Frères et Soeurs,
"Que la grâce et la paix vous soient données, de la part de Jésus-Christ, le témoin fidèle, le premier-né d'entre les morts, le souverain des rois de la terre."
Frères et Soeurs dans le Christ, que le Dieu de la paix soit avec nous tous durant cette célébration des huiles.
Je souhaite que nous vivons cet événement de la messe chrismale dans la lumière de deux événements qui marquent, l’un notre Église locale et l’autre toute l’Église catholique de par le monde.
L’événement qui marque notre Église locale est le fait que le 27 avril, nous en serons à notre 40e année d’existence comme diocèse. Un tel anniversaire est une occasion de nous demander où en est notre vie ecclésiale, dans la lumière de Vatican II et des grandes orientations données à notre diocèse par l’évêque fondateur, Mgr Paul-Émile Charbonneau. C’est un temps propice pour nous questionner sur notre identité même comme Église dans l’Outaouais : est-ce que notre raison d’exister comme diocèse, comme paroisses, est claire dans nos coeurs? Sommes-nous vraiment ensemble suffisamment branchés sur Jésus-Christ et animée par l’Esprit-Saint, pour rayonner l’Évangile chez nous?
L’autre événement qui doit marquer notre messe chrismale 2003 est l’année mariale que nous sommes en train de vivre. Jean-Paul II a clairement identifié trois objectifs à cette année : que nous devenions ensemble, avec Marie Mère de l’Église, la patronne de notre diocèse : "une Eglise plus contemplative, plus sainte et plus missionnaire".
La célébration des huiles et les textes bibliques qui nous sont donnés m’invitent à centrer l’attention de nos coeurs sur le thème suivant: comment devenir ensemble une Église plus sainte?
Nous avons entendu Jésus relire et appliquer à sa propre personne et à sa mission une page d’Écriture, tirée du prophète Isaïe : "L'Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m'a consacré par l'onction". Être consacré par l’onction, c’est appartenir totalement et radicalement à Dieu. C’est partager et enraciner dans notre histoire son plan bienveillant de salut sur le monde. C’est cela la sainteté. Et le prophète nomme les fruits d’une vie marquée par l’onction, consacrée à Dieu, guidée par l’Esprit : "Il m'a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux prisonniers qu'ils sont libres, et aux aveugles qu'ils verront la lumière, apporter aux opprimés la libération, annoncer une année de bienfaits accordée par le Seigneur".
C’est par l’onction de l’Esprit en lui que Jésus a produit abondamment ces fruits à travers sa vie, ses actes, ses paroles, sa mort sur la croix. C’est mu par cet Esprit que Jésus a identifié tout son ministère comme la grande année jubilaire où toutes les dettes sont remises, tous les esclavages sont terminées, toutes les chaînes sont brisées. Et par sa résurrection Jésus nous offre ce même Esprit. C’est ainsi qu’il a glorifié son Père et participé jusqu’au bout à l’amour du Père pour le monde. Voilà son chemin de sainteté.
Rencontrer Jésus, croire en lui et accueillir le don de l’Esprit dans nos vies, c'est communier, avec lui, au tourment de Dieu face à la détresse humaine, tel que ce tourment a agi dans sa vie, son agonie et sur sa croix. Voilà notre chemin de sainteté.
Saint Paul nous enseigne que si l’Esprit même par lequel Dieu a agi en Jésus habite en nous, Dieu par ce même Esprit, va faire en nous les mêmes oeuvres. Alors nous pouvons affirmer dans la foi que si l’Esprit même qui a sanctifié Jésus habite en nous, cet Esprit va nous sanctifier; si l’Esprit même qui a poussé Jésus à l’adoration et à la prière, qui l’a poussé vers les enfants de Dieu humiliés et rejetés, qui lui a donné la force d’aller jusqu’au don de sa vie pour dire l’amour du Père, si cet Esprit dis-je habite en nous, ce même Esprit va produire en nous les mêmes fruits. Voilà notre richesse. Voilà notre moteur intime. Voilà ce à quoi nous devons sans cesse revenir comme à une source au coeur de nos vies et de notre Église.
Nous avons donc dans le quotidien de nos vies à nous souvenir de notre baptême Nous sommes alors oints par cette huile consacrée. L’Esprit même qui est descendu sur Jésus à son baptême repose sur nous. C’est l’Esprit qui nous fait enfants de Dieu, qui murmure en nos coeurs avec confiance et abandon : "Abba. Père". C’est l’Esprit qui nous rend capables d’adorer le Père en vérité, d’écouter avec joie et profit sa Parole, de garder notre coeur ouvert à cette présence divine active dans notre quotidien. Voilà un chemin de sainteté. Nous souvenons-nous souvent de notre baptême pour en laisser jaillir les fruits? Que Marie Mère de Jésus nous accompagne sur ce chemin de sainteté.
Nous avons aussi à nous souvenir de notre confirmation. L’Esprit même qui, après son baptême, a poussé Jésus au désert pour y faire ses choix fondamentaux de vie, vient agir en nous. Il nous pousse à être ensemble en Église afin que nous apprenions ensemble comment éclairer nos vies par les Écritures et comment vivre la bonne Nouvelle. Il nous guide pour faire de nous des témoins crédibles de l’Évangile. Il nous donne le discernement du bien et du mal. Il nous donne le discernement pour bâtir un monde comme Dieu le veut, dans la fraternité, la solidarité, la paix. Nous souvenons-nous souvent de notre confirmation pour en laisser jaillir les fruits? Que Marie, qui a dit à Cana : "Tout ce que Jésus vous dira, faites-le", nous accompagne sur ce chemin de sainteté.
Nous servir de l’huile pour initier les catéchumènes, ce qui se produira de plus en plus dans notre Église, nous rappelle notre propre appel à vivre sérieusement notre vie en Église. Et aussi notre responsabilité à appeler les autres à accueillir ce grand don qu’est la foi. Cette huile des catéchumènes nous redit vigoureusement un commandement du Seigneur qui est d’une grande actualité : "Faites des disciples; engendrez des enfants de Dieu". Cela nous fait peur. Nous ne savons pas comment faire. Mais l’Esprit nous est donné pour nous y guider. Qu’il attise sans cesse notre hantise, notre feu pour la mission, afin que l’Évangile imprègne nos vies et notre Église.
Chaque fois que nous nous servons de l’huile pour oindre les malades, souvenons-nous de ce que l’Esprit a mis dans le coeur de Jésus envers les personnes malades, de toutes sortes de maladies. Le même Esprit veut faire en nous les mêmes gestes de libération, de guérison, de vie neuve.
Et nous qui sommes marqués par l’onction du presbytérat ou de l’épiscopat, souvenons-nous de l’onction d’huile de notre ordination. Le même Esprit qui a fait de Jésus le leader du Peuple saint, fait aussi de nous par cette onction des chefs dans l’Église de Dieu, appelés à servir à la manière même de Jésus, avec la même capacité de don de soi, pour que le monde vive en abondance. Que Marie Mère de l’Église, debout au pied de la croix, nous accompagne dans ce chemin de sainteté.
Frères et soeurs, nous pourrions longuement continuer à méditer sur ce mystère de l’huile porteuse de l’Esprit même qui a animé Jésus durant toute sa vie et sur la croix, et que l’a ressuscité. La même onction, le même Esprit, la même consécration, la même mission, qui ont été le moteur de la vie de Jésus, viennent en nous aujourd’hui. Je souhaite de tout coeur que nous nous souvenions souvent de cette réalité profonde dans notre prière, que nous y pensions au fil de nos divers engagements, que nous nous y ressourcions, que nous y buvions abondamment. L’Esprit même que le Père a donné sans mesure à Jésus nous habite afin de faire en nous et par nous les mêmes oeuvres. Jésus a même dit : "Vous en ferez de plus grandes"! Voilà de quoi nous arracher à nos peurs, à nos hésitations, à nos timidités dans notre vie chrétienne, ecclésiale et apostolique.
Jean-Paul II, dans sa lettre marquant le début du nouveau millénaire, a donné comme mot d’ordre à toute l’Église catholique : "Repartons du Christ". Cela signifie en particulier : écoutons d’une façon neuve sa Parole, soyons fidèles à la prière, prenons au sérieux les sacrements et l’eucharistie dominicale.
Nous avons besoin actuellement comme Église locale dans l’Outaouais de ce ressourcement, de ce recentrement sur l’essentiel, qui est Jésus-Christ, don du Père et Source de l’Esprit. Autrement, tous nos réaménagements pastoraux risquent, non pas de libérer des forces neuves pour la mission, mais d’exacerber nos tensions, nos chicanes et nos peurs mutuelles, nos fermetures. Ce que Dieu ne veut pas! J’invite donc toutes les équipes pastorales et les diverses communautés grandes ou petites, de prendre au sérieux cet appel que je vous donne aujourd’hui et de vérifier les moyens que nous nous donnons pour activer cet accueil dynamique de l’Esprit de notre baptême, de notre confirmation, de notre ordination.
Voilà je pense le cadeau que Dieu nous offre pour ce 40e anniversaire de notre diocèse : le don renouvelé de son Esprit, une sainteté nouvelle. Écoutons encore et encore Marie nous redire comme à Cana : "tout ce qu’il vous dira, faites-le" Amen.
†Roger Ébacher
Archevêque de Gatineau-Hull