Déclarations publiques

16 décembre 2005

Il y a quelques semaines, l’annonce de la construction d’une église par la communauté baptiste et d’une mosquée par la communauté musulmane a fait contraste avec la fermeture possible d’églises catholiques dans la région de l’Outaouais. Certains en furent troublés. Ce questionnement est légitime car nous vivons là un phénomène qui appelle une compréhension plus profonde de ce que nous vivons ici. 

On peut approcher la question par le biais de l’immigration qui favorise la venue de personnes de diverses croyances religieuses. Ce qui est exact, mais me semble insuffisant pour faire une analyse valable de la situation. Il faut aussi regarder comment les membres des diverses communautés de croyants vivent l’appartenance à leur groupe, comment ils y sont membres actifs et responsables, tant par leur présence effective que par leur appui financier. 

Cette problématique provoque une conscience renouvelée des changements vécus dans l’Église catholique d’ici depuis 50 ans et invite à en prendre acte d’une façon réaliste. La majorité de nos églises furent construites en réponse aux besoins du temps où elles furent érigées. Leur situation géographique, leur dimension et leurs salles étaient ajustées au rôle que jouait alors l’Église catholique, non seulement comme lieu de rassemblement pour la prière et la célébration, mais aussi souvent comme centre de loisirs et communautaire pour tout le quartier. Ce temps où le vicaire était le responsable des loisirs du coin est fini! 

Certes, nous sommes encore très majoritaires. Mais les formes d’appartenance à nos communautés locales (paroisses) se font très floues, variables et détendues. C’est environ 5 % de ceux qui se déclarent catholiques dans le recensement civil qui participent un peu régulièrement aux messes du dimanche. Combien soutiennent financièrement leur communauté, non seulement quand il s’agit de la bâtisse, mais surtout quand il s’agit de payer des personnes et des services pour assurer l’animation pastorale, catéchétique et chrétienne? Il y a sept ans, j’ai allumé un feu jaune au sujet des bingos comme vache à lait des paroisses. Peu ont pris au sérieux mon avertissement. Et je n’ai aucun attrait à nous voir devenir des gérants de musées ou de salles à louer. 

Ce que nous avons besoin, ce sont des lieux de rencontres plus petits, adaptés, par exemple, à l’initiation chrétienne des enfants et des jeunes, aux rencontres de petits groupes; des lieux pour recevoir les jeunes familles qui voudront que leurs enfants soient initiés à la vie chrétienne et à la participation à la communauté.  Ce qui n’élimine pas quelques grands lieux de célébrations. Et nous avons besoin de personnes, engagées et bénévoles, pour accompagner, animer, soutenir ces nouvelles activités. 

Oui, nous sommes devant le défi de changer bien des choses. Mais est-ce que ça autorise, comme disent certains, à prophétiser la fin de l’Église catholique ici? Je pense que non! Je suis persuadé que le visage qu’avait l’Église catholique ici dans les années 50 va continuer à changer profondément. Mais je vois aussi des signes qui annoncent le nouveau visage d’une Église plus humble, plus communautaire, à l’appartenance plus forte et plus dynamique. Déjà ici et là, je perçois que des jeunes familles prennent conscience qu’il ne suffit pas de transmettre aux enfants une instruction ou un compte de banque. Il faut d’abord transmettre des valeurs, dont la foi. Et ils perçoivent qu’ils en sont les premiers responsables et que leur communauté de foi est là pour les soutenir et les appuyer. Je rencontre de plus en plus de grands-parents qui trouvent à nouveau, au fond de leur cœur, le chemin du témoignage simple et vécu envers leurs petits-enfants. Je sens ici et là, la fibre d’un nouveau tissu communautaire, fait d’appartenance concrète et engagée. Non, la vieille souche n’est pas morte! Elle cache une sève qui  n’a pas encore donné tous ses fruits.

 

†Roger Ébacher
Archevêque de Gatineau 

 


 

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