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Messages de Pâques

01 avril 2004

À quelle saison est notre Église? 

Le printemps est une saison difficile mais fascinante. Il est toujours menacé de relents et même de retours d’hiver. Sont tristes ses arbres qui se laissent maintenant voir dans toute leur nudité, laides ces neiges sales de tout l’hiver passé. La moiteur des feuilles pourries provoque des souvenirs nostalgiques de la splendeur estivale morte. 

Mais j’aime la terre qui se réveille lentement, qui commence peu à peu de nouvelles germinations. L’eau d’érable désaltère et réjouit en rassemblant dans la fête. Le gazouillis de la source se joint à l’appel des outardes,  comme si la terre et le ciel chantaient la grande fête de la vie. Les premiers bourgeons sont beaux de leurs promesses généreuses de fleurs et de fruits nouveaux. 

 À quelle saison est notre Église en Outaouais? Je connais ces prophéties, sans cesse répétées comme des incantations, au sujet de  l’hibernation de notre Église, même de sa mort attendue. Y perce parfois une certaine nostalgie qui ne manque pas de grandeur. Les sirènes de l’ailleurs ou de l’hier font régulièrement entendre leur chant. 

Notre Église subit bien des craquements, qui font peur. Disent-ils  la fin d’une longue histoire, dont l’Église au Québec a raison d’être fière, mais maintenant à bout de souffle? Ou annoncent-ils le dégel après un hiver qui a imposé des retrouvailles avec l'intériorité, l’essentiel et le cœur? Présagent-ils une poussée neuve de vitalité au cœur de cette institution un jour trop alourdie et qui doit vivre une cure d’amaigrissement? Sommes-nous attirés vers un nouvel été, vers de nouvelles floraisons? Notre Église est-elle au printemps? 

Personnellement, je crois détecter les signes, fragiles et timides, de ce printemps. Ils sont encore rares, frêles : toute pousse au printemps est menacée de quelque gelée tardive. J’aime garder dans mon cœur la promesse de Dieu faite à son peuple : « Ne vous souvenez plus d'autrefois, ne songez plus au passé. Voici que je fais un monde nouveau : il germe déjà, ne le voyez-vous pas? » ( Isaïe 43,18-19). Ce nouveau monde se sent par le cœur, par la foi et l’espérance. 

Je vois l’énergie déployée par tant de personnes pour offrir d'une façon neuve aux enfants et aux jeunes la Bonne Nouvelle de ce Dieu qui n’est qu’amour et miséricorde. Je rencontre des jeunes familles qui ont voulu pour leurs enfants l’eau vivifiante du baptême. Elles offrent  maintenant à ces jeunes pousses leurs exemples, leurs paroles et leur temps comme des guides dans  leur chemin de croissance vers la  confiance d’être tendrement aimés par Dieu. 

Je constate que de plus en plus d’enfants d’âge scolaire demandent le baptême et vivent des cheminements prometteurs de vie neuve. Je rencontre aussi chaque année des centaines de jeunes adultes qui, après une  préparation ensemble et de sérieuses réflexions, de la prière, de l’engagement, demandent le sacrement de la confirmation. Je pense encore à ces jeunes de plus en plus nombreux qui se regroupent pour se soutenir dans leurs démarches humaines et de foi, qui s’entraident aussi pour préparer chrétiennement leur mariage et leur vie de famille, ou encore leur baptême comme adultes. 

Et je pleure dans mon cœur chaque fois que j’entends mépriser ces personnes, souvent âgées, mais aussi des jeunes, fidèles à leur communauté, à la messe du dimanche. Ne sont-elles pas comme ces vieux arbres solides, vigoureux, qui savent abriter sous leur ramure les jeunes pousses du printemps? Leur exemple et leur prière sont un chemin de sens et d’espérance, dans ce monde si souvent désespéré? 

Par ailleurs je connais des centaines de personnes qui, au nom de l’Évangile, se compromettent pour que soient accessibles aux plus démunis un toit, de la nourriture, de l’amitié, de la dignité. Et beaucoup vont jusqu’à courageusement lutter afin que nos lois, structures et services soient  plus respectueux de toute personne, surtout de la plus faible. Ces personnes se souviennent que Jésus a dit : « Tu m’as nourri, tu m’a visité en prison… » 

Et en ces temps où nos paroisses doivent, par des réaménagements, retrouver leur raison d’être et leur fonctionnalité, j’admire ces personnes qui, malgré les résistances et les incompréhensions, travaillent avec ténacité pour que ces  structures locales s'ouvrent les unes sur les autres et dégagent les énergies humaines et financières nécessaires pour que l’Évangile soit offert d’une façon dynamique et crédible ici. 

J’aime aussi penser à ces personnes, dont plusieurs m’ont fait des confidences émouvantes, qui dans le silence de leur cœur, et même de leur corps souvent marqué par la maladie et le vieillissement, prient, aiment, pardonnent, se donnent au ras du quotidien. La prière et la souffrance sont de mystérieuses forces de vie et de renouveau. Car elles appellent intensément l’Esprit qui sait tout renouveler.  

Notre Église est au printemps. Le grain de blé tombe en terre. Poussés par l’Esprit, nous semons. Une autre génération récoltera. 

C’est Pâques. La vie est plus forte que la mort. L’amour est plus fort que l’indifférence, la distraction ou la peur. Jésus est Vivant. Joyeux temps pascal!

 

†Roger Ébacher
Archevêque de Gatineau-Hull

 

catégorie : messages de Pâques
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