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Messages de Noël

01 décembre 2004

Douleurs et joies d’un enfantement

Que sera Noël 2004?  La Palestine pleure celui qui a incarné si longtemps l’espoir d’un peuple. L’Irak est à feu, à larmes et à sang. Le Congo et plusieurs autres pays d’Afrique se débattent pour sortir de la guerre, de la corruption, du Sida, de la malaria, de l’extrême pauvreté, malgré l’oubli du reste de la planète. Haïti croule dans la misère et les luttes internes. L’arme nucléaire risque de se retrouver dans la main de terroristes.  

Et ici, le fossé entre gens à l’aise et gens pauvres s’élargit, des enfants ne déjeunent pas, des jeunes ne trouvent pas de travail, des familles n’ont pas de loyer, des personnes âgées s’enfoncent dans l’ennui et la solitude, la violence s’infiltre jusque dans les couples et les familles en blessant surtout les femmes et les enfants, la culture de la peur envahit notre hémisphère. En ce 15e anniversaire de la Déclaration du Canada pour l’élimination de la pauvreté chez les enfants, ce n’est plus 1 sur 7 enfants, mais hélas 1 sur 6 qui vit dans la pauvreté! Que sera Noël 2004 pour toi, pour moi? 

Quel événement Noël nous rappelle-t-il? Un enfantement! Si nous produisions un film sur cette page d’histoire, nous nous retrouverions dans un pays sous occupation militaire par l’empire d’alors. Dans le pays de Marie et Joseph, c’était l’appauvrissement quotidien à cause des taxes exorbitantes et de toutes sortes d’extorsions. Certains ne voyaient pas d’autre solution que la guérilla armée. D’autres se résignaient à la situation politique et cherchaient leur avenir dans la résistance culturelle et religieuse. D’autres collaboraient avec les forces d’occupation. 

L’enfant est né dans la solitude, hors de la maison familiale. On l’a nommé Jésus, un nom qui réchauffe l’espoir en affirmant qu’il y a un avenir. Il a connu, dans les bras de ses parents, la menace de mort, l’exil. Il a grandi dans l’anonymat de son patelin. De Joseph il a hérité un métier, un milieu de vie humble mais digne, un profond respect pour tout être humain. De Marie il a reçu une foi audacieuse et confiante en Dieu et dans les humains. Puis un jour, il a senti l’appel à proclamer que Dieu est proche de notre terre et y agit, que Dieu est miséricordieux et fidèle, que Dieu a des plans de paix pour tous les humains. Il a posé des gestes qui ont libéré des marginaux de toutes sortes, les ramenant à la communauté. Et il a proclamé que les personnes qui se compromettent pour bâtir la paix par leur courage, leurs pardons et leurs amours sont des personnes debout, qui marchent droit : en somme ce sont de vrais enfants de Dieu.  

La paix dans ce monde violent? Rapidement Jésus a été contesté et rejeté. Mais la veille de sa mort, il nous a laissé ces paroles lumineuses « Quand une femme est sur le point de mettre au monde, elle est dans la tristesse car le moment de ses douleurs approche. Mais quand l’enfant est né, sa joie est telle qu’elle ne se rappelle plus son angoisse : pensez donc, un nouvel être est apparu dans le monde! » (Évangile de Jean 16,21). Jésus a subi une mort atroce, identifié à ce qu’il y a de plus marginalisé dans l’histoire humaine. Mais la haine, le mépris, l’exploitation, la lâcheté n’ont pas eu le dernier mot : en lui la vie a été plus forte que la mort ! Dieu l’a arraché du tombeau et il vit. 

Voilà ce que cet enfantement a semé sur notre planète: l’espérance têtue que les souffrances et blessures de notre monde sont des douleurs d’enfantement. "La création tout entière gémit dans les douleurs d'un enfantement qui dure encore", affirme saint Paul (Lettre aux Romains, 8,22).   Elle vit des passages douloureux mais décisifs comme l’est un enfantement. Alors, pour moi, en cette fête de Noël 2004, cela signifie que je suis appelé à contribuer à cet enfantement là où je suis, avec ce que je suis et ce que j’ai, afin que la paix un jour triomphe de la haine, de la violence, de la peur et de la cupidité. 

C’est le souffle d’espérance de Noël qui agit comme une énergie dans tout geste d’accueil, de pardon, d’hospitalité, de partage, de tendresse. C’est le chant de paix de Noël qui résonne dans toute parole d’amitié, de consolation, de soutien, en toute personne de bonne volonté. Certes nos paniers de Noël ne règlent pas la misère de la planète. Nos vœux et nos gestes d’accueil ne font pas magiquement germer l’harmonie et la fraternité. Mais ce sont, dans ce difficile et douloureux accouchement d’un monde plus juste et plus fraternel, des signes de la joie et de la vie qui s’annoncent. Comme dans quelques mois les bourgeons annonceront un nouveau printemps! 

Que la joie de Noël jaillisse dans nos cœurs, nos foyers, nos villages et nos villes. Et que l’an 2005 soit habité par un peu plus de fraternité et de paix, ces cadeaux magnifiques de Dieu!

 

†Roger Ébacher
Archevêque de Gatineau-Hull

 

catégorie : messages de Noël
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