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Messages pastoraux

07 septembre 2010
Probablement que peu d’entre nous savent qu’il existe un « Ordre des vierges consacrées », comme on parle de l’Ordre des évêques et qu’on parlait de l’Ordre des veuves, officiellement reconnu par l’Église. Je veux en résumer ici le sens parce que je dois présider la consécration d'une vierge dans le diocèse le 2 octobre. Il me semble alors opportun, même nécessaire, que ce soit connu dans notre Église. Car la vierge consacrée est d'une façon particulière liée spirituellement et canoniquement à son diocèse.

Fondement biblique :
Jésus a donné le sens profond de la virginité quand il a enseigné : « Il y a, en effet, des eunuques qui sont nés ainsi du sein de leur mère, il y a des eunuques qui le sont devenus par l'action des hommes, et il y a des eunuques qui se sont eux-mêmes rendus tels à cause du Royaume des Cieux. Qui peut comprendre, qu'il comprenne! » (Matthieu 19,12). Et s. Paul a magnifiquement mis en lumière le symbolisme de l’Église vierge, épouse du Christ : « J'éprouve à votre égard en effet une jalousie divine; car je vous ai fiancé à un époux unique, comme une vierge pure à présenter au Christ »  (2 Corinthiens 11,2).

Que des femmes se consacrent totalement et à perpétuité à Dieu et à l’Église, à cause de leur amour pour Jésus, cela s’est produit dès les débuts de la vie chrétienne. Luc écrit au sujet de Paul et de ses compagnons : « Descendus chez Philippe l'évangéliste, qui était un des Sept, nous demeurâmes chez lui. Il avait quatre filles vierges qui prophétisaient. » (Actes des Apôtres 21,8-9). Une tradition affirme qu’au moins deux sont restées vierges toute leur vie.

Fondement historique et canonique :
De nombreux témoignages confirment l’existence de vierges consacrées dans les communautés dès les premiers siècles. Et au 4e siècle, cet état de vie était reconnu et officialisé par une consécration liturgique. Cet état de sanctification était vécu par des femmes vivant dans le monde, et non en communauté. Elles partageaient tout simplement la vie commune de leurs familles et de leur entourage. Toutefois, au cours de siècles, cette consécration liturgique fut finalement restreinte aux vierges moniales appartenant à des communautés cloîtrées.

Ce fut la situation jusqu’à ce que le Concile Vatican II remettre en vigueur cet Ordre des vierges consacrées, par une simple ligne : « Le rite de la consécration des vierges qui se trouve au Pontifical romain sera soumis à révision » (Constitution sur la liturgie, no 80). C’est bien peu, mais fut suffisant pour  provoquer « un nouveau regard sur la virginité consacrée, sur la signification profonde et l’importance qu’avait eue l’institution dans l’Église des premiers siècles » (Janine Hourdace, « Noces mystiques. Spiritualité de l’Ordo Virginum » Éd Parole et Silence, 2007, p. 65). Et le Code (can 604. Voir aussi le Catéchisme de l’Église catholique, no 922 à 924) officialise canoniquement « l’ordre des vierges qui, exprimant le propos sacré de suivre le Christ de plus près, sont consacrées à Dieu par l’Évêque diocésain selon le rite liturgique approuvé, épousent mystiquement le Christ Fils de Dieu et sont vouées au service de l’Église ».

Fondement liturgique :
Un nouveau rituel de la consécration des vierges entra en vigueur le 6 janvier 1971. C’est une célébration particulièrement solennelle, par laquelle l’évêque consacre une vierge à Dieu pour toujours, reconnaissant et accueillant ainsi au nom de l’Église diocésaine le don ou charisme de l’Esprit qui fut donné à cette femme et en même temps l’amour inconditionnel et absolu de cette femme pour le Christ Jésus. Ce rituel est le document fondamental, avec les notes préliminaires, pour nous guider actuellement dans une compréhension adéquate de cet Ordre.

Y sont admises, non seulement des moniales, religieuses qui font des vœux solennels, mais aussi des femmes vivant dans le monde qui se vouent, dans la chasteté, au service de Dieu et de l’Église, sans faire vœu de pauvreté ou d’obéissance. D’ailleurs l’engagement dans la virginité n’est pas à proprement parler un vœu, mais un vouloir de suivre le Christ solennellement et publiquement proclamé en l’Église. Ces femmes ne vivent pas en communauté, elles gagnent leur vie par le travail séculier ou un engagement ecclésial rémunéré. Leur vie n’est pas dirigée par un charisme fondateur ni encadrée par une constitution comme dans la vie religieuse. Mais chacune rédige, aidée de la personne qui l’accompagne spirituellement, une règle de vie qui détermine le style de vie à développer et la manière de s’engager dans l’Église et dans le monde, et qui doit être approuvée par l’évêque et révisée régulièrement avec lui.

Cette liturgie est imprégnée des grands symboles caractérisant les épousailles. Il s’agit vraiment de noces. L‘idée fondamentale est que la vierge est l’épouse du Christ. Elle vit avec lui une union très intime et exclusive. C’est vraiment une histoire d'amour, avec tout son mystère. Et ce n’est que dans la foi qu’une telle consécration peut révéler son sens encore aujourd’hui à notre monde qui comprend difficilement une telle appartenance exclusive à Dieu, jusque dans sa vie sexuelle et dans sa chair.

Il est bon d’énumérer les effets du rite liturgique de la consécration.

Il s’agit d’une consécration totale par Dieu et d’une donation absolue de soi-même à Dieu par la vierge afin de s’unir davantage au Christ. La personne consacrée est alors un « signe sacré » du souverain domaine de Dieu sur sa créature. C’est là une fructification de la consécration baptismale.

L’analogie présente tout au long du rite de consécration est celle du mariage mystique  avec le Christ. La vierge devient le signe de l'union du Christ et de l’Église. Je note en particulier que l’évêque pose la même question qu’on pose au mariage : « Voulez-vous le Christ comme époux? ».

Enfin cette consécration a pour effet de dédier au service de l’Église : cette dédicace comprend des devoirs particuliers. Il relève de la vierge consacrée, par sa règle de vie, de traduire ces obligations en pratiques, selon son état, ses charismes particuliers, sa santé, etc. Pensons ici à des gestes de prières : la messe, l’office divin  (surtout le matin et le soir) nourri par l’étude de la Bible. Pensons aussi à des gestes de pénitence : comme le contrôle de soi, la prudence, la modération, tous moyens en vue de la conversion incessante du cœur vers le Christ. Pensons enfin à des gestes de service du prochain aussi bien dans le monde que dans l’Église, comme du travail  apostolique et des œuvres de miséricordes. Mais il faut tenir compte qu’elle doit gagner sa vie.  Car au plan financier elle ne dépend pas du diocèse.

La spiritualité et la mystique appelée par cette consécration mériteraient de longs développements. Et les vierges qui s’engagent dans cet état de vie ont à approfondir ce que la très riche tradition des Pères de l’Église leur fournit pour nourrir leur vie chrétienne. Elles ont aussi à trouver comment vivre cette spiritualité dans le quotidien des humbles journées, afin que la spiritualité innerve la vie et que la vie devienne vraiment spirituelle, toute consacrée à Jésus l’unique Époux. Si quelqu’un veut jeter un œil sur cette spiritualité, je l’invite à consulter l’écrit d’André Simonet « Le Seigneur t’épousera », éditions du Serviteur 1995. On y saisit quelque peu l’énergie spirituelle que Vatican II a voulu insuffler dans l’Église en décidant de rénover cet Ordre. Il résume (p. 138) cette spiritualité : « La virginité consacrée comporte beaucoup plus qu’une simple vie dont le renoncement est régi par la loi du célibat. Elle est un élan d’amour, d’amour de Dieu; elle est une relation de préférence et d’adhérence totale au Christ, à sa vie, à son mystère. La vierge consacrée est appelée à faire connaître avant tout le visage du Christ-époux, auquel elle est unie d’une façon particulière ».

Un don pour notre Église diocésaine :
La virginité consacrée est une autre efflorescence de la grâce très puissante et multiforme de notre baptême. Parmi nous, elle est donc une invitation à reconnaître, apprécier et soutenir la diversité des grâces, charismes et vocations de toutes sortes pour la vitalité de notre Église et pour la bonté de notre monde.

La personne qui s’engage dans cette voie, de par sa consécration, accepte un lien particulier avec son Église diocésaine. Elle est le rappel symbolique de l’identité de l’Église comme épouse du Christ, un signe de l’alliance nuptiale entre le Christ et l’Église locale d’ici à Gatineau. Elle lui redit sa destinée éternelle en consacrant tout son être à Celui qui est, était et sera. Par sa vie consacrée dans le vent quotidien du monde, elle témoigne de la vocation prophétique et missionnaire de notre Église. Pour cette Église elle veut prier, dans cette Église elle veut témoigner, avec cette Église elle veut s’engager dans des œuvres apostoliques.

La vierge consacrée est certes une énigme, une question, une contradiction vivante  dans notre monde. Elle lui rappelle son origine dans le cœur de Dieu et sa destinée éternelle. De par sa vie même, elle est une interrogation, elle provoque un étonnement capable d'ouvrir les cœurs sincères à une recherche nouvelle de Dieu tout comme de provoquer opposition et rejet. Elle apparaît alors dans notre monde comme un « signe contesté » (Luc 2,34).  L’épouse du Christ suit le chemin de son Époux.

Accueillons ce don de Dieu avec reconnaissance, ouverture de cœur et sens ecclésial.

Marie, « Reine des Vierges » :
« En considérant Marie avec attention, nous découvrons également en elle le modèle de la virginité vécue pour le Royaume. Vierge par excellence, elle a mûri dans son cœur le désir de vivre de cette façon afin d’atteindre une intimité toujours plus profonde avec Dieu. »

« Pour les femmes appelées à la chasteté virginale, en révélant le sens élevé d'une vocation aussi particulière, Marie attire l’attention sur la fécondité spirituelle qu’elle comporte dans le plan divin : une maternité d’ordre supérieur, une maternité selon l’Esprit » (Jean-Paul II, audience de décembre 1995).

† Roger Ébacher
Évêque de Gatineau
7 septembre 2010

catégorie : messages pastoraux
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