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Messages pastoraux

01 novembre 1999

Deux événements ecclésiaux m’invitent à partager avec vous quelques pensées au sujet de ce que nous sommes ensemble comme Église diocésaine : la visite au tombeau des Apôtres (ad limina) que je vivais en avril 1999; et la préparation du prochain Synode des Évêques, ayant pour thème : l’Évêque et son ministère. Ces moments ecclésiaux, situés pour nous dans le cadre de l’opération triennale des réaménagements pastoraux, me semblent appeler de notre part un supplément d’âme ecclésiale, un renouveau dans la conscience de ce que nous sommes en Église, ici, dans l’Outaouais.

Qu’est-ce qu’un diocèse?

Le décret conciliaire "Sur la charge pastorale des évêques" (par. 11) affirme qu’un diocèse est : une portion du peuple de Dieu confiée à un évêque pour qu’avec l’aide de son presbytérium, il en soit le pasteur; ainsi le diocèse, lié à son pasteur et par lui rassemblé dans le Saint-Esprit grâce à l’Évangile et à l’Eucharistie, constitue une Église particulière en laquelle est vraiment présente et agissante l’Église du Christ, une, sainte, catholique et apostolique.  Je crois opportun de pointer quelques aspects qui me semblent nous appeler à une conscience plus vive encore de nos façons d’être Église ici.

L’Église en sa source

L’Église que nous sommes a ses racines dans le mystère même de communion du Père, du Fils et de l’Esprit. Et elle vient de la Croix de la Résurrection et de la Pentecôte. C’est pour la foi en ces mystères que Pierre et Paul ont versé leur sang à Rome. Et cette foi apostolique, qui est la richesse de la communauté diocésaine et dont l’évêque doit être un témoin privilégié, nous interdit de réduire l’Église à un club où attitudes passives, chicanes, luttes de pouvoirs, ambitions de toutes sortes sont les règles du jeu. Une conscience fermement entretenue de nos racines dans le coeur et dans le plan de miséricorde de Dieu nous protège d’oublier ce que nous sommes et quelles sont nos raisons d’être. Sans cette mémoire vive, le champ est laissé libre aux tentations de réduire nos projets à des façons de faire sécurisantes, à des questions de bâtisses à garder à tout prix ou de finances à renflouer sans trop de questions sur le pourquoi de l’argent dans l’Église.

Où est l’Église ?

L’Esprit, l’Évangile, l’Eucharistie et l’Évêque sont les agents et lieux du rassemblement ecclésial, affirme Vatican II.  Et ainsi, l’Église catholique est vraiment dans l’Église locale que nous formons ensemble.

Quelle est véritablement la place de l’Esprit dans nos délibérations et recherches de toutes sortes? Nous commençons à nous poser des questions sur le discernement spirituel communautaire. Mais reste un long chemin à parcourir pour devenir aptes à une perception en Église des oeuvres de Dieu dans notre monde, afin d’y collaborer avec confiance et générosité. Nous sommes toutes et tous invités à marcher ensemble dans ce chemin.

Que faisons-nous de l’Évangile? Comment est vécue sa proclamation dans la communauté? Comment prenons-nous ces textes dans nos mains afin qu’ils deviennent une source jaillissante où se raffermit sans cesse notre espérance? Ce sera en fréquentant ensemble les textes évangéliques que nous parviendrons à une intuition neuve du coeur de Dieu et de ses pensées de paix, de bonheur pour notre humanité.

Et l’Eucharistie? Je pense qu’il est temps de situer la célébration eucharistique dominicale au coeur de notre vie en Église. A force de sans cesse répéter qu’il y a d’autres façons d’être pratiquants, ne finissons-nous pas par renoncer à l’expérience ecclésiale séculaire qui affirme que l’Eucharistie fait l’Église et que nous devenons ce que nous recevons, si du moins nous le recevons dignement comme l’affirme Paul?

Nous besognons ensemble. Mais sans un retour à nos sources, nous risquons d’oublier d’où nous venons, pourquoi nous existons, où nous allons, quelles sont nos armes de combat, quelles sont les raisons de nous engager dans l’histoire humaine, de nous y compromettre et d’opter préférentiellement pour les plus blessés par la vie.

Une commune dignité dans une diversité de charismes pour une unique mission

Nous besognons ensemble, mais nous ne sommes pas juxtaposés les uns aux autres. Des liens organiques nous unissent intimement et nous forcent à nous situer les uns par rapport aux autres, dans une solidarité très exigeante et toujours fragile et dans une harmonie à ajuster sans cesse. Nous nous nommons : peuple de Dieu, corps du Christ, temple de l’Esprit. Notre unité profonde, dans la diversité des vocations, des charismes, des ministères est essentielle.  Mais elle est sans cesse menacée par des options idéologiques, par des habitudes qui refusent d’être questionnées, par des images de Dieu et de l’Église qui nous embourbent dans des ornières!

Comment - comme évêque, prêtres et laïcs, dans la conscience de notre commune et égale dignité de baptisés, dans la conscience aussi de la riche diversité qui nous marque - mieux remplir notre mission commune? Nous sommes ensemble devant l’immense défi d’assurer une présence plus signifiante de l’Église au monde d’ici. Car notre génération cherche actuellement, en renouvelant son rapport au transcendant, à combler son besoin de sens et à retrouver des raisons de vivre. Nous croyons que l’Évangile offre une réponse adéquate à cette soif, à ce besoin. Quelles options allons-nous faire alors, au niveau de notre Église locale, afin que l’Évangile soit mieux offert à notre monde?

L’Évêque, un signe sacramentel...

Vatican II a insisté pour affirmer que l’Évêque n’est pas l’administrateur local d’une transnationale!  Il est, de par son ordination, le ministre sacramentel, avec le presbytérium et en partenariat avec les autres fidèles,  par lequel l’Esprit, l’Évangile et l’Eucharistie rassemblent cette portion précise du Peuple de Dieu.  Ce qui veut dire qu’une personne ne peut pas être dans l’Église catholique sans être en communion de foi et de charité avec l’évêque de l’Église locale dont elle est membre.  Par ailleurs, l’évêque est le lien de la communion avec les autres Églises et particulièrement avec celle de Rome.

Pour un certain nombre d’entre nous, il semble difficile de voir que le lien de communion avec le Siège de Rome et son évêque, notre Pape Jean-Paul II, est autre chose qu’une sorte de transmission passive de directives venant d’en haut. Notre communion avec l’Église de Rome et les autres Églises, répandues par toute la terre, est vitale à notre identité locale . Sans cela, n’est plus agissante ici l’Église du Christ, une, sainte, catholique et apostolique. C’est d’ailleurs ce lien dans la même foi apostolique que signifient le nom du Pape prononcé durant chaque eucharistie, la visite aux tombeaux des Apôtres Pierre et Paul, la participation que j’ai vécue récemment au Synode d’Amérique, nos divers rapports quinquennaux à Rome et tant d’autres contacts réguliers à travers la conférence épiscopale et bien d’autres canaux. Mais cette communion, vécue activement dans le respect et l’ouverture, ne nous dispense pas de notre responsabilité de chercher ardemment et avec courage les façons d’offrir la foi ici, comme les évêques du Québec l’ont rappelé dans un texte fort pertinent sur les conditions de présentation de l’Évangile dans notre culture intitulé : Annoncer l’Évangile dans la culture actuelle du Québec. Le prochain Synode sera un moment particulièrement important pour réfléchir ensemble à cette réalité qu’est l’évêque dans un diocèse.

Conclusion : À la manière de Jésus

La grande opération des réaménagements pastoraux pour la mission veut nous amener à porter ces interrogations, afin que nous accomplissions la mission à la manière de Jésus. J’invite les comités, conseils, mouvements du diocèse à recevoir ces questions, afin que notre discernement nous fasse parvenir à l’expérience joyeuse de ce que nous sommes : Église du Père continuant, par l’Esprit, la mission à la manière de Jésus.

 

†Roger Ébacher
Archevêque de Gatineau-Hull 

 

catégorie : messages pastoraux
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