant notre front avec cette huile, le prêtre qui nous a baptisé a dit : « Désormais, vous faites partie de son Peuple, vous êtes membres du Corps du Christ, et vous participez à sa dignité de prêtre, de prophète et de roi ». Voilà bien notre dignité fondamentale et commune à tous dans l’Église! Ce trésor il est en nous comme une énergie qui nous rend capables d’adorer le Dieu fidèle et de partager sa passion pour notre monde, afin de le libérer, de le guérir, de le consoler. C’est cette réalité intime et spirituelle que nous sommes appelés à réchauffer en nous durant cette messe chrismale et à proclamer dans la nuit pascale en renouvelant nos engagements baptismaux.  

De par notre baptême, chacun de nous reçoit la capacité de vivre sa fonction sacerdotale dans le Peuple Dieu. Cela veut dire que nous avons accès réel et confiant à Dieu, comme des enfants ont accès à leurs parents. Par la prière jaillissant d’un cœur filial et confiant, nous adorons Dieu comme Celui qui est fidèle à ses enfants que nous sommes, fidèle aussi à ce monde qu’il a créé et qu’il aime.  

Notre consécration baptismale et le renouvellement de nos engagements baptismaux dans la nuit pascale sont donc la source et le dynamisme de notre prière quotidienne, de notre ouverture de cœur à Dieu.  

Ici, je veux tout particulièrement signaler l’intercession de tant de baptisés pour tous les besoins et toutes les souffrances du monde. Je pense aux grands-parents qui gardent toujours dans leur cœur et leur prière leurs petits-enfants. Je pense aux personnes consacrées, telles que les Servantes de Jésus-Marie, qui jour et nuit se tiennent en adoration pour s’unir à l’incessante intercession de Jésus pour notre monde. Je pense aux personnes malades, retenues à leur lit, mais qui se sentent unies à Jésus en croix et prient le Père pour ce monde qu’il aime. Je pense à tous ces cœurs qui secrètement ou en groupes font monter vers le Père la louange mais aussi les cris d’angoisse de notre monde.  

De par notre baptême, chacun de nous reçoit aussi la capacité de vivre sa fonction prophétique dans le Peuple de Dieu. Cela veut dire que l’illumination de l’Esprit nous fait percevoir Dieu qui agit actuellement dans notre monde, dans notre histoire, dans notre communauté, dans nos vies. Et nous sommes poussés à proclamer les merveilles de ce Dieu qui n’est pas loin, mais qui est enfoui dans les méandres et les secrets de notre histoire humaine, lui qui s’est enfoui dans l’obscurité de Nazareth et dans celle du tombeau.  

Notre consécration baptismale et le renouvellement de nos engagements baptismaux dans la nuit pascale sont donc la source et le dynamisme de nos paroles et de nos actes qui disent l’amour de Dieu pour le monde, sa fidélité envers son Peuple, sa miséricorde sans limites devant toutes nos misères.  

Je pense aux jeunes parents qui témoignent à la maison de leur foi devant et avec leurs enfants, qui les conduisent à expérimenter la vie de la communauté chrétienne, qui par leur fidélité entre eux et à leurs enfants révèlent sans cesse le cœur même de Dieu à l’œuvre dans notre histoire quotidienne. Je pense aux personnes qui de plus en plus nombreuses dans nos communautés mettent leur temps et leur talent au service de l'initiation à la vie chrétienne. Je pense encore à toutes ces personnes qui humblement, dans le quotidien le plus ordinaire de leur vie sociale et professionnelle, témoignent par la qualité de leur vie que l’Évangile est une Bonne Nouvelle qui fait vivre, qui libère, qui rend plus humains en nous faisant filles et fils de Dieu. Je pense à toutes ces personnes qui dans l’humilité du quotidien actualisent la parole de Jésus : « vous, vous êtes la lumière du monde ».  

Enfin, de par notre baptême, chacun de nous reçoit la capacité de vivre sa fonction royale dans le Peuple de Dieu. Cela veut dire que l’Esprit nous attire sur les traces de Jésus le vrai Pasteur, sur ces chemins qui l’ont conduit jusqu’à la plus humiliée des femmes de son temps, cette samaritaine au puits de Jacob, et aussi jusqu’à cet homme maudit par la foule qui est devenu à nos yeux « le bon larron ». C’est la route de la solidarité, de la miséricorde, de la justice, de la charité.  Je pense ici à toutes les personnes qui s'engagent dans divers groupes, mouvements ou services pour aider les personnes démunies. Je pense aux religieux et religieuses qui œuvrent dans la proximité des pauvres de toutes sortes. Je pense aux mille gestes quotidiens, qui à leur façon actualisent le geste du bon samaritain s’arrêtant près du blessé par la vie, le soignant, le prenant dans ses bras pour le conduire en sécurité et s’engageant à le soutenir fidèlement. Mais je pense encore à toutes ces personnes qui au nom de leur foi discernent les causes des malheurs humains et s’engagent dans des luttes avec d’autres pour un monde plus juste et plus en conformité avec ce que Dieu veut.  

Voilà, Frères et Sœurs en Jésus, quelques pistes de réflexions qui nous rendent conscients du grand don qu’est notre baptême. Très bientôt, dans la nuit pascale, nous serons invités à renouveler nos engagements baptismaux. D’ici là, identifions dans chacune de nos vies quelques-uns de ces dynamismes qui nous permettront en cette nuit très sainte de dire, nous aussi, avec vérité et sincérité : « L'Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m'a consacré par l'onction. Il m'a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres. »  

Profitons de cette messe chrismale pour reprendre contact avec cette énergie spirituelle qui est enfouie dans nos cœurs. Cette énergie, c’est l’Esprit même de Jésus, qui veut faire de nous ce qu’il a fait de Jésus : un vrai adorateur du Père, un vrai témoin de la fidélité de l’amour de Dieu pour le monde, un passionné brûlé dans son cœur par la tendresse et par la miséricorde de Dieu pour notre monde.  

À la fin de l’eucharistie, on vous offrira un petit livret dans lequel j’ai réuni quelques pensées qui pourront habiter vos esprits et vos cœurs durant le temps pascal tout proche, y semant la fierté d’être des baptisés, la joie de participer à la joie même de Dieu pour la beauté de notre monde, y semant aussi la passion de ce même Dieu qui est allé jusqu’à la croix pour révéler les abîmes de son amour. 

Dans quelques instants, je vais inviter les prêtres marqués par l’ordination de renouveler leurs engagements. Prenons conscience que leur ministère est tout orienté vers le soutien et la promotion de tout le Peuple sacerdotal que nous sommes ensemble de par notre baptême. Et que chacune et chacun, selon sa vocation et sa condition, se dispose ainsi à renouveler ses engagements baptismaux lors de la grande nuit pascale toute proche.  

 

†Roger Ébacher
Archevêque de Gatineau

catégorie : homélies
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