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Hull, le 8 juin 2003

Aux personnes engagées dans la vie consacrée et oeuvrant dans le diocèse de Gatineau-Hull

Soeurs et Frères en Jésus et en Église,

Joie et paix à vous! Que l’Esprit de la Pentecôte soit en vous élan de vie, feu de vie, renouveau de vie en abondance.

But du message : marquer l’anniversaire de fondation du diocèse

Nous célébrons cette année le 40ième anniversaire de fondation de notre diocèse. Je profite de cet événement pour venir vous saluer, vous remercier de vos engagements au sein de notre Église diocésaine, et vous encourager à sans cesse développer la qualité et la vigueur de votre témoignage évangélique parmi nous. Et je date ce message de la Pentecôte 2003, le mettant sous la mouvance de l’Esprit de Dieu "qui est Seigneur et qui donne la vie" (Symbole de Nicée-Constantinople).

Thème du message : être des témoins de la vie et de la Vie

Jésus a dit : "Moi, je suis venu pour qu'on ait la vie et qu'on l'ait surabondante." (Jean 10,10). Il a dit encore : "Je suis la Vie" (Jean 14,6).

Et dans l’Évangile de Jean en particulier, ce thème de la vie est partout. En voici quelques exemples : "Car Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle". (3,16) "Celui qui boira de l'eau que je lui donnerai n'aura jamais soif, et l'eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d'eau qui jaillira jusque dans la vie éternelle" (4,14). "Je suis le pain vivant qui est descendu du ciel. Si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement; et le pain que je donnerai, c'est ma chair, que je donnerai pour la vie du monde" (6,54).

Nous croyons au "Dieu vivant". C’est là d’ailleurs le titre par lequel Dieu préfère être invoqué. Car il manifeste que Dieu est agissant d’une extraordinaire vitalité, qu’il "ne se fatigue ni ne se lasse" (Jérémie 40,28). Toute vie est un don sacré où Dieu fait éclater sa fécondité et sa générosité. Et Dieu rêve que nous participions à sa joie de vivre en abondance et de donner généreusement la vie autour de nous.

Un regard sur notre monde :

Après une période de grande euphorie scientifique et technologique, nous faisons l’expérience de notre fragilité, de la peur face au présent et à l’avenir. Nos contemporains se reconnaissent comme des personnes blessées, parfois profondément atteintes dans leur espérance et dans leur sens de la vie. Nous sommes passés du mythe de Prométhée, l’homme tout-puissant et dominant tout (dans les années 60-70), au mythe de Sysiphe, l’homme condamné à faire parvenir au sommet de la montagne la lourde pierre qui inévitablement roule de nouveau vers le bas. Notre monde se sent faible et menacé. Depuis la première bombe atomique sur Hiroshima, nous nous savons fragiles face à cette puissance qui semble nous échapper. Nous sommes conscients des attaques contre la bio-diversité sur notre planète par nos excès d’exploitations et de pollutions. Depuis peu, nous sommes même conscients que les développements de la science joints à l’audace parfois suicidaire de la technologie risquent de toucher aux sources mêmes de la vie par les transformations génétiques, le clonage, etc... Et nous avons soif de bonté, de miséricorde, de proximité. Nous sommes assoiffés d’être aimés afin de trouver sens à notre histoire personnelle en ce monde déroutant et dangereux.

Par ailleurs, ce même monde qui est le nôtre sécrète aussi une "culture de la mort". Nous avons peur de la vie. Un signe en est le peu d’enfants dans nos familles. L’avortement est devenue une banalité dans nos médias et même dans le monde de la loi (aucune restriction ou balise légale), alors que se vivent à ce niveau de terribles drames par ces femmes abandonnées, ou prises dans l’isolement, la misère, le manque de logement, la peur de l’avenir pour elles et leur enfant, etc... Quant à l’euthanasie, elle semble de plus en plus s’imposer comme la solution la plus humaine à la souffrance et au vieillissement. Je n’en veux comme signal symbolique que la fin du film qui tient l’affiche de ces temps-ci : "Les invasions barbares". Il se termine par l’euthanasie du principal héros, vécue dans une sorte de résignation qui n’est rompue que par la sensibilité bouleversée de cette jeune femme droguée qui donne la dose mortelle.

En pensant à notre monde, je me souviens de ce texte de saint Paul : "J'estime que les souffrances du temps présent ne sont pas à comparer à la gloire qui doit se révéler en nous. Car la création en attente aspire à la révélation des fils de Dieu : si elle fut assujettie à la vanité, __non qu'elle l'eût voulu, mais à cause de celui qui l'y a soumise, __c'est avec l'espérance d'être elle aussi libérée de la servitude de la corruption pour entrer dans la liberté de la gloire des enfants de Dieu. Nous le savons en effet, toute la création jusqu'à ce jour gémit en travail d'enfantement. Et non pas elle seule : nous-mêmes qui possédons les prémices de l'Esprit, nous gémissons nous aussi intérieurement dans l'attente de la rédemption de notre corps." (Romains 8,18-23).

Comme elle est belle et parlante cette image d’un enfantement. Le monde entier gémit dans de grandes douleurs qui annoncent une vie neuve, aspirant à la liberté, à la vérité, à la justice et à l’amour. Nous avons à être en Église des accoucheuses, à soutenir cet enfantement dans les douleurs. Et nous aussi nous gémissons dans les douleurs de l’enfantement, participant ainsi aux douleurs de l’humanité en recherche d’espérance, de sens, de raisons de vivre et d’un but déjà en cette histoire mais aussi par-delà le mur de nos violences, de nos détresses, de nos guerres et de nos morts.

Souvenons-nous que déjà Dieu, entendant les gémissements de son peuple sous l’esclavage terrible de l’Égypte, décide de le délivrer et lui envoie Moïse. Dieu a continué d’entendre les gémissements du monde, de vouloir le libérer, et lui a envoyé son Fils Jésus. 

Et aujourd’hui Dieu veut continuer par nous à écouter avec grande émotion, comme Jésus le faisait, les gémissements de notre monde afin de le soutenir dans son effort de délivrance de la vie en abondance. Dieu veut continuer par nous, comme il le fit en Jésus, à gémir dans les douleurs de l’enfantement d’une humanité nouvelle, de par l’oeuvre de l’Esprit dans le monde et en nous.

Vous êtes, de par votre consécration baptismale et votre vie consacrée à la suite de Jésus des personnes engagées en faveur de la vie et de la Vie. De par votre engagement prophétique de personnes consacrées, vous témoignez au coeur de notre monde de cette Vie en abondance. Vous êtes, de par votre consécration au Dieu vivant, des témoins de cette espérance dont notre monde a tellement soif, parfois sans savoir au juste à quoi il aspire, ce pour quoi l’Esprit le fait gémir. Vous êtes appelés à discerner "ces signes des temps" dont nous parlait le deuxième Concile du Vatican.

La mission de témoignage reçu à la Pentecôte :

En ce début du nouveau millénaire, dans la culture qui est la nôtre, nous sommes conviés à donner un nouvel élan, une nouvelle ferveur à notre engagement apostolique dans le monde d’ici, au nom de l’Évangile. Jésus nous a dit : "Vous allez recevoir une force, celle de l'Esprit Saint qui descendra sur vous. Vous serez alors mes témoins" (Actes 1,8). "Vous serez mes témoins"! Voilà notre mission : être des témoins de Jésus le Ressuscité, le Vivant, tel que manifesté à nous dans les Évangiles que nous ont transmis les Apôtres; être des témoins du Dieu vivant; être mus par l’Esprit qui est le donateur de vie.

Je me laisse guider par une parole de Jésus : "Lorsque viendra le Paraclet, que je vous enverrai d'auprès du Père, l'Esprit de vérité, qui vient du Père, il me rendra témoignage. Et vous aussi, vous témoignerez" (Jean 15,26). L’Esprit-Saint est en nous la mémoire vivante et active de Jésus, de sa vie, ses gestes, ses paroles, sa mort et sa résurrection. L’Esprit témoigne dans nos coeurs que Jésus est vraiment fils de Marie et Fils de Dieu; que Jésus est le Chemin, la Vérité et la Vie: qu’il vit et nous conduit à la vie avec le Père. L’Esprit témoigne dans nos coeurs que la mort de Jésus n’est pas un échec, un scandale, une folie, mais bien le chemin étonnant que Dieu a voulu pour nous dire les excès de sa passion pour les humains.

Et l’Esprit agit ainsi en nous, dans nos groupes, dans notre communauté, pour qu’à notre tour nous devenions témoins crédibles de Jésus. C’est la raison d’être de l’Église. Elle porte une immense espérance de vie en abondance, de vie plus forte que la mort, de vie éternelle. Et sa mission est de l’offrir au monde d’une façon crédible, accessible par les gens d’ici et d’aujourd’hui.

Le coeur de notre foi en Jésus Christ implique une adhésion amoureuse, loyale et effective à Jésus-Christ. C’est ce que chaque baptisé, chaque confirmé s’engage à vivre en renouvelant à chaque nuit pascale ses promesses baptismales. Nous ne pouvons être témoin de Jésus-Christ qu’en le "connaissant" au sens biblique du terme, je veux dire en étant en communion intime de coeur, de vie, de pensée et d’action avec lui. Le témoin de Jésus doit d’abord être capable de dire avec saint Paul : "Ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi. Ma vie présente dans la chair je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi" (Galates 2,21).

C’est aussi ce que Jésus nous indique quand il nous dit qu’il est la vigne, son Père le vigneron et nous les sarments; et que si nous ne "demeurons" pas en lui, nous sommes des sarments morts, stériles, qui ne portent pas de fruits (Jean 15,1-11). C’est là un élément essentiel pour être témoin de Jésus : "Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel vient à s'affadir, avec quoi le salera-t-on? Il n'est plus bon à rien qu'à être jeté dehors et foulé aux pieds par les gens. Vous êtes la lumière du monde. Une ville ne se peut cacher, qui est sise au sommet d'un mont. Et l'on n'allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais bien sur le lampadaire, où elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison. Ainsi votre lumière doit-elle briller devant les hommes afin qu'ils voient vos bonnes oeuvres et glorifient votre Père qui est dans les cieux." (Matthieu 5:13-17). Telle est notre vocation! Telle est notre mission!

Être témoins de Jésus :

Jésus nous demande par la puissance de son Esprit d’être ses témoins. Mais le témoin exemplaire, c’est Jésus lui-même. C’est ainsi qu’on le nomme au début de l’Apocalypse : "Le témoin fidèle, le Premier-né d'entre les morts, le Prince des rois de la terre. (1,5). Nous avons à connaître le témoignage qu’il a porté pour à notre tour être des témoins fidèles.

En simplifiant beaucoup, je signale trois dimensions de l’expérience de Jésus, dont il témoigne à travers sa vie et sa mort, et à laquelle l’Esprit nous appelle à participer pour en témoigner à notre tour. Et cela, pour que le monde croie, ait la vie en abondance et marche vers le bonheur que Dieu veut pour nous (ce bonheur évoqué par les nombreux "bienheureux" identifiés dans les évangiles, et en particulier par les Béatitudes).

1.- Jésus, sous la motion de l’Esprit, s’est su aimé par Dieu le Père. Et il a témoigné que Dieu est amour :

C’est ce que Jésus est venu offrir à notre humanité en lui manifestant comme jamais auparavant le vrai visage du Dieu Vivant. Il a donné le sens de ses choix fondamentaux en disant : "Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin de médecin, mais les malades. Allez donc apprendre ce que signifie. C'est la miséricorde que je veux, et non le sacrifice. En effet, je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs" (Mt 9:13-14). Et souvenons-nous des grandes paraboles en Luc ch. 15 qui montrent Dieu sous l’image du berger, de la ménagère, du père : images du souci de Dieu pour tout être humain quel qu’il soit, même pour un seul.

"Dieu est amour" (1 Jean 4,9). La recherche du vrai coeur de Dieu est la hantise de l’humanité depuis ses débuts. Toutes les grandes traditions spirituelles l’appellent de noms qui cherchent à évoquer quelque chose de ce secret. Israël à travers son histoire sainte l’a découvert comme à la fois très Haut et très Proche. Mais ce n’est qu’en Jésus que nous pouvons nous écrier avec les premiers disciples : "En ceci s'est manifesté l'amour de Dieu pour nous : Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde afin que nous vivions par lui. En ceci consiste l'amour : ce n'est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c'est lui qui nous a aimés et qui a envoyé son Fils en victime de propitiation pour nos péchés." (1 Jean 4,9-10). En Jésus Dieu aime le monde au point de donner sa vie pour lui. Saint Paul ajoutera : "Dieu est riche en miséricordes" (Éphésiens 2,4). Et je vous invite à relire la si belle encyclique de Jean-Paul II sur la miséricorde!

Pour devenir témoins de Jésus, il nous faut contempler avec tout notre être Jésus passant des nuits en prière, y disant sa confiance au Père et son abandon entre ses mains, Jésus accueillant la Samaritaine, le lépreux, le pécheur, les aimant jusqu’à risquer sa vie pour eux. Il faut nous situer avec le larron s’écriant : "Jésus, souviens-toi de moi, lorsque tu viendras avec ton royaume." (Luc 23,42) Il faut nous tenir avec le centurion qui voyant comment Jésus, au coeur des tortures, est mort en pardonnant et en s’abandonnant en toute confiance entre les mains de Dieu le Père, s’écrie : "Vraiment cet homme était fils de Dieu!" (Marc 15,39).

Et alors, l’Esprit pourra murmurer en nous et par nous au monde : "Dieu est amour", il est compassion, miséricorde, don de soi jusqu’au bout. Notre monde a tellement besoin de cette bonté divine! Il a tellement besoin de pouvoir prier le Dieu et Père de Jésus, le Père de toutes tendresses et de touts miséricordes, le Dieu vivant. Nous avons à entretenir attentivement et généreusement cette précieuse espérance dans notre monde.

2.- Jésus, sous la motion de l’Esprit, a témoigné du plan divin de fraternité et de rassemblement de toute l’humanité en brisant barrières et frontières humaines :

Le peuple d’Abraham et de Moise, grâce à une relecture prophétique de son histoire mouvementée, a fini par deviner dans le coeur de Dieu un plan de salut, de vie et de bonheur pour les humains. Ils reconnaissent que l’histoire humaine est une histoire sainte. Saint Paul nous entraîne à contempler ce "dessein bienveillant" et plein de tendresse de Dieu pour notre monde : "Dieu nous a fait connaître le mystère de sa volonté, le dessein bienveillant qu'il a d'avance arrêté en lui-même pour mener les temps à leur accomplissement, tout réunir sous un seul chef, le Christ... Au terme, nous parviendrons tous ensemble à l'unité dans la foi et à la vraie connaissance du Fils de Dieu, à l'état de l'Homme parfait, à la plénitude de la stature du Christ." Dieu veut que l'humanité tout entière soit réunie autour de Jésus-Christ, au point de ne faire qu'un seul Corps avec lui! (voir Éphésiens tout le magnifique chapitre 1). 

Le Père Teilhard de Chardin a évoqué ce plan divin dans une magnifique image : "Le Christ n'a pas encore fini de ramener autour de lui les pans de la robe de chair et d'amour que lui forment ses fidèles". Et un jour ce même Teilhard a eu l’expérience mystique de voir l’hostie consacrée s’élargir aux dimensions du monde, assumer tout ce qui dans l’humanité est beauté, bonté, justice, paix, solidarité pour en faire avec l’humble pain le Corps du Christ Ressuscité. Être témoin de Jésus, c’est connaître ce grand plan de bonté de Dieu, qui veut le bonheur des humains. C’est travailler à sa réalisation dans notre monde, dans ses différentes dimensions : religieuses, politiques, sociales, économiques, culturelles. C’est savoir que l’Évangile a la capacité de faire grandir l’humanité parmi nous, de nous rendre plus humains et solidaires sur notre planète, comme Dieu nous veut.

Il serait bon ici de reprendre cet autre texte magnifique de saint Paul aux Éphésiens (2,13-19 ) : "Or voici qu'à présent, dans le Christ Jésus, vous qui jadis étiez loin, vous êtes devenus proches, grâce au sang du Christ. Car c'est lui qui est notre paix, lui qui des deux peuples n'en a fait qu'un, détruisant la barrière qui les séparait, supprimant en sa chair la haine[...] pour créer en sa personne les deux en un seul Homme Nouveau, faire la paix, et les réconcilier avec Dieu, tous deux en un seul Corps, par la Croix : en sa personne il a tué la Haine. Alors il est venu proclamer la paix, paix pour vous qui étiez loin et paix pour ceux qui étaient proches : par lui nous avons en effet, tous deux en un seul Esprit, libre accès auprès du Père". Le Christ est le Prince de la Paix, il a cloué la haine à la croix, il a détruit les barrières entre les nations, peuples, tribus... C’est ainsi qu’il est source de vie en abondance dans notre monde. Quelle Bonne Nouvelle! Voilà ce dont nous avons à témoigner!

3.- Jésus, sous la motion de l’Esprit, a manifesté la justice de Dieu envers les plus blessés par la vie, en prenant parti pour eux :

L’Église parle souvent de "l’option préférentielle pour les pauvres". Grâce en particulier aux apports des Églises d’Amérique Latine, cette compréhension évangélique fait partie de la doctrine sociale de l’Église (en fait connaissons-nous cette doctrine sociale? Prenons-nous les moyens ensemble pour la connaître un peu mieux?) Nous accolons parfois à cette option toute sortes de nuances ou de qualificatifs, certes légitimes. Mais il faut surtout avoir une vive conscience que notre foi aimante en Jésus exige, sous peine d’être hypocrite, un souci réel pour les petits et les mal aimés de notre monde; un souci réel de changer les structures qui portent des germes d’exploitation, d’appauvrissement et d’injustice.

Ici encore, Jésus est fidèle à l’histoire spirituelle de son peuple. Les prophètes ont sans cesse répété qu’il y a deux péchés capitaux, qui se conditionnent l’un l’autre et qui font le malheur des humains. Le premier est l’idolâtrie sous toutes ses formes. Refuser de faire confiance au vrai Dieu, de lui confier notre vie, surtout dans les moments de détresse, ne pas être sûrs de son amour fidèle mais plutôt alors mettre son espoir dans toutes sortes de moyens humains, c’est tellement grave que la Bible cherche à expulser ce péché par le premier commandement, le plus essentiel, celui qui est vraiment premier. Mais les prophètes ajoutent que toute idole (argent, prestige, compétition exacerbée, pouvoir, sexe débridé, etc...) exige toujours son lot de larmes et de sang. Le péché qui caractérise les païens, c’est l’insensibilité de coeur envers les petits et les pauvres.

Par ailleurs le vrai et bon roi est pour la justice et il la fait en défendant les pauvres et en refrénant les riches qui les exploitent. Marie le proclame dans son Magnificat : "Il a déployé la force de son bras, il a dispersé les hommes au coeur superbe. Il a renversé les potentats de leurs trônes et élevé les humbles, Il a comblé de biens les affamés et renvoyé les riches les mains vides. Il est venu en aide à Israël, son serviteur, se souvenant de sa miséricorde, selon qu'il l'avait annoncé à nos pères, en faveur d'Abraham et de sa postérité à jamais!" (Luc 1 51-55).

L’Esprit a poussé Jésus dans les mêmes chemins. Ce même Esprit nous habite et veut actualiser par nous dans notre monde cette même attention pour les pauvres qui fut celle de Jésus sur les chemins de Galilée et de Judée, sans oublier les incursions de Jésus chez les Samaritains et les païens, alors si méprisés par les siens.

Conclusion :

Quant Jean-Paul II dans ses écrits du début du millénaire nous demande de témoigner, il nous invite à nous concentrer sur le visage du Christ, visage du souffrant et du ressuscité, afin de repartir du Christ Jésus dans notre élan missionnaire vers le large. Je vous invite à lire et discuter ensemble les chapitres 2 et 3 de la si belle lettre apostolique du Pape, signée le 6 janvier 2001 et intitulée : Au début du nouveau millénaire. Il vient d’ailleurs de le répéter dans sa lettre apostolique sur le Rosaire, dans laquelle il a décrété l’année du Rosaire que nous sommes en train de vivre. "Réciter le Rosaire, y écrit-il, n’est rien d’autre que contempler avec Marie le visage du Christ". Rappelons-nous d’ailleurs Thérèse de l’Enfant-Jésus. Elle est bien certainement le témoin qui a marqué le plus le 20ième siècle par sa spiritualité de l’enfance spirituelle. C’est de sa contemplation de la Sainte Face qu’elle a reçu la grâce de s’asseoir "à la table des pécheurs" et d’y vivre ce tunnel épouvantable de l’incroyance en la vie après la mort.

Jésus a dit : "Vous allez recevoir une force, celle de l'Esprit Saint qui descendra sur vous. Vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre." (Actes 1,8) Être un témoin de Jésus, c’est collaborer de tout notre être avec l’Esprit de notre baptême et de notre confirmation, qui veut ouvrir notre coeur aux horizons mêmes du coeur de Jésus, aux gémissements de notre monde en enfantement. Car nous savons dans la foi que le même Esprit qui a fait que Jésus naisse dans le sein de la Vierge Marie est à l’oeuvre dans notre monde pour y semer les germes d’une humanité nouvelle.

Être un témoin de Jésus, c’est offrir à notre monde d’aujourd’hui, d’une façon crédible pour lui, ce feu que Jésus est venu jeter sur la terre afin que les humains vivent et vivent en abondance. Etre témoin de Jésus c’est voir ce feu à l’oeuvre dans la création, dans les joies et les souffrances, les oeuvres et les recherches des gens d’ici, le leur révéler et les entraîner dans une grande espérance. Etre témoin de Jésus, c’est réveiller, exciter dans les personnes sur notre route le désir de Jésus Christ et de l’Évangile, en qui ils sauront connaître un trésor précieux, une Bonne Nouvelle, une réponse surabondante à leurs soifs de bonheur et de vie.

En ce quarantième anniversaire de notre diocèse, c’est avec joie et confiance que je vous offre cette réflexion sur notre témoignage en Église. Je souhaite que par cet humble partage l’Esprit qui a inspiré et guidé Jésus transforme sans cesse le regard de vos coeurs. Ainsi vous contemplerez le Dieu Créateur et Père de Jésus sans cesse à l’oeuvre par son Esprit dans le monde, "renouvelant la face de la terre". Et puissiez-vous trouver votre joie à collaborer avec humilité, douceur et confiance à cette oeuvre divine d’enfantement de notre monde pour qu’il devienne, par l’oeuvre de l’Esprit, comme Dieu le veut : un monde de justice, de paix, de concorde, de partage, de miséricorde et de bonté.

Je vous remercie des différentes façons, selon les charismes de chaque institut et selon les grâces de chaque personne, dont vous collaborez à cette oeuvre du Dieu Vivant donnant la vie au monde. Je vous remercie, vous qui par la prière et la souffrance vous unissez aux gémissements de Jésus le Crucifié qui continue aujourd’hui encore son agonie en toute personne humiliée, blessée, marginalisée. Je vous remercie, vous qui rendez votre coeur attentif aux gémissements de notre monde, qu’il s’agisse des personnes âgées et si souvent seules, ou bien des jeunes familles si souvent loin des leurs ou prises dans la pauvreté, qu’il s’agisse des jeunes en recherche de sens à leur vie et de raisons de vivre.

Vous êtes témoins de Jésus le Vivant par votre proximité des divers milieux de vie que vous côtoyez, par la tendresse accueillante que vous manifestez à celles et ceux qui veulent être des "bâtisseurs de paix", ou qui "pleurent", ou qui sont "pauvres" (je pense à toutes ces personnes que Jésus dans sa grande charte des Béatitudes déclare "bienheureux").  Je vous en remercie de tout coeur.

Que Marie, la première disciple et celle qui surtout au Cénacle fut le témoin de Jésus pour l’Église de Jérusalem, intercède pour que l’Esprit qui a habité Jésus agisse puissamment en vous toutes et tous.

De votre frère évêque,

†Roger Ébacher

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