Pâques, fête de libération
Les débats en cours sur les accommodements raisonnables nous ont permis d’entendre les témoignages de personnes réfugiées. Elles sont venues chez nous pour fuir l’oppression, les menaces contre leur vie ou leur sécurité ainsi que celles de leurs enfants. Venir chez nous était pour elles une libération de ces situations angoissantes et destructrices.
Ce que nous disent tant de réfugiés nous révèle avec acuité les esclavages de notre monde. Nous y découvrons avec stupeur même des esclavages que nous croyions disparus : enfants guerriers ou objets sexuels, traite des femmes. Ce sont là autant de situations qui crient à nos consciences le besoin actuel de libération sur notre planète.
Et il n’est pas nécessaire d’aller si loin. Les médias apportent dans nos foyers l’image de ces violences qui s’infiltrent partout, jusqu’au cœur du couple, de la famille. Nous y entendons le cri de tant de personnes marginalisées par la pauvreté sous toutes ses formes. Il y a des causes à cela : dans les structures que nous bâtissons, dans les cœurs qui sont les nôtres, dans nos indifférences et nos démissions.
Ces récits me rappellent les drames vécus par le Peuple hébreu esclave en Égypte et la Pâque où il a vécu sa libération. D’abord vieille fête marquant au printemps le départ des nomades de leurs quartiers d’hiver avec leurs troupeaux pour la transhumance estivale, la Pâque est devenue alors un événement historique : la libération, la délivrance d’un très cruel esclavage, d’un génocide. L’origine historique de ce mouvement de libération se trouve dans l’initiative de Dieu interpelant Moïse découragé: « J'ai vu, j'ai vu la misère de mon peuple qui est en Égypte. J'ai entendu son cri devant ses oppresseurs; oui, je connais ses angoisses. […]. Maintenant va, je t'envoie auprès de Pharaon, fais sortir d'Égypte mon peuple». (Exode 3, 7-12). La fête de Pâques est pour toujours porteuse de la révolte de Dieu contre l’oppression des humains par d’autres humains, au nom de toutes sortes de justifications : le racisme, la peur de l’autre, la recherche du profit maximum à tout prix…..
Jésus, durant sa vie publique, a traduit ce choix de Dieu en multipliant les gestes de délivrance : libération de corps malades et de cœurs opprimés par la chape de plomb sociale des préjugés de toutes sortes; libération des marginalisés du mépris qui tue, des jugements qui ruinent la dignité. Jésus a cherché aussi à aller jusqu’aux racines de tous ces esclavages : dans les cœurs humains, esclaves de l'instinct de posséder, de dominer, d’exploiter.
Pour aller jusqu’au bout de sa solidarité avec nous et de ces libérations, il a accepté la mort la plus destructrice de tout son être humain : celle d’un esclave mis en croix, exposé aux sarcasmes et moqueries du public. Et pour moi chrétien, célébrer Pâques, c’est sans cesse me souvenir que Dieu est à ce point notre libérateur qu’il a tiré Jésus de l’oppression extrême du tombeau, tout en condamnant ce qui l’a conduit là.
A-t-on depuis deux mille ans oublié ce sens de la fête de Pâques? Sans doute souvent! Pourtant, Pâques a de quoi rejoindre en profondeur notre expérience d'aujourd’hui, pour la dynamiser et la renouveler. Pâques est un appel véhément à nos responsabilités devant ce qui tue, ce qui humilie, ce qui opprime. Pour moi, Pâques dit toujours, d’une façon têtue, que la vie est plus forte que la mort; que notre humanité a de l’avenir; que ce n’est pas par l’exploitation de l’autre que nous bâtirons une terre plus humaine, mais bien par un amour vrai et ouvert, qui recherche la justice, le partage et la paix.
Joyeuse fête de Pâques!
†Roger Ébacher
Archevêque de Gatineau