Le « boxing day » était à peine terminé que déjà les marchands étaient rendus à la Saint-Valentin, la fête des amoureux, des couples et de l’amitié. Peut-être un milliard de cartes de vœux sont expédiées annuellement à cette occasion, sans compter combien de courriels et autres moyens actuels d’envoyer des beaux mots?
Le lien entre cette fête et saint Valentin est plutôt obscur. Dans des temps très lointains existaient vers la mi-février des fêtes et carnavals de l’amour et de la fécondité. C’est cela que la Saint-Valentin a repris et mondialisé.
Si profondément ancrée dans les obscurités de l’histoire humaine, si populaire encore aujourd’hui, cette fête rejoint sans doute quelque chose de très essentiel dans nos cœurs et dans nos vies.
Par-delà nos peurs et nos répulsions, nos cœurs humains ont faim et soif de l’autre. Par là, nous expérimentons notre propre vulnérabilité, nos limites et la capacité de l’autre de combler au moins en partie ce manque béant au fond de notre être. Mais en même temps nous sentons notre besoin d’offrir humblement à l’autre ce que nous avons de meilleur en rêvant de peut-être marcher ensemble un jour vers notre bonheur commun.
Cupidon ne symbolise-t-il pas cette « blessure » intime que l’autre me cause au cœur en y réveillant une vitalité, un attrait, un feu jusqu’alors inconnu? Ses « traits » n’ouvrent-ils pas dans mon cœur cette source secrète, où se cache ce que je suis de meilleur, de plus vivant, aussi de plus fragile ? L’émerveillement, l’éblouissement qui en naît ne dit-elle pas quelque chose de mon secret intime de vie? La relation d’amour ou d’amitié qui peut en surgir n’est-elle pas le fruit de la force originelle de mon être qui est fait pour aimer, accueillir, se donner?
J’aime ce mot de François Varillon : « Il m'est permis d'inviter le fiancé, ou l'époux, ou l'ami, à entendre comment bat le meilleur de son coeur: il entendra un écho du battement du coeur de Dieu » Dieu est Amour, nous sommes à son image et capables d’aimer, c’est là notre destinée, notre dignité, notre bonheur.
† Roger Ébacher
Évêque de Gatineau
15 février 2010