Communiqués de presse

12 décembre 2007

Objet :  Commission Bouchard/Taylor
              Mémoire de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec

Gatineau, Qc - Au nom de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec, le président, Mgr Martin Veillette, a demandé que soit respectée la place de la religion dans l’espace public et que soit assuré aux immigrants un accueil authentique par la société québécoise.  Accompagné de M. le cardinal Jean-Claude Turcotte, archevêque de Montréal et de Mgr Jacques Berthelet, évêque de Saint-Jean-Longueuil, le président a souligné d’entrée de jeu que les évêques s’exprimaient en tant que citoyens du Québec, mais aussi en tant qu’évêques catholiques.

Les évêques reconnaissent au sein de la population la présence de deux courants souvent opposés mais contribuant tous les deux à accentuer le malaise et à nourrir l’émotivité du débat. D’un côté, il y a ceux qui réagissent encore avec agressivité à la place dominante qu’a occupée le catholicisme dans notre histoire; pour d’autres c’est la religion elle-même qui est dépourvue de pertinence dans un monde marqué par la raison. À l’opposé, plusieurs québécois dits « de souche » ressentent les demandes d’accommodements comme des remises en cause des valeurs traditionnelles et religieuses qui les définissent.

La place de la religion dans l’espace public

Une des difficultés qui nourrit le sentiment de frustration ressenti par plusieurs, c’est la manière négative dont est souvent traitée la question religieuse dans notre société. On oublie que l’adhésion plus ou moins profonde à une religion est une partie intégrante de l’identité d’une majorité de québécois, qu’ils soient de venue récente ou nés ici. Il n’est pas surprenant qu’un grand nombre d’entre eux souhaitent afficher leur appartenance religieuse sur la place publique. Il s’agit là d’ailleurs d’un droit qui leur est reconnu en particulier par la Déclaration universelle des droits de l’homme. Refuser ce droit au nom d’une laïcité stricte ou radicale serait manifestement un recul pour une société de droit. La religion se vit en société, en communauté. Si on la relègue dans la sphère du privé, on favorise le repli sur soi et la montée de l’intégrisme.

Nous espérons, d’affirmer Mgr Veillette, que dans la définition qu’il veut se donner de la laïcité, l’État adopte une attitude positive par rapport au religieux. Il ne s’agit pas pour lui de promouvoir une religion ou l’autre. Il s’agit d’accueillir les acquis d’une histoire marquée entre autres par le christianisme et de reconnaître le rôle que peuvent jouer les diverses Églises et communautés croyantes à l’édification de la société.

Il n’y a pas de mal à penser que celles-ci puissent être considérées – à l’instar des ordres professionnels, des syndicats, des divers groupes de pression - comme des partenaires valables pour discuter des enjeux sociaux. Les diverses religions elles-mêmes doivent aussi se mettre en « état de dialogue » les unes avec les autres. Pour sa part, l’Église catholique au Québec a bien l’intention de développer son engagement dans le dialogue interreligieux.
 
L’accueil de l’étranger et la construction d’un vivre ensemble

Un signe particulièrement éclairant de la qualité morale d’une société est la façon dont elle accueille l’étranger. Mais pour que cet accueil soit authentique, il est nécessaire qu’il rejoigne les besoins particuliers des réfugiés et des immigrants. Ceux-ci ont le droit d’être respectés dans ce qu’ils sont comme personnes mais aussi dans les groupes d’appartenance qu’ils mettent sur pied.

Promouvoir une politique d’immigration et accueillir de nouveaux arrivants implique, selon les évêques, que l’on soit capable de reconnaître leur apport positif, que l’on soit prêt aussi à des ajustements personnels et collectifs pour favoriser leur insertion dans la société d’accueil.

Lors du passage de la Commission dans l’Outaouais, le diocèse de Gatineau a voulu témoigner de ses orientations pastorales d’accueil envers les personnes réfugiées.  Les engagements du diocèse de Gatineau présentent une des pratiques d’intervention que des croyants peuvent réaliser dans l’espace public en conformité avec leurs convictions de foi mais dans le respect de cette laïcité ouverte qui caractérise l'évolution sociologique, politique et religieuse du Québec. C’est une façon de montrer que des croyants peuvent contribuer au bien commun et à l’engagement citoyen.
  
Quelle que soit notre position face à la religion, quelle que soit notre date d’arrivée en ce pays, nous avons à construire un vivre ensemble dans lequel tous sont respectés dans leur identité propre, autant ceux qui viennent s’établir ici que les membres de la communauté d’accueil. Dans le contexte actuel, il est essentiel de promouvoir un nous inclusif et de s’opposer à la propagation d’une vision stéréotypée de certaines religions ou de certains sous-groupes de la société québécoise. Il y a des valeurs communes à partager, des principes à respecter. Les diverses Chartes des droits en expriment un certain nombre. Mais il faut aller au-delà d’une approche individualiste pour évoquer des valeurs de solidarité, de justice sociale, de partage des richesses, qui plongent leurs racines dans l’histoire de ce pays.

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Source :  René Laprise, Diocèse de Gatineau
                 
Rolande Parrot, Assemblée des évêques catholiques du Québec (AECQ)

N. B. : Le texte intégral du mémoire de l’AECQ, de même que le résumé, sont publiés sur le site Internet www.eveques.qc.ca

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