Gatineau, Qc – À l’occasion d’une visite de la Ferme familiale Mongeon dans la municipalité de Lochaber-Partie-Ouest
,une ferme laitière, Mgr Roger Ébacher, archevêque de Gatineau, a tenu à réaffirmer le rôle essentiel de l’agriculture dans la société québécoise. En union avec les autres évêques du Québec, Mgr Ébacher a rendu public un message ayant pour titre « Fruits de la terre et du travail humain, Pour un contrat social avec le monde rural ». Ce message est publié par le Comité des affaires sociales de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec (AECQ) à l’occasion de la fête des travailleuses et travailleurs, le 1er mai. L’archevêque de Gatineau est l’un des membres de ce comité provincial des évêques.
Dans le contexte actuel de la crise alimentaire à l’échelle planétaire et au moment où la Commission sur l’avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire au Québec (CAAAQ) vient de déposer son rapport, le Comité des affaires sociales de l’AECQ désire apporter sa réflexion sur la difficile réalité du travail indispensable des producteurs et productrices agricoles au Québec. « L’agriculture joue un rôle essentiel dans la société tant au plan économique, environnemental que culturel. Sa mission de base consiste à développer la fertilité de la terre, nourrir les populations et fournir un revenu équitable aux hommes et aux femmes qui y travaillent. »
Avant 1960, l’agriculture était un mode de vie. Les gens vivaient au rythme de la nature, elle leur enseignait le soin et le respect à donner à la terre. Le territoire était occupé par de nombreuses fermes de type familial. L’introduction de nouvelles technologies et l’industrialisation a apporté d’importants changements qui ont eu des répercussions sur les cultivateurs, la culture du sol, les élevages, l’environnement, la taille des fermes, la commercialisation. Les politiques agricoles ont valorisé la spécialisation des cultures et des productions animales afin de répondre à la mondialisation des marchés.
En Outaouais, il reste environ 1 000 fermes représentant seulement 4% du nombre total des fermes du Québec. Dans notre région, l’agriculture ne représente que 8% de toute l’industrie bio-alimentaire et l’industrie de la transformation alimentaire que 2%. Par exemple, la seule usine de transformation du lait, la laiterie Château, a dû fermer ses portes.
Les effets néfastes de l’industrialisation
L’industrialisation a causé des torts à la terre cultivable. Certaines pratiques ont des effets néfastes sur l’écosystème, l’environnement et à plus long terme sur la santé de tous. Mentionnons la pratique de la monoculture sur de vastes terres agricoles, l’usage excessif de fertilisants chimiques et de pesticides, la diminution des terres fertiles au profit d’étalements urbains et de construction de méga centres d’achats en périphérie des villes, des terres agricoles et des zones boisées envahies par la culture de la marijuana. Ces conséquences de l’industrialisation affectent le moral des producteurs et des productrices, la détresse psychologique est présente.
L’agriculture est en crise. Des changements structurels s’imposent et c’est un grand défi pour l’agriculture au Québec. Un virage s’opère chez quelques agriculteurs et agricultrices pour sortir des impasses provoquées par les exigences de l’agriculture industrielle et par la mondialisation des marchés. Nous sommes témoins de l’émergence d’une agriculture d’exploitation du sol plus écologique fondée sur les écosystèmes. Cette approche de production agricole gère les sols, l’eau, les plantes et les animaux comme les composantes d’un tout fonctionnel.
Acteurs et actrices de changement social
Il devient impératif de redonner à l’agriculture sa fonction de base première, celle de nourrir les communautés locales et nationales. Nos choix de consommation agroalimentaire sont importants pour sauvegarder notre agriculture, assurer une qualité de vie aux personnes qui en vivent, conserver les terres agricoles et protéger l’environnement. Les marchés mondiaux influencent de plus en plus nos marchés locaux et les multinationales exercent un grand pouvoir sur notre alimentation. Nous sommes interpellés à devenir des acteurs et des actrices de changement social.
Comme consommateurs et consommatrices, nous sommes invités à réfléchir sur les modes d’opération de toute la chaîne agroalimentaire. Nous sommes amenés à remettre en question nos achats, en intégrant dans nos critères de sélection des aliments, des questions d’ordre environnemental, social, culturel, éthique et politique. Il importe de revoir nos valeurs, nos pratiques et nos relations à l’autre pour la survie des générations à venir.
Dans le récit de la création, la tradition chrétienne nous enseigne que Dieu a confié à l’homme et à la femme le soin de prendre soin de la terre et de la faire fructifier pour le bien-être de tous les humains. « Le sol est à la source de la vie, il est la richesse de tous, des générations actuelles comme celles de demain. Nous avons le devoir de le protéger ».
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Sources :
René Laprise
Service des communications
Diocèse de Gatineau
Rolande Parrot
Assemblée des évêques catholiques du Québec