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Message de Pâques 2019 par Mgr Lionel Gendron, P.S.S., évêque de Saint-Jean-Longueuil et président de la CÉCC

Publié le : 2019-04-04 a 00h00 | Catégorie : Actualité, Babillard
 

Message de Pâques 2019

par Mgr Lionel Gendron, P.S.S.,

évêque de Saint-Jean-Longueuil et

président de la Conférence des évêques catholiques du Canada

 

Le Christ est ressuscité! Alléluia!

 

Chers frères et sœurs dans le Christ ressuscité,

 

               Du 21 au 24 février 2019, j’ai participé à une rencontre sur la protection des personnes mineures à Rome, qui a été convoquée par le pape François pour tous les présidents de conférences épiscopales du monde entier.  Il a également été suggéré qu’avant cette réunion, les évêques rencontrent des personnes qui avaient été victimes d’abus de la part du clergé. Certaines ont demandé à me rencontrer ici au Canada, d’autres à Rome. J’ai remercié toutes ces personnes de tout cœur pour leurs témoignages. J’ai été profondément ému par la description de leurs souffrances et des conséquences qu’elles continuent d’avoir dans leur vie, dans leur famille et dans leur communauté. Leurs souffrances manifestent le mystère de la Croix du Christ, qui se fait présent aujourd’hui de bien des façons diverses.

 

               De plus, pendant la rencontre, nous avons entendu d’autres témoignages de victimes de ces abus traumatisants. Un témoignage m’a vivement touché : c’est celui d’une mère qui, après avoir subi des abus pendant son enfance, avait réussi à refaire sa vie le mieux possible. Elle a décrit comment, lors de la naissance de son premier enfant, la douleur éprouvée à l’époque des abus a refait surface, une douleur plus intime et plus intense que les douleurs même de l’accouchement. Tout en reconnaissant les souffrances, elle a aussi parlé de l’expérience de donner naissance en utilisant la belle expression espagnole dar a luz (donner à la lumière). En considérant la joie qu’elle a éprouvée devant son nouveau-né ainsi que l’expression « donner à la lumière », j’ai été amené à penser au Mystère pascal d’une nouvelle manière. Elle est illustrée particulièrement dans l’Évangile de Jean (Jn 16, 21), où Jésus, pour prédire ses souffrances, sa mort et sa résurrection, utilise la métaphore d’une femme qui accouche et qui, après avoir enduré des douleurs atroces, éprouve soudainement une joie immense par suite de la naissance de son bébé. À la fin, le souvenir de la douleur s’efface et fait place à une exultation totale lorsqu’elle tient son nouveau-né entre ses bras. L’expression dar a luz nous rappelle la « Lumière du Christ » chantée trois fois dans les ténèbres pendant la Veillée pascale, comme signe indiquant que le Christ, Lumière du monde, ressuscite glorieux en sortant du tombeau pour dissiper les ténèbres de nos cœurs et de nos esprits. Voilà la joie et la lumière apportées par Pâques. À Pâques et à cause de Pâques, une nouvelle lumière brille et une nouvelle vie jaillit.

 

              Pour ceux qui ont été témoins de la crucifixion, de la mort et de l’ensevelissement de Jésus, ce fut une expérience de ténèbres et de désespoir. Les douleurs épouvantables subies par Jésus ont laissé ses disciples impuissants et désespérés. Que Jésus soit cloué à une croix et livré à la mort, c’était inimaginable et insupportable. Alors, le troisième jour après sa crucifixion, juste comme leur tristesse était à son pire, l’Écriture nous dit que Jésus est apparu, d’abord à Marie-Madeleine, ensuite aux disciples d’Emmaüs, et enfin aux apôtres, qui s’étaient éclipsés par crainte et par tristesse, pour leur apprendre la bonne nouvelle qu’Il était ressuscité et était vivant.

 

              À notre époque, nous connaissons les ténèbres du tombeau pendant que l’Église catholique reconnaît les douleurs et les souffrances d’innombrables personnes mineures qui ont subi des abus sexuels de la part de membres du clergé et de personnes consacrées. Ces péchés et ces actes criminels commis par certains membres de l’Église ont révélé un mal qui imprègne tous les coins du monde aujourd’hui. Il est infiniment regrettable que des abus sexuels soient commis à la maison, à l’école, dans les organisations sportives et dans d’autres contextes. C’est vraiment un problème social. Toutefois, dans son allocution finale aux évêques rassemblés à Rome pour la rencontre sur la protection des personnes mineures dans l’Église, le pape François a affirmé, sans équivoque, que le fléau de l’exploitation et de l’abus des enfants doit être extirpé de l’Église. Disons-le clairement : il n’y a pas de place dans l’Église pour ceux qui font du mal aux enfants. Les abus sexuels sont toujours un abus de pouvoir, et les enfants sont vulnérables devant ce pouvoir, particulièrement quand l’agresseur est quelqu’un en qui l’enfant a confiance. Les abus sexuels sont commis par des adultes qui ont la responsabilité d’aimer et d’élever les enfants d’une manière saine et holistique.

 

En tant que peuple de Dieu, comment faisons-nous face à cette crise? Où est notre espérance au cœur de ce scandale? Sommes-nous comme Marie-Madeleine et les disciples, paralysés par les doutes, la crainte et la douleur? Pouvons-nous nous permettre d’être ouverts à l’espérance et, mieux encore, à la lumière et à la joie apportées par le Christ ressuscité? Pouvons-nous trouver la guérison, la réconciliation, la rédemption et la liberté en nous plongeant dans la joie de la résurrection du Christ?

 

Nous sommes appelés à mettre humblement notre confiance en la promesse de Dieu, qui affirme que le mal, le péché et la mort n’auront pas le dernier mot dans l’expérience humaine. Comme hommes et femmes de foi, qui nous attachons aux promesses de vie éternelle, nos douleurs, nos souffrances et notre confusion épouvantables peuvent faire place à une joie extraordinaire. À partir de la réalité du péché et du mal, nous sommes introduits dans la bonté et la grâce, la sainteté et la vie. À Pâques, les ténèbres du tombeau sont transformées par la lumière de la résurrection. Le Mystère pascal est clairement présent de bien des façons aujourd’hui : les souffrances de la mort et la joie de la vie, le passage du Christ du tombeau à l’éternité et le passage des douleurs des abus sexuels à l’endroit des enfants à l’expérience de la guérison.

 

La résurrection du Christ nous rappelle la joie primordiale éprouvée par la nouvelle mère, et par sa famille avec elle, lorsque l’enfant, à sa naissance, est « donné à la lumière ». La joie d’un nouveau-né, l’exultation d’une nouvelle vie, le bonheur de la guérison, l’allégresse et la lumière de la résurrection : tout cela évoque l’appel à vivre chaque jour la vie en abondance et Jésus-Christ. Voilà la Bonne Nouvelle de l’expérience de Pâques. Avec confiance en les actes sauveurs et porteurs de vie de Jésus, c’est précisément à cause de Pâques que nous avançons ensemble pour proclamer avec audace, en paroles et en actions, que le Christ est ressuscité. En Lui, nous avons la lumière et la joie, la vie et l’amour en abondance. Alléluia!

 

Je vous souhaite de Joyeuses Pâques, remplies de bénédictions, ainsi qu’à vos familles et à vos proches.

 

+Lionel Gendron, P.S.S.

Évêque de Saint-Jean-Longueuil et

Président de la Conférence des évêques

catholiques du Canada