La Constitution sur la Sainte Liturgie de Vatican II a profité du renouveau liturgique de la première moitié du siècle dernier. Et elle nous enseigne le mystère de la liturgie actualisant la présence et l’activité du Christ Jésus dans la vie de l’Église, en particulier la signification profonde et la nécessité de la célébration eucharistique dans l’Église pour sa vie intime et pour sa mission. Je ne reprendrai pas toute cette richesse, qui a été largement développée lors du récent congrès eucharistique international de Québec
[1]. Je ne souligne que ceci qui est fondamental : le Christ Jésus dans son mystère pascal est l’acteur essentiel de toute liturgie. Et alors, « toute célébration liturgique, en tant qu'œuvre du Christ prêtre et de son Corps qui est l'Église, est l'action sacrée par excellence dont nulle autre action de l'Église ne peut atteindre l'efficacité au même titre et au même degré. » (7). C’est à méditer, à approfondir, à assumer vitalement.
Mais je veux ici insister sur la demande d’une participation active, pieuse, fructueuse, pleine, consciente et communautaire de l’assemblée (principe souvent répété : 11, 14, 21, 30, 48). D’où l’application suivante : « Dans les célébrations liturgiques chacun, ministre ou fidèle, en s'acquittant de sa fonction, fera seulement et totalement ce qui lui revient en vertu de la nature de la chose et des normes liturgiques. » (28). Basé sur le baptême de chaque membre de l’assemblée, Peuple de Dieu, Corps du Christ et Temple de l’Esprit, ce principe doit guider nos évaluations de ce que nous vivons lors des diverses célébrations liturgiques.
Ça fait plus de 20 ans que je vais régulièrement de paroisse en paroisse pour y célébrer divers sacrements, et en particulier des eucharisties. Permettez-moi ici d’énumérer des façons de célébrer qui me donnent joie et grande espérance à chaque fois que je les vis dans nos paroisses.
J’aime voir à mon arrivée dans la sacristie un endroit propre et où diverses personnes sont à l’œuvre pour préparer et animer la célébration qui va commencer. J’apprécie y trouver des vêtements liturgiques convenables et qui couvrent les divers besoins de l’année liturgique. Je me réjouis de voir le missel et le lectionnaire préparés pour la célébration et des personnes pour les utiliser correctement.
Je me rends habituellement à l’entrée de l’église un peu avant la célébration. Quand le climat de l’assemblée est au silence et au recueillement, je sens alors une bonne disponibilité à la célébration. J’aime y voir un accueil bien organisé, où on est tout particulièrement attentif aux nouveaux venus, aux personnes qui semblent ne pas connaître les lieux, aux plus pauvres. Dès le début d’une célébration, il me semble très bon de pouvoir faire une entrée en procession avec des personnes, adultes, âgées mais aussi jeunes, qui vont servir à l’autel, faire la lecture après une préparation adéquate, porter la croix de procession, le lectionnaire, quand ça convient (et pas seulement pour les funérailles!) l’encensoir allumé. Il est bon alors d’entrer en célébration avec un chant, soutenu par de la musique, exécuté par la chorale mais aussi l‘assemblée soutenue par une animation adéquate et au besoin la projection des mots pour aider à en faire une vraie prière.
J’aime arriver à l’autel et constater que cette table n’est pas une sorte de « fourre-tout » mais bien respectée parce que symbolisant le Christ Jésus et donc réservée pour ce qui doit normalement y être pour la célébration, rien de plus. Les nappes et linges y sont propres de même que les vases sacrés.
Et voilà que la célébration se déroule avec une variété de ministères : servants, lectures, chantres, musicien, chorale, assemblée participante, prêtre correctement vêtu, atmosphère qui selon les décorations et couleurs reflète bien le temps liturgique vécu (Noël, Carême, Pâques, etc.…). Et quelle chance (ou plutôt quel respect de l’assemblée!) quand en plus le microphone fonctionne bien et est bien ajusté.
Est-ce là un rêve? Non car j’ai la joie de participer à certaines célébrations ainsi bellement vécues. Mais c’est aussi un rêve par lequel je prie l’Esprit de nous rendre capables de traduire encore mieux cette impulsion de Vatican II : « Dans les célébrations liturgiques chacun, ministre ou fidèle, en s'acquittant de sa fonction, fera seulement et totalement ce qui lui revient en vertu de la nature de la chose et des normes liturgiques. »
J’invite les responsables de chaque communauté paroissiale ou autre à se poser la question : qu’en est-il chez nous? Que pouvons-nous faire pour améliorer la participation active, communautaire et fructueuse chez nous?
† Roger Ébacher
Évêque de Gatineau
(20 janvier 2009 : 3e texte d’une série de 7)
[1] Voir en particulier les « Actes du 49e Congrès eucharistique international », Éditions de la CECC, 2008. Nous y trouvons les homélies, catéchèses et témoignages donnés durant ce congrès. C’est une mine à explorer. Je réfère en particulier à l’appendice qui donne les rapports des ateliers d’approfondissement qui offrent une foule de suggestions pratiques en plus d'inviter à une vérification sérieuse de la qualité des eucharisties qui se vivent dans nos communautés.