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Messages de Pâques

07 avril 2009
Message vidéo des voeux de Mgr Ébacher

Pâques me régénère : après chaque hiver vient le printemps!

J’approche de l'âge où les évêques doivent prendre leur retraite. Ça fera bientôt 50 ans que je suis prêtre. Et je sers comme évêque depuis 30 ans, dont 20 dans l'Outaouais. Cette année, à l’approche de Pâques, jaillissent dans ma mémoire bien des images, souvent contrastées, de ces années et m’habite la question : qu’est-ce que ce temps particulier dans notre liturgie a touché, année après année, dans ma vie.

Jaillissent du fond de ma mémoire ces rencontres vécues dans le partage des joies et des peines de tant de personnes, de familles et de collectivités. Je revois ces célébrations de confirmations ou de funérailles, ces grandes réunions marquant des tournants de la vie des communautés locales : des deuils collectifs, des joies à partager ensemble. Jaillissent aussi des évocations de toutes ces impasses dont il est si difficile de se sortir. Et ces dernières années, les images sont souvent plus sombres, marquées par les tensions et incompréhensions de toutes sortes qui suintent des transformations profondes que nous vivons non seulement dans l’Église mais aussi dans la société. Et je revois ces temps d’errance, de recherches, de peines, de joies, de déceptions, de difficultés devant les critiques, de solitude, de prière, d’écoute de la Parole; ces temps d’accueil du souci de toutes les paroisses…
 
Depuis trente ans, je préside avec les prêtres du diocèse, cette messe unique de l’année que nous appelons « la messe chrismale ». C’est alors que sont consacrées les huiles qui servent à divers sacrements (baptêmes, confirmations, ordinations). Elle se vit le mercredi avant Pâques. Ce sont de grands moments de rencontre des délégués de toutes les paroisses du diocèse. C’est pour moi l’expérience d’une solidarité souvent camouflée dans la grisaille quotidienne mais qui s’y exprime dans la joie de la même foi.
 
Puis c’est le Jeudi saint, rappel du don du Pain eucharistique et du geste de Jésus lavant les pieds de ses amis. Le pain me parle de toutes ces personnes qui souffrent de la faim et qui interpellent ma capacité de partage. Jésus lavant les pieds comme le fait un esclave m’indique à chaque fois le chemin du service des autres et du don de ma vie au ras du quotidien pour que les autres vivent plus.
 
Le Vendredi saint avec son chemin de la croix souvent dans les rues et son office si touchant me bouleverse toujours. Là, je ressource à chaque année ma ferme conviction que toutes ces personnes, tous ces peuples qui vivent de terribles chemins de souffrance, d’abandon, d’esclavage et souvent de mort atroce dans les guerres et les génocides sont autant de cris qui montent vers Dieu et aussi vers mon cœur. J’y découvre d’année en année qu’il reste toujours des portes de ma vie à ouvrir aux autres, des personnes à libérer, des lieux qui attendent un geste d’espérance.
 
À partir de la Bible depuis Caïn tuant Abel, à partir également de la vie souvent si violente sur notre planète, je connais bien et suis même parfois tenté par ce regard pessimiste qui note toujours tous les péchés. Mais cette Semaine sainte me rend surtout familier avec le regard tout aussi biblique de l’espérance. Et je ne pense pas seulement à la vie éternelle, mais aussi à l’amélioration de la vie sur terre, comme l’ont espéré Abraham, Moise, David et aussi Jésus guérissant les malades et partageant le pain. Un engagement social vécu dans la foi est un geste d’espérance. Et ceux qui s’opposent à la justice blessent Dieu parce qu’ils l’empêchent de réaliser une humanité selon son cœur.
 
Car je perçois que les racines historiques de la fête de Pâques plongent dans les souffrances du peuple hébreu opprimé en Égypte. Et l’Écriture me dit que c’était bien Dieu qui y était lésé! Ça lui a fait mal, comme un père, une mère, souffre avec son enfant bafoué et déshonoré. Et c'est cette souffrance révélatrice d’un amour extrême que Jésus a porté jusqu’à la croix.
 
J’aime particulièrement les divers symboles mis en œuvre dans ces célébrations : l’huile, le pain et le vin, le bois, l’eau, le feu, le soleil levant. Ils me répètent que la vie est plus forte que la mort; que la confiance est plus forte que toutes les déceptions; que l’avenir l’emportera sur le poids du passé; que c’est l’amour qui a le dernier mot : un mot de solidarité, de partage et de souci mutuel dans le soutien et l’amitié fraternelle, en suivant Jésus. Pâques me régénère : après chaque hiver vient le printemps!
 
 
Bon temps de Pâques 2009!
 
† Roger Ébacher
Archevêque de Gatineau
7 avril 2009

catégorie : messages de Pâques
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