Dieu nous permet de faire entendre nos lamentations à ses oreilles! Il nous l’enseigne même! Ainsi, Jésus a exhalé son immense souffrance devant son Père. Il a « présenté, avec une violente clameur et des larmes, des implorations et des supplications à celui qui pouvait le sauver de la mort » (Hébreux 5,7).
Et Jésus a formulé ses plaintes en les moulant dans un psaume. Sur la croix, Jésus a rugi d’une voix forte juste avant sa mort : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ». Isolé de tous ses disciples, raillé par les passants et les autorités, Jésus, du fond de son abîme, fait entendre à Dieu cette puissante lamentation. Il supplie Dieu dans une « violente clameur ». C’est le Psaume 21(22), retenu dans la liturgie du dimanche des Rameaux et de la Passion.
Et Dieu agrée sa dramatique lamentation. Dieu n’abandonne jamais son enfant, même pas à la tombe! C’est le grand cri de triomphe de Pâques! Jésus nous trace ainsi un chemin d’audace et de confiance courageuse vers le cœur de Dieu.
Prenons le psaume 85(86). « Seigneur, tends l’oreille, réponds-moi, car je suis bien pauvre et malheureux. Garde-moi en vie… Toi mon Dieu, sauve ton serviteur qui compte sur toi. Prends pitié de moi. » Cette lamentation est un élan de tout l’être vers Dieu, dernier et seul recours. Et Dieu permet au priant toutes les audaces! Car il est le Dieu de toutes bontés! « Toi qui es bon et qui pardonnes, plein d'amour pour ceux qui t'appellent, écoute ma prière, Seigneur, entends ma voix qui te supplie…. Toi, Seigneur, Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère, plein d'amour et de vérité, regarde vers moi, prends pitié de moi. » Presque englouti par toutes sortes de rejets et de persécutions, le priant ose exposer sa peine dans une lamentation forte de sa confiance envers Dieu.
C’est bien le chemin que Jésus a suivi sur la croix. C’était déjà le chemin emprunté tant de fois par son peuple. Avons-nous déjà marché dans ce chemin d’une audacieuse confiance envers Celui que depuis Jésus nous osons appeler « Notre Père »? Dieu veut entendre le cri suppliant de ses enfants dans l’épreuve. Et il se fait proche…..
†Roger Ébacher
Archevêque de Gatineau