Homélies

11 octobre 2007

Frères et Sœurs dans le Christ Jésus,

Nous venons d’entendre Jésus affirmer : « Quiconque fait la volonté de Dieu, celui-là m'est un frère et une sœur et une mère. »

Jésus définit ainsi sa véritable parenté. Et nous en sommes.  Jésus y parle de nous qui, ici à Gatineau, dans cette cathédrale, dans chacune de nos paroisses, dans chacune de nos familles chrétiennes, voulons faire la volonté du Père. Par l’œuvre de l’Esprit, nous sommes enfants de Dieu, frères et sœurs de Jésus! Et Marie est bien notre mère, Mère de cette Église.

Mais il y a beaucoup plus encore dans cette étonnante affirmation. Car Jésus a bien dit : « Quiconque fait la volonté de Dieu, celui là m'est une mère. »  Il ne suffit pas d’entendre ces paroles! Il faut les recevoir dans nos cœurs, les méditer de tout notre coeur, les vivre dans notre vie chrétienne quotidienne.

The word of Jesus saying that we, who listen to the Gospel and do the will of God, that we are his mother, is shocking and at the same time enlightening. We may have rarely weighed the value of this Word that shows us our dignity, but also our mission. It means that each one of our local communities, parishes and Christian families, by the work of the Spirit in faith and baptism, conceives and gives birth to Jesus. It means that we are Mary bringing Jesus to the world when visiting it with great tenderness and much love. It also tells us that we are Mary sympathizing with the suffering of Jesus today, he who prolongs his passion in countless people humiliated and scarred by life. Tonight I want to try to understand a little better who we are, according to the very Word of Jesus.

L’ange dit à Marie : « Tu enfanteras un fils, et tu l'appelleras du nom de Jésus ».  Maintenant, c’est l’Église, c’est nous qui enfantons le sauveur, qui enfantons le Christ Jésus. C'est nous, habités et rendus féconds par l’énergie de l’Esprit-Saint, qui donnons le Christ au monde. Ainsi, parents et grands-parents chrétiens, par votre foi qui porte l’enfant au baptême, par votre témoignage, par la force que votre vie traduisant l’Évangile en actes, vous enfantez Jésus aujourd’hui, vous l’accompagnez quand il grandit en sagesse et en grâce devant Dieu et devant les humains.

Mais vous n’êtes pas seuls dans cet enfantement du Christ Jésus en ce monde d’aujourd’hui pour qu’il y continue son œuvre d’adorer avec confiance le Père et d’aimer les humains, surtout les plus petits et les plus blessés par la vie. C’est aussi la responsabilité de la communauté locale, de la paroisse d’agir dans cette œuvre d’enfantement de Jésus en notre monde du 21ième siècle. C’est par nous, par nos familles et par les communautés chrétiennes, que l’humanité d’aujourd’hui est encore en état de grossesse du Christ, pour son bonheur et sa vie. Voilà bien la raison d’être et le sens de notre programme d’appel des enfants et des adultes à la rencontre vivante avec Jésus, à la foi et au baptême. C’est le sens profond de nos diverses initiatives d’initiation et de formation à la vie chrétienne. Merci à vous toutes et tous qui acceptez ainsi d’être mère de Jésus aujourd’hui.

Nous lisons encore dans le récit évangélique : « Marie se rendit en hâte dans une ville de Juda. Elle entra chez Zacharie et salua Elisabeth. »  Marie, enceinte de Jésus, va vers le couple pauvre, humilié, honteux de sa stérilité. Maintenant, c’est l’Église, c’est nous, portant dans nos cœurs, nos  corps et nos communautés le Christ Jésus vivant, qui sommes poussés par l’Esprit à partir en hâte pour aller visiter le monde autour de nous, monde dont nous sommes, et qui vit dans la détresse, dans la solitude, dans la stérilité humaine ou le désert spirituel, dans le mépris et le rejet. Today, we are Mary, the Mother pregnant with Jesus, coming to visit that may resound the immense joy of a world that realizes that it is infinitely loved by God. 

Nous sommes Marie qui, avec ce vieux couple devenu fertile, tressaille d’espérance et danse de confiance. Nous sommes Marie faisant monter sur notre monde l'hymne de reconnaissance pour l’œuvre de Dieu aujourd’hui ici : « Mon âme exulte de joie ». Que cette joie habite notre Église, hélas trop souvent triste, peureuse et inquiète . Que l’Esprit nous pousse en hâte vers les autres et provoque en nos cœurs, nos familles et nos communautés  un étonnement joyeux devant l’œuvre de libération, de renouveau  et d’espérance de l’Esprit chez nous.

Nous lisons dans le récit évangélique : « Quant à Marie, elle conservait avec soin et très fidèlement toutes ces choses, les méditant en son cœur ». Nous l’Église ici, nous sommes Marie gardant dans nos cœurs et en particulier dans nos célébrations eucharistiques, la mémoire vivante des bontés, des miséricordes et des tendresses de Dieu pour notre monde. Comme toute mère au cœur de sa famille, nous sommes, au cœur du monde qui est nôtre, Marie gardant vive le souvenir de Jésus ! Nous portons dans nos coeurs, dans nos paroles, dans nos gestes, dans nos initiatives, la mémoire du Christ. Si nous disparaissions comme communautés et familles chrétiennes, il y aurait des bibliothèques qui raconteraient une histoire passée et des bâtisses, des églises, qui seraient des musées patrimoniaux. Mais il n'y aurait plus la vraie mémoire de Jésus ! Les yeux du coeur, les oreilles du coeur... la mémoire du cœur n’y seraient plus!

Le vieillard Syméon dit à Marie : « Une épée te transpercera l'âme! » Comme communauté, nous vivons dans notre coeur, dans notre vie, dans notre prière, dans notre comportement, la compassion même de la Mère pour le Christ Jésus souffrant aujourd’hui dans celles ou ceux que notre société marginalise, rejette, méprise. Nous sommes Marie accompagnant Jésus malade, Jésus mal-aimé, Jésus écrasé par la vie, par la violence sous tant de formes!

Frères et Sœurs, l'Évangile de Luc, que nous écoutons le dimanche en cette année liturgique, se termine sur une consigne de Jésus : « Demeurez dans la ville jusqu'à ce que vous soyez, d'en haut, revêtus de puissance. »  Puis, nous voyons Marie et l’Église « à l'étage de la maison; c'est là qu'ils se tenaient tous. D'un seul cœur, ils participaient fidèlement à la prière. » Nous sommes ce soir, ici, dans ce cénacle diocésain, en prière avec Marie. Nous attendons une effusion nouvelle de l’Esprit-Saint sur nous afin que nous ne perdions jamais l’espérance d’un renouveau de notre Église. Que l’Esprit fasse que nous nous engagions d’une façon encore plus décidée, audacieuse et confiante dans la mission que Jésus nous a confiée.  

Amen. 

†Mgr Roger Ébacher
Archevêque de Gatineau

catégorie : homélies
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