Sœurs et frères dans la même foi et la même Église,
Joie et paix à vous de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus!
Voilà de nouveau le retour de l’automne et de notre fête patronale. En ce 11 octobre, anniversaire de l’ouverture du Concile Vatican II, nous célébrons Marie mère de l’Église. Nous la prions de bien veiller sur nous comme elle a su bien veiller sur Jésus, dès sa conception jusqu’à sa descente de la croix. En cette célébration, nous affirmons notre confiance en son intercession et en sa capacité de nous conduire à Jésus, notre unique berger, notre unique espérance, notre unique joie, notre unique paix. Nous confions à Marie cette année pastorale qui commence.
Au cours de celle-ci, nous continuerons le cheminement entrepris depuis de nombreuses années. Comme vous le savez, toutes les paroisses du diocèse, d'une façon ou d'une autre, sont engagées dans les réaménagements pour la mission. Déjà deux unités pastorales, une dans le secteur Gatineau (l’unité de la Vigne) et une dans le secteur Hull (l’unité de la Croix) en sont à une dernière étape d’étude et de discernement avant qu’on en vienne à des propositions concrètes et à des décisions au sujet de ces 7 paroisses : Ste-Maria-Goretti, St-Jean-Marie-Vianney, St-René-Goupil pour l’unité de La Vigne; et Notre-Dame-de-Lorette, St-Jean-Bosco, St-Benoît-Abbé et St-Joseph pour l’unité de la Croix. Mais d’autres paroisses sont aussi en marche dans ces réaménagements et d’autres encore seront interpellées dans un proche futur pour qu’elles se mettent en marche aussi.
Cette vaste opération nous incite à comprendre d’une façon neuve notre raison d’être en Église, notre mission, et aussi le pourquoi de ces équipements matériels, tels que les bâtisses que sont les églises, les presbytères et autres centres. L’Église n’existe pas pour tenir debout des bâtisses, si belles soient-elles. Et l’Église ne doit pas devenir, quoi que veuillent certains, une gardienne de musées. Certes, il faut des lieux, ajustés à nos besoins, pour prier, célébrer Dieu et adorer, pour écouter la Parole de Dieu, pour nous rencontrer. Mais surtout, nous devons comprendre que Dieu veut une famille où nous nous aimions les uns les autres. Et Dieu veut que par la qualité de notre vie ensemble nous témoignions de son amour pour notre monde. Il ne faut donc pas nous déchirer et nous diviser au sujet des organisations et propriétés matérielles de nos fabriques. Nous devons ensemble, comme je vous demande de le faire, discerner ce que nous avons vraiment besoin pour accomplir notre mission, notre raison d’être en Église.
Already the reason for our existence as the Church is outlined in the text of the Acts of the Apostles that we have just listened to. This text takes on a whole new meaning in the light, not only of the year of the Eucharist, but also of the event of the world synod in Rome on the same theme, that of the Eucharist.
This account brings us back to a few weeks after the death and the resurrection of Jesus. After having seen Jesus disappear in the sky, the Apostles are all gathered together in the Cenacle. With one heart, they take part faithfully in the prayer, with a few women, Mary, the mother of Jesus, being one of them, / and with his brothers.
The earliest nucleus of the Church feels the need to return to that place where Jesus had convened his Apostles that last evening before his death. They remember together and relive that last supper. He is with them at the table, for a meal among friends. It is a unique time of friendship and proximity in the sharing of the bread and the wine. It is there, at the time of this last meal, that he opened up his heart wide to them. It is there that he made them great promises: to give them his joy, his peace, and his Spirit. It is there that he told them not to be afraid. And it is there that he instituted this most astonishing means to be with them until the end of time: the Eucharist.
De retour à ce lieu, le Cénacle, après le départ de Jésus, les apôtres ne célèbrent pas l’Eucharistie, car ils n’ont pas encore reçu l’Esprit de Pentecôte. Mais ils en vivent déjà les fruits. Car le premier fruit de l'Eucharistie, c’est la charité, l’unité, la communion. Et c’est ce qu’ils vivent autour de Marie : "d'un seul cœur et fidèlement". Quel étonnant miracle que ce fruit de l’Eucharistie! Car le groupe avait tout ce qu’il fallait pour se chicaner, se déchirer et se disperser! Quelles diversités étonnantes rassemblées là, qui allaient d'un zélote craint à un publicain détesté; et des pêcheurs du bord du lac à des spécialistes de la loi... Et les voilà apparemment livrés à eux-mêmes et à leurs diversités qui auraient dû devenir des divergences, des règlements de compte, des séparations. Au contraire, nous les voyons prier ensemble. C’est dans la prière et l’espérance, autour de Marie, qu’ils se disposent à recevoir l’Esprit-Saint, et ainsi qu’ils préparent leur cœur pour la grande œuvre missionnaire que Jésus leur a confiée et qui est aussi la nôtre aujourd’hui. Voilà le grand, le vrai miracle eucharistique : faire de ces gens disparates et divergents un groupe uni pour la même mission : garder vivants le souvenir et l’œuvre de Jésus Christ dans le monde. Et ce groupe de retour au Cénacle autour de Marie, c’est nous! Je supplie Dieu ce soir de faire que nos Eucharisties dominicales nous donnent la même grâce : celle de nous arracher aux forces de division, aux puissances du mal qui chercher à déchirer nos communautés, à les émietter dans toutes sortes de tiraillements. Que nos Eucharisties nous rendent un de cœur et d’âme dans la foi, la confiance, l’amour et le courage.
Les Apôtres et les autres disciples se sont souvenus. « Ceci est mon corps brisé pour vous ». « Ceci est mon sang versé pour vous ». Prenez et mangez! Devenez qui vous recevez. Soyez le Corps du Christ, uni dans la diversité de ses richesses de toutes sortes.
Sommes-nous vraiment conscients qu’après la consécration du pain et du vin, la réalité c’est que Jésus ressuscité lui-même, dans toute sa vérité de chair et de sang, d’humanité et de divinité, est là devant nous, avec nous, pour nous? Prenons-nous conscience qu’il y a alors ici plus grand que David, plus grand que Jonas, plus grand que tous les prophètes, plus grand que n’importe quel personnage important de cette terre?
Lorsque nous célébrons l’Eucharistie, nous devenons qui nous mangeons : Jésus. Nous recevons en nous avec l’Esprit de Jésus, les sentiments, les pensées, les choix, les priorités de Jésus en nous, comme un programme de vie. C’est là aussi le programme de notre mission!
Que répondons-nous quand le prêtre nous dit : « Prions ensemble au moment d’offrir le sacrifice de toute l’Église »? Vous le savez bien : « Pour la gloire de Dieu et le salut du monde ». Nous participons à l’eucharistie pour apprendre à faire comme Jésus : rendre gloire au Père, l’adorer avec confiance filiale. Nous «rendons grâce au Seigneur notre Dieu» et «cela est juste et bon».
Nous participons aussi à l’eucharistie, et en particulier à celle du dimanche, pour devenir capables de faire comme Jésus : d’œuvrer de tout notre cœur, jusqu’à l’extrême, au salut du monde. Ça veut dire quoi? Que nous sommes en Église afin que les humains autour de nous, tous les humains, quelles que soient leur origine, leur race, leur religion, mais surtout les plus petits, puissent savoir par nos actes que Dieu les aime.
Nous sommes presque à la fin de l’année consacrée à l’Eucharistie. Je veux témoigner que cette année m’a personnellement beaucoup stimulé à saisir un peu plus ce que nous disons en proclamant : « Il est le grand le mystère de la foi! » Et je souhaite de tout cœur que beaucoup goûtent plus, et de plus en plus, la bonté de ce Don de Dieu. Pour essayer de soutenir nos efforts dans ce sens, j’ai publié un petit texte intitulé : « Quelques orientations pastorales au sujet de l’Eucharistie », qui vous sera remis ce soir. Je souhaite que ce texte puisse être utile et attirer vers le mystère de l’Eucharistie. Si tel est son fruit, l’année eucharistique que nous terminons n’aura pas été vaine.
Ô Marie, nous ne comprenons pas ce qu’est notre mission! Vient, comme notre Mère, nous l’enseigner. Apprends-nous pourquoi nous sommes ensemble avec toi, comme Jean l’a été au pied de la Croix. Aide-nous à comprendre les souffrances, les angoisses, les peurs qui nous habitent souvent face à l’avenir de notre paroisse, de notre vie en Église ici. Infuse-nous, comme sait le faire une mère, ta confiance, ton espérance. Aide-nous à nous rappeler le grand message de Jésus, auquel tu as adhéré dans les ténèbres : « En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il demeure seul; mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruit » (Jean 12,24).
O Mary, as you supported the Apostles as they waited for the mysterious promise of Jesus to be fulfilled : "You will receive strength from above and you will be my witnesses"; thus we ask you to support us while our heart yearns. Yes, we need here a new Pentecost so that we can, in joy and the peace, live through these challenging times that are before us on the road ahead...
Marie, entraîne-nous à accomplir toujours avec cœur et amour l’ordre reçu de Jésus la veille de sa mort : « Ceci est mon Corps… Ceci est mon Sang… Faites ceci en mémoire de moi! » Veille bien sur nous, ô Marie. Amen.
†Roger Ébacher
Archevêque de Gatineau