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Messages pastoraux

04 mai 2010

Le 6 mai 2010 marquera le 22e anniversaire du début de mon service épiscopal dans le diocèse de Gatineau. Durant ces années, j’ai cherché à comprendre ce que cette Église est et vit. En particulier par les visites pastorales, j’ai perçu dans les paroisses et les zones de belles initiatives, divers engagements à travers quelques mouvements implantés dans la région. J’ai de tout cœur rendu grâces à Dieu pour tout ce que j’ai perçu de beau, de bon, de croissance personnelle ou communautaire, de dons divers de l’Esprit généreusement distribués dans les membres du Peuple de Dieu d’ici, dans la diversité de ses vocations et charismes. Et dans ma prière j’ai fait mémoire de toutes ces personnes, ces familles, ces groupes si divers qui m’ont permis de vivre des moments humains et ecclésiaux épanouissants. Je me suis souvenu devant Dieu, en rendant grâces, de tous ces événements qui ont permis que la Parole de Dieu soit proclamée sur la place publique comme dans l’intimité des communautés et des petits groupes.

Nous avons vécu ensemble durant ces années bien des transformations qui ont profondément bouleversé  tout le milieu urbain aussi bien que rural. Nous avons cherché à prendre les décisions exigées par ces changements, en particulier dans le domaine de l’initiation à la vie chrétienne, mais aussi dans les réaménagements de nos services pastoraux. Nous avons vécu les appauvrissements  matériels et financiers de notre Église, mais surtout un vieillissement du personnel pastoral.

Des transformations aussi profondes et des remises en question aussi rapides ne sont pas sans créer des tensions, des incompréhensions, des insatisfactions. Je pense ici à des rivalités entre personnes dans une même équipe, entre permanents et bénévoles, entre groupes dans une même paroisse, entre diverses paroisses sur diverses pratiques pastorales qui provoquent du marchandage et des irritations, entre divers mouvements.  Je ne veux pas exagérer la chose, mais il me semble que de telles situations se vivent assez fréquemment pour que nous ressentions comme une brûlure le besoin, peut-être au cours de l’été qui vient, et ensuite en petits groupes, de réfléchir à ce que nous y vivons. Car de telles attitudes, qui se traduisent ou bien en critiques, ou bien en démissions, ou bien en rejets mutuels, en morosités et en mutismes, sont en contradiction avec une dimension fondamentale de l’Église telle que voulue par Jésus : la communion. La réalité ecclésiale exige, pour être authentique,  une certaine qualité de relations entre les humains. Jésus, le jour de sa résurrection, a parlé de ses disciples comme des membres de sa famille spirituelle. Nous sommes ses sœurs et ses frères. Cette fraternité qui n’est pas celle du sang, de nos goûts et choix, est justifiée par l’unique foi et l’unique baptême qui nous font tous enfants du même Père du ciel.  Alors, une confiance mutuelle devient en quelque sorte le cœur de toute attitude chrétienne et ecclésiale.

Nous vivons dans une culture qui a découvert l’importance unique de la personne, de chaque personne. C’est là un grand acquis, jailli de l’Évangile. Jésus, à la suite des prophètes,  nous y enseigne la valeur irremplaçable de chaque personne. Chaque individu est voulu et aimé par Dieu d’une façon unique. Dans la vision chrétienne de l’être humain, nous ne sommes pas des numéros interchangeables.

Par ailleurs, le Christ Jésus est venu, non pas pour continuer l’éparpillement individualiste de Babel, mais bien pour « rassembler dans l'unité les enfants de Dieu dispersés. » (Jean 11,52). Son cœur ouvert sur la croix est offert comme une source qui attire et rassemble tous les assoiffés. Et au jour de la Pentecôte tous ses disciples se trouvent ensemble dans un même lieu. « Tous furent alors remplis de l'Esprit Saint et commencèrent à parler en d'autres langues, selon que l'Esprit leur donnait de s'exprimer. » (Actes  des Apôtres 2,4). Des personnes venant de toutes les nations qui sont sous le ciel les entendent parler leur propre langue. Babel est dépassé dans une synthèse où chaque personne est respectée dans sa dimension individuelle, mais aussi sociale en Église.

C’est grâce au cœur ouvert sur la croix et au don de l’Eprit que naît l’Église. Et elle naît comme une communion de personnes toutes uniques mais formant ensemble un même Corps, une même famille.  Comme nous le montre les Actes des Apôtres, un très long et profond travail de l’Esprit est nécessaire  pour qu’une humanité divisée par toutes sortes d’intérêts, de préjugés et de clans devienne une communion ! Certes, nous y trouvons la fameuse description de la communauté idéale (2,42) : tous « assidus à l'enseignement des apôtres, fidèles à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières. » Mais nous y lisons aussi l’aventure mortifère d’Ananie et de sa femme Saphire, et le récit de tant d’autres déchirures qui mettent l’existence même de la jeune Église en péril.

Saint Paul savait par son expérience missionnaire et pastorale la nécessité de cette communion mais aussi sa difficulté! C’est pourquoi il ne cesse d’employer dans ses lettres l’interpellation: « les uns les autres ». « Quand vous vous réunissez pour le Repas, attendez vous les uns les autres. »(1 Co. 11,33). « Saluez vous les uns les autres par un saint baiser. » (1 Co. 16,20). « Sur l'amour fraternel, vous n'avez pas besoin qu'on vous écrive, car vous avez personnellement appris de Dieu à vous aimer les uns les autres » (1 Thess. 4,9). « Réconfortez vous donc les uns les autres de ces pensées. » (1 Thess. 4,18). « Vous donc, les élus de Dieu, ses saints et ses bien aimés, revêtez des sentiments de tendre compassion, de bienveillance, d'humilité, de douceur, de patience; supportez vous les uns les autres et pardonnez vous mutuellement, si l'un a contre l'autre quelque sujet de plainte; le Seigneur vous a pardonné, faites de même à votre tour. » (Col. 3,12-13). « Je vous exhorte donc, moi le prisonnier dans le Seigneur, à mener une vie digne de l'appel que vous avez reçu: en toute humilité, douceur et patience, supportez vous les uns les autres avec charité; appliquez vous à conserver l'unité de l'Esprit par ce lien qu'est la paix. Il n'y a qu'un Corps et qu'un Esprit, comme il n'y a qu'une espérance au terme de l'appel que vous avez reçu; un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême;  un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tous, par tous et en tous. Cependant chacun de nous a reçu sa part de la faveur divine selon que le Christ a mesuré ses dons. » (Éph. 4,1-7). « Une seule formule contient toute la Loi en sa plénitude: Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Mais si vous vous mordez et vous dévorez les uns les autres, prenez garde que vous allez vous entre-détruire. » (Ga. 5,14-15). « Ne cherchons pas la vaine gloire, en nous provoquant les uns les autres, en nous enviant mutuellement. » (Ga. 5,26).

Et saint Pierre, s’adressant à des nouveaux baptisés, a résumé avec clarté la nécessité vitale de relations saines et positives en Église. « Avant tout, conservez entre vous une grande charité, car la charité couvre une multitude de péchés.  Pratiquez l'hospitalité les uns envers les autres, sans murmurer. Chacun selon la grâce reçue, mettez vous au service les uns des autres, comme de bons intendants d'une multiple grâce de Dieu. » (1Pi.4, 8-11)

À chaque dimanche, je célèbre la messe « pro populo », pour les intentions du Peuple de Dieu d’ici, avec ses joies et ses peines, ses succès et ses échecs. Et lors de l’épiclèse, je sollicite la descente et les bénédictions de l’Esprit-Saint sur la communauté: « Humblement, nous te demandons qu’en ayant part au corps et au sang du Christ, nous soyons rassemblés par l’Esprit-Saint en un seul corps ».

Puissent ces quelques pensées et prières nourrir notre réflexion personnelle et communautaire sur ce que nous sommes comme Église ici, ayant la mission de révéler au monde d’ici  l’unité amoureuse du Père, du Fils et de l’Esprit, source et modèle de notre communion ecclésiale et de notre mission dans un monde si divisé et déchiré. Alors, nous pourrons encore plus et mieux être le sel de la terre et la lumière du monde en Outaouais.

† Roger Ébacher
Évêque de Gatineau
 

 

catégorie : messages pastoraux
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