Nous n’avons souvent qu’une vague idée de ce que le Concile nous a demandé comme accueil, reconnaissance et mise en marche en Église des divers dons, charismes et ministères donnés par l’Esprit aux différents membres de la communauté. Relire certains de ces textes peut et doit encore nous interpeler.
Le premier document conciliaire (sur la liturgie no 26) affirmait que la liturgie atteint chacun des membres de la communauté « de façon diverse, selon la diversité des ordres, des fonctions, et de la participation effective. » Ainsi la célébration eucharistique devient l’image de ce que vit la communauté. Quand je préside une messe, je remarque qui fait quoi et j’ai une idée de la diversité des participations dans cette communauté.
Mais c’est surtout le document sur l’Église qui nous incite à recevoir les services, ministères, fonctions et charges semées diversement par l’Esprit dans l’Église et dans le monde. « Unique est l’Esprit qui distribue ses dons variés pour le bien de l’Église, à la mesure de ses richesses et des exigences des services. » (7). Ou encore : « En outre, le même Esprit-Saint non seulement sanctifie le Peuple de Dieu, le conduit et l’orne de vertus au moyen des sacrements et des ministères mais, ‘en distribuant à chacun ses dons comme il lui plaît’ (1 Co 12,11), il dispense également, parmi les fidèles de tout ordre, des grâces spéciales qui les habilitent à assumer des activités et des services divers, utiles au renouvellement et à l’expansion de l’Église, suivant ces paroles : ‘À chacun la manifestation de l’Esprit est donnée en vue du bien commun’ (1 Co 12,7) » (12).
Au tout début du développement sur les laïcs, le texte (30) affirme d’abord que les prêtres savent « combien les laïcs contribuent au bien de toute l'Église; et ils savent qu'eux-mêmes n'ont pas été institués par le Christ pour assumer à eux seuls toute la mission salvatrice de l'Église envers le monde, mais qu'ils ont la charge sublime de paître si bien les fidèles, de si bien reconnaître chez eux les ministères et les charismes, que tous coopèrent à leur mesure et d'un même coeur à l'œuvre commune. Car il faut que tous "vivant selon la vérité et dans la charité, nous croissions de toute manière vers Celui qui est le Chef, le Christ, dont le Corps tout entier reçoit concorde et cohésion par toutes sortes de jointures qui le nourrissent et l'actionnent selon le rôle de chaque partie, opérant ainsi sa croissance et se construisant lui-même dans la charité" (Eph. 4, 15-16). »
Et le concile (32) cite Paul : "De même, en effet, que notre corps en son unité possède beaucoup de membres et que ces membres n'ont pas tous la même fonction, ainsi nous à plusieurs, nous ne formons qu'un seul corps dans le Christ, étant, chacun pour sa part, membres les uns des autres" (Rom. 12, 4-5). (…) « car la diversité même des grâces, des ministères et de l'action rassemble en un seul tous les fils de Dieu, puisque "c'est un seul et même esprit qui opère toutes ces choses" (1 Cor. 12, 11). »
Puis le texte précise (33) : « L'apostolat des laïcs est donc une participation à la mission salvatrice de l'Église elle-même. Cet apostolat, tous y sont destinés par le Seigneur lui-même en vertu de leur baptême et de leur confirmation. Les sacrements, et en particulier la sainte Eucharistie, communiquent et alimentent cet amour envers Dieu et envers les hommes qui est l'âme de tout l'apostolat. (…) Outre cet apostolat qui incombe à tous les fidèles sans exception, les laïcs peuvent également être appelés, de diverses manières, à collaborer plus immédiatement à l'apostolat de la hiérarchie, à l'instar des hommes et des femmes qui aidaient l'apôtre Paul à évangéliser, et peinaient beaucoup dans le Seigneur (cf. Phil. 4, 3; Rom. 16, 3 ss). Ils sont, en outre, susceptibles d'être appelés par la hiérarchie à exercer certaines tâches ecclésiastiques dans un but spirituel. »
Ces textes et bien d’autres nous rappellent que c’est Jésus Ressuscité qui continue son ministère dans et par l’Église, son Corps diversifié et unifié, par l’Esprit qui sans cesse donne à la communauté ce qu’elle a besoin pour vivre, pour vivre en abondance et pour accomplir sa mission.
Cette vérité de notre foi me questionne beaucoup. S’il est vrai que Dieu le Père comble le Corps du Christ, son Fils bien-aimé, de tous les dons de l'Esprit nécessaires à sa vitalité et à sa mission, accueillons-nous vraiment ces dons avec joie, sans jalousie et sans fermetures sur nos habitudes et nos chasses-gardées? Les reconnaissons-nous? Les encourageons-nous, les développons-nous en les nourrissant de l’Écriture, des sacrements, de la fraternité, de la solidarité, de la consolation, de la guérison nécessaire lors des blessures...?
Que signifie pour nous l’exhortation de saint Paul : « Il y a, certes, diversité de dons spirituels, mais c'est le même Esprit; diversité de ministères, mais c'est le même Seigneur; diversité d'opérations, mais c'est le même Dieu qui opère tout en nous. À chacun la manifestation de l'Esprit est donnée en vue du bien commun. À l'un, c'est un discours de sagesse qui est donné par l'Esprit; à tel autre un discours de science, selon le même Esprit; à un autre la foi, dans le même Esprit; à tel autre les dons de guérisons, dans l'unique Esprit; à tel autre la puissance d'opérer des miracles; à tel autre la prophétie; à tel autre le discernement des esprits; à un autre les diversités de langues, à tel autre le don de les interpréter. Mais tout cela, c'est l'unique et même Esprit qui l'opère, distribuant ses dons à chacun en particulier comme il l'entend.
De même, en effet, que le corps est un, tout en ayant plusieurs membres, et que tous les membres du corps, en dépit de leur pluralité, ne forment qu'un seul corps, ainsi en est‑il du Christ. Aussi bien est‑ce en un seul Esprit que nous tous avons été baptisés en un seul corps, Juifs ou Grecs, esclaves ou hommes libres, et tous nous avons été abreuvés d'un seul Esprit. Aussi bien le corps n'est‑il pas un seul membre, mais plusieurs. Si le pied disait: "Parce que je ne suis pas la main, je ne suis pas du corps", il n'en serait pas moins du corps pour cela. Et si l'oreille disait: "Parce que je ne suis pas l'œil, je ne suis pas du corps", elle n'en serait pas moins du corps pour cela. Si tout le corps était œil, où serait l'ouïe? Si tout était oreille, où serait l'odorat? Mais, de fait, Dieu a placé les membres, et chacun d'eux dans le corps, selon qu'il a voulu. Si le tout était un seul membre, où serait le corps? Mais, de fait, il y a plusieurs membres, et cependant un seul corps. L'œil ne peut donc dire à la main: "Je n'ai pas besoin de toi", ni la tête à son tour dire aux pieds: "Je n'ai pas besoin de vous." Bien plus, les membres du corps qui sont tenus pour les plus faibles sont nécessaires; et ceux que nous tenons pour les moins honorables du corps sont ceux-là mêmes que nous entourons de plus d'honneur, et ce que nous avons d'indécent, on le traite avec le plus de décence; ce que nous avons de décent nous n’en avons pas besoin. Mais Dieu a disposé le corps de manière à donner davantage d'honneur à ce qui en manque, pour qu'il n'y ait point de division dans le corps, mais qu'au contraire les membres se témoignent une mutuelle sollicitude. Un membre souffre‑t‑il? Tous les membres souffrent avec lui. Un membre est‑il à l'honneur? Tous les membres se réjouissent avec lui. Or vous êtes, vous, le corps du Christ, et membres chacun pour sa part. » (1 Co 12, 4-27).
Je pense que nous sommes appelés à beaucoup prier ensemble pour comprendre le sens concret, pratique, actuel de ce texte. Car « vivante, en effet, est la parole de Dieu, efficace et plus incisive qu'aucun glaive à deux tranchants, elle pénètre jusqu'au point de division de l'âme et de l'esprit, des articulations et des moelles, elle peut juger les sentiments et les pensées du cœur. » (Hébreux 4,12)
† Roger Ébacher
Évêque de Gatineau
(3 février 2009 : 5e texte d’une série de 7)