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Messages pastoraux

10 février 2009
Le texte conciliaire sur l’Église dans le monde de ce temps a voulu ouvrir l’Église au monde d’aujourd’hui, ce monde tendrement et fidèlement aimé de Dieu (Jean 3,16). Continue-t-il à porter ses interpellations et orientations jusqu’au cœur de nos communautés?
 
Que visait-il? Il a clairement exprimé une volonté de rejoindre le monde, d’ouvrir le dialogue avec lui au sujet de ses problèmes et de lui apporter le service de l’Évangile. Les Pères conciliaires sont allés dans la ligne demandée par Paul VI dans sa première encyclique (Ecclesiam Suam) : « L’Église doit entrer en dialogue avec le monde dans lequel elle vit. L’Église se fait parole; l’Église se fait message; l’Église se fait conversation » (67).
 
Relisons les premières lignes du texte conciliaire : « Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n'est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur coeur. Leur communauté, en effet, s'édifie avec des hommes, rassemblés dans le Christ, conduits par l'Esprit-Saint dans leur marche vers le Royaume du Père, et porteurs d'un message de salut qu'il leur faut proposer à tous. La communauté des chrétiens se reconnaît donc réellement et intimement solidaire du genre humain et de son histoire. » (1)
 
Je ne veux pas reprendre ici tous les thèmes abordés dans ce riche texte. À chacun de s’y mettre selon les appels de l’Esprit. Mais je retiens que ce qui a motivé ce texte me semble encore bien actuel. C’est la difficulté de l’Église de communiquer avec le monde réel, concret, d’ici. Nous vivons un grand embarras devant ce que vivent les gens. Nous sommes tentés de rester dans nos murs, de succomber à la peur de l’autre, de rester entre nous.
 
Pourtant notre diocèse porte, je dirais dans ses gènes, le souci des pauvres, des marginalisés, des éloignés. Dans notre monde des personnes comme Mère Teresa ou encore Jean Vanier nous montrent que le Christ Jésus est vraiment vivant dans les pauvres (de toutes sortes de pauvretés) et que c’est là aussi qu’il faut le rencontrer, comme dans toute personne humaine. Cette vérité évangélique nous est peut-être difficile à vivre. Si nous nous laissons parfois entraînés à aller rencontrer Jésus dans la présence eucharistique (ce qu’il faut faire), nous sentons-nous aussi poussés d’aller rencontrer Jésus dans toute personne qui souffre, qui est dans le besoin, qui ne se sait pas aimée de Dieu? Et puis il y a tout ce vaste monde de la culture, des arts, de l’économie, de la politique…
 
Quelles attitudes alors sommes-nous invités à développer? Le Concile propose le témoignage, la solidarité et le service. Il me semble que en développant ces trois attitudes, nous pouvons humblement être ce que Jésus nous demande : « le sel de la terre et la lumière du monde ». C’est là un appel missionnaire pour chez nous.
 
Nous vivons certes des problèmes de présence effective, de compréhension profonde et de communication aves le monde d'ici tel qu’il se vit aujourd’hui. C’est le cas face à tant de nouvelles définitions de l’être humain, de la vie en couple, en famille, en société, sur cette planète maintenant et unifiée par tant de réseaux de toutes sortes et profondément divisée par les guerres économiques ou politiques avec leurs morts et leurs larmes, mais aussi menacée dans son équilibre écologique. Tant de sujets auxquels réfléchir ensemble pour nous demander ce que l’Évangile offre de lumière pour reconnaître les valeurs de ce monde, en détecter les limites et indiquer des chemins d’avenir dans une espérance jamais naïve mais jamais pessimiste, car « Dieu aime ce monde ». Dieu a créé ce monde, Dieu a racheté ce monde, Dieu nous précède par son Esprit dans ce monde.
 
Je ne retiens enfin que ces lignes qui nous indiquent la voie unique, celle de l’amour qui se donne des mains (38) : « Le Verbe de Dieu, par qui tout a été fait, s'est Lui-même fait chair et est venu habiter la terre des hommes. Homme parfait, Il est entré dans l'histoire du monde, l'assumant et la récapitulant en Lui. C'est Lui qui nous révèle que Dieu est charité (I Jn 4, 8) et qui nous enseigne en même temps que la loi fondamentale de la perfection humaine, et donc de la transformation du monde, est le commandement nouveau de l'amour. À ceux qui croient à la divine charité, Il apporte ainsi la certitude que la voie de l'amour est ouverte à tous les hommes et que l'effort qui tend à instaurer une fraternité universelle n'est pas vain. » 
 
« Il nous avertit aussi que cette charité ne doit pas seulement s'exercer dans des actions d'éclat, mais, et avant tout, dans le quotidien de la vie. En acceptant de mourir pour nous tous, pécheurs, Il nous apprend, par son exemple, que nous devons aussi porter cette croix que la chair et le monde font peser sur les épaules de ceux qui poursuivent la justice et la paix. Constitué Seigneur par sa résurrection, le Christ, à qui tout pouvoir a été donné, au ciel et sur la terre, agit désormais dans le coeur des hommes par la puissance de Son Esprit; Il n'y suscite pas seulement le désir du siècle à venir, mais par là même anime aussi, purifie et fortifie ces aspirations généreuses qui poussent la famille humaine à améliorer ses conditions de vie et à soumettre à cette fin la terre entière. »
 
† Roger Ébacher
Évêque de Gatineau
 
 
(10 février 2009 : 6e texte d’une série de 7) 
catégorie : messages pastoraux
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