Pour une meilleure redistribution de la richesse
Message du 1er mai 2009 de l’AECQ
À la lumière des témoignages entendus aujourd’hui, nous avons un meilleur portrait de la réalité vécue au quotidien par les gens de notre région en regard de la crise économique actuelle.
Les données statistiques sur le taux de chômage, la perte des emplois et la situation économique des familles sont plus que de simples chiffres. Ces chiffres font ressortir avec acuité la nécessité et l’urgence d’une meilleure redistribution de la richesse, spécialement auprès des personnes les plus pauvres, les plus fragilisées.
Une économie qui ne tourne pas rond
Depuis quelques mois, des milliers de personnes ont vu fermer les entreprises qui les employaient, beaucoup doivent maintenant se contenter d’emplois précaires. Voici quelques exemples :
Perte de 1 000 emplois dans le Pontiac
Incertitude économique pour les employés des usines Abitibi-Bowater
Augmentation de 7% du panier d’épicerie
La crise alimentaire mondiale et le prix des produits de base
Augmentation du nombre de faillites depuis janvier 2009
Augmentation du taux d’endettement des ménages d’année en année
Détresse psychologique et problèmes de consommation
Ces conséquences exercent des pressions sur les organismes qui viennent en aide aux personnes et aux familles fragilisées.
Donc, pour qu’une économie tourne rond, elle doit être durable, elle doit respecter les besoins humains et limiter les dégâts écologiques.
La redistribution de la richesse : pour un Québec sans pauvreté
Toute richesse, qu’elle soit individuelle ou collective, est grevée d’une hypothèque sociale. La société doit conserver un droit de regard sur la richesse collective et il appartient à l’État de voir à ce que cette hypothèque sociale soit remboursée.
Avec les dizaines de milliers de personnes qui ont signé la pétition pour bâtir un Québec sans pauvreté, je demande à l’Assemblée nationale du Québec de veiller à ce que l’État continue de respecter l’esprit de cette loi en se donnant :
-des seuils pour un salaire minimum décent,
-des services et des protections sociales qui traduisent vraiment les engagements pris.
Comment redistribuer la richesse collective?
Cette redistribution des richesses se joue sur plusieurs registres.
-D’abord chacun de nous doit faire ses propres efforts pour respecter l’environnement car toute richesse vient de la nature. Il ne faut pas l’oublier.
-Cette redistribution des richesses passe surtout : Par l’accès à un travail convenablement rémunéré.
-Elle passe aussi dans la vie communautaire, par les dons, le bénévolat, la participation aux corvées et aux guignolées. Ces gestes ne remplacent pas la justice, mais démontrent une générosité, une capacité à se mobiliser et de s’ouvrir à l’autre.
-Cette redistribution passe aussi par l’impôt et les diverses taxes payées.
Dans notre région, nous connaissons de belles expériences de partage de la richesse.
-Au niveau social, nous avons les groupes d’achats qui donnent accès aux personnes à faible revenu à des fruits, légumes et fromages à des coûts minimes.
-Les magasins-partage de Noël et les magasins-partage scolaires sont de beaux exemples de solidarité envers les personnes moins favorisées, car ils leur donnent accès à des denrées et des effets scolaires à moindre coût.
-La Guignolée des Médias est un exemple de redistribution des richesses car l’argent recueilli est remis à des organismes qui aident des gens qui en ont besoin.
-Les Petits déjeuners dans les écoles contribuent au mieux-être des enfants en leur donnant une chance égale de réussir.
-Certaines entreprises mettent « la main à la pâte » à travers des campagnes de dons comme Je prends soin d’un bébé qui invitent les gens à venir en aide à de jeunes familles défavorisées en offrant le matériel et les vêtements de base à leurs jeunes enfants, ou encore Je décroche la lune pour un enfant où les gens sont invités à offrir un vélo neuf ou usagé à un enfant défavorisé.
Conclusion
Par ces exemples, nous pouvons constater que la redistribution de la richesse est quelque chose de possible, mais il ne faut pas que cela soit simplement passager ou temporaire. C’est pourquoi, il faut des mesures sociales pour atteindre cet objectif, comme la loi pour un Québec sans pauvreté et une révision du fonctionnement de l’assurance-emploi. C’est une de mes convictions profondes que Dieu a confié la terre et ses ressources à l’humanité pour le bénéfice de tous. Le partage que nous faisons ou non des biens de ce monde est pour moi le critère ultime de l’évaluation d’une vie humaine.
†Roger Ébacher
Archevêque de Gatineau
29 avril 2009